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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 22:00

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Avec "La Mouche", Nicole Voilhes propose à ses lecteur une expédition dans les méandres de l'Affaire des poisons, qui secoua le début du très long règne de Louis XIV. Vaste galerie de portraits que celle que recèle ce roman historique: des chiromanciennes qui empoisonnent en coulisses, des scientifiques aux terrains de recherche étranges, des curés dévoyés, une noblesse apparemment au-dessus de tout soupçon: le beau linge que voilà - et il n'y a que du vrai... si ce n'est les deux personnages principaux du récit: Marie, dite "La Mouche", et Philippe de Beaudry, son "ange gardien".

De la part de l'auteur, ce roman témoigne d'une double maîtrise: celle de la technique romanesque et celle de l'histoire, avec un sans grand H. Nicole Voilhes connaît son affaire, et n'en est pas à son coup d'essai en matière d'écrits romanesques autour de la période classique. Mais sa prose, axée sur la narration d'une histoire, ne se fait jamais didactique, n'ennuie jamais le lecteur avec de longues digressions explicatives. Le goût du dix-septième siècle affleure toutefois dans le choix de tournures délibérément archaïques et dans quelques notes de bas de page qui expliquent brièvement à ceux qui le souhaitent le sens de tel ou tel mot, par exemple tiré de l'argot de l'époque. Et même un lecteur peu au fait de l'histoire de France se trouvera à l'aise dans cette prose accrocheuse, mise en page de manière légère et confortable.

Peinture de moeurs, le roman "La Mouche" est aussi un étonnant jeu de masques, des masques qui interviennent partout, au sens propre ou figuré. Il y a d'abord les loups qu'on arbore lors de bals où l'on danse le menuet, bien sûr. Il y a aussi les activités réprouvées, que ceux qui s'y adonnent masquent derrière des "couvertures" plus ou moins respectables. Il y a encore les arguments spécieux de ceux qui empoisonnent et tuent pour justifier leurs actes. Et il y a, enfin, le langage précieux et châtié d'une certaine noblesse qui, avec le sourire et l'élégance les plus exquis, s'envoie des vannes extrêmement vachardes - cela, dans une société où il importe de briller.  

Naturellement, le masque le plus actif de ce récit n'est autre que Marie, "mouche" au service de la police, lâchée sur l'Affaire des poisons, qu'elle dévoile peu à peu dans des conditions qui rappellent celles d'un roman d'espionnage moderne. Elle obtient cet emploi peu reluisant a priori après avoir volé un pain - c'était ça ou les galères... la voilà obligée de se procurer toutes sortes de vêtements, de changer de nom - elle dont on ignore, pratiquement jusqu'au bout, la véritable (et noble, ce qui donne lieu à une reconnaissance des plus classiques) identité.

Mouche elle est, mouche elle sera - et c'est là que joue l'esprit de l'auteur, en particulier son habileté à filer la métaphore comme une araignée tisse sa toile. Le terme de "mouche" a en effet au moins trois sens: pièce de maquillage, insecte ou espion. Marie sera métaphoriquement tout cela, tout au long du roman - et en particulier doublement prisonnière de sa fonction comme une mouche peut l'être lorsqu'elle est engluée dans une toile d'araignée: la police la tient et ceux qui font l'objet de ses enquêtes veulent sa peau...

"La Mouche" est donc un roman historique qui vise un public large, qui n'ennuie jamais - et permettra peut-être à certains lecteurs de découvrir une époque, un événement historique, des mentalités même.

Nicole Voilhes, La Mouche, Saint-Etienne, Laura Mare Editions, 2009.

On en parle également ici:
Jérôme Cayla
Le site de l'auteur: http://www.nicolevoilhes.com
Le site de l'éditeur:
http://www.lauramare.fr

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commentaires

Jérôme 15/01/2010 08:40


La teneur du nouveau ? Mystère, mystère !


Daniel Fattore 15/01/2010 22:34


Well well! Je serai donc patient...


Jérôme 14/01/2010 08:22


Il m'a été proposé une réédition, mais par un autre éditeur ; je réfléchis... Un autre roman est un cours d'écriture. Et oui, cela m'a ouvert pas mal de porte dans l'édition. Même bien au delà de
ce à quoi j'aurai osé penser !


Daniel Fattore 14/01/2010 21:21


... réfléchis bien - et tiens-moi au courant!
Et quelle sera la teneur du nouveau roman? Je lui souhaite en tout cas bon vent!


Jérôme 13/01/2010 08:53


Heu, Daniel, mon roman est à laisser de côté, l'éditeur a fait une bourde majeure ; omettre de faire les corrections dont elle a pourtant la liste en main..! Je ne peux pas défendre un tel
livre...

Il m'aura seulement permis (et c'est cela qui m'importe le plus) de devenir lecteur et chroniqueur pour plusieurs éditeurs.

D'autre part, la négritude est un moyen d'écrire bien plus confortable !


Daniel Fattore 13/01/2010 22:16


Oups... désolé d'avoir parlé de quelque chose qui a, si je comprends bien, mal tourné! Est-il cependant prévu d'en faire une deuxième édition comprenant les corrections?

Cela dit, si ça t'a ouvert des portes intéressantes dans le monde de l'édition, c'est déjà un résultat intéressant! Bonne continuation, donc...


Yv 12/01/2010 17:58


Je cherche à me remettre un peu aux romans historiques. Aurais-je trouvé un bon exemple en Nicole Voilhes ?


Daniel Fattore 12/01/2010 22:09


C'est sans doute une bonne manière de s'y replonger, en effet! Et ce n'est pas Jérôme Cayla, lecteur enthousiaste, qui me contredira! N'hésite pas à lire son billet, que j'ai mis en lien.
Bonne lecture - et je me réjouis de lire ton billet à ce sujet.


Jérôme 12/01/2010 08:22


Longtemps, c'est vrai, mais je n'ai plus une minute à moi !
Entre les fiches de lecture pour les éditeurs, les chroniques de livre, les textes commandés et, mes propres textes ; je n'ai plus de temps pour rien.
Pourtant, je regarde toujours ce qui se passe sur les blogs... La preuve !


Daniel Fattore 12/01/2010 22:10


Tu es donc devenu un véritable acteur de l'édition! Bravo... En tout cas, merci de ta visite! Il faudra par ailleurs que je lise ton roman...


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