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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 21:09

hebergeur imageIl y a eu Utoeya en 2011, Zoug en 2001, Columbine en 1999. Avec son dernier roman "Graine de sabbat", le romancier suisse Laurent Trousselle ajoute un scénario semblable dans l'Indre, du côté du village de Gargilesse. Cela, sur fond d'incommunication et de décors mystérieux - reconstituant progressivement une vision légendaire du Berry.

 

Le lecteur pourra se trouver un rien décontenancé par la structure éclatée choisie par l'auteur. Pour le guider, ce dernier donne, en préambule à son roman, une carte et une chronologie qui permettent de se repérer géographiquement et chronologiquement dans les mille morceaux de ce qui s'avère un véritable collage littéraire qui n'est pas sans rappeler son homologue pictural, Robert Rauschenberg. S'y entrecroisent, pêle-mêle, des scènes d'adolescence, des appels téléphoniques manqués, des coupures de presse, des procès-verbaux de police, des messages de répondeur, des pages d'un cahier intime tenu par Max, le narrateur. Diversifiée au besoin, la typographie souligne encore la variété des points de vue (temporalité, mais aussi regards de tiers, entraperçus entre autres par le biais de messages laissés sur un répondeur automatique), permettant à l'auteur de dire davantage que s'il s'était contenté d'un seul regard. Enfin, cette structure éclatée donne à cet ample roman (399 pages) le rythme requis, haletant (les séquences sont courtes), pour accrocher le lecteur sur la durée.

 

Du point de vue formel toujours, le lecteur sera étonné par la relative profusion (il y en a 43) de notes de bas de page, parfois presque aussi longues que celles d'un certain David Foster Wallace - même si l'usage qui en est fait est très différent. En effet, s'il ne crée pas, dans ses notes, un deuxième texte parallèle au premier, l'auteur n'hésite pas à s'y laisser aller à quelques délires intéressants. On peut y voir deux fonctions apparemment antagonistes: d'une part, embrouiller le lecteur en l'enjoignant de ne pas les lire (note 2, p. 20, et 8, p. 37), ce qui va sans doute aller à fin contraire. Le narrateur signale du reste que ces notes sont uniquement faites pour que son texte ressemble aux livres de sorcellerie. Mais cette affirmation est biffée... allez comprendre! D'autre part, elles servent aussi à guider le lecteur dans l'enchevêtrement de situations et de personnages mis en scène. Constitutives d'un complément informatif, elles sont donc utiles, au-delà du strict point de vue formel (ressembler aux recueils de sorcellerie), et prolongent les plans du début du livre.

 

Parlons à présent de Max, le narrateur... un personnage mystérieux dont on comprend très vite qu'il est peu bavard! Etranges dialogues que ceux qui naissent avec lui, dès lors: nombreux sont les points de suspension qui lui servent de répliques. S'il parle peu, il écrit en revanche beaucoup - et en conséquence formelle, "Graine de sabbat" est un ouvrage plutôt épais. L'étrangeté de Max s'exprime aussi par le parcours que lui donne l'auteur: il s'agit d'un top-model adolescent en rupture de contrat, ayant reçu le physique de son emploi à la suite d'une opération de chirurgie esthétique ordonnée par ses parents.

 

Autour de lui s'agite une bande d'amis adolescents, ce qui donne lieu à des blagues cruelles qui peuvent prêter à sourire (ou pas - l'humour utilisé est quand même particulier), par exemple le concours de fréquentation de filles moches, qui va marquer le parcours de Max. Il y a aussi, en arrière-plan, les figures familiales, ou plutôt leur absence, qui donne au lecteur l'impression d'assister aux évolutions d'un monde clos où des jeunes livrés à eux-mêmes vivent en roue libre. On regrettera que ce petit monde manque parfois un peu d'épaisseur - en particulier, les représentants de la bande d'adolescents qui gravite autour de Max paraissent un tantinet interchangeables malgré les notes qui les concernent, ce qui tranche avec la figure tourmentée (et un soupçon narcissique, quand même) du narrateur, très fouillée.

 

Figure tourmentée, en effet, aux accents de Grand Meaulnes, dont l'auteur montre successivement les diverses facettes - aussi multiples que les points de vue exposés - jusqu'à l'apocalyptique final, qui baigne dans le mysticisme propre à une région de France, le Berry, dont les contes et légendes sont, paraît-il, fameux. Ce qui, au final, rend pour le moins fascinant ce vaste jeu de collages littéraire qui confirme le talent d'un auteur qui s'était déjà fait remarquer en 2007 avec son habile premier roman, Marche, arrêt. Point mort

 

Laurent Trousselle, Graine de sabbat, Fribourg/Genève, Faim de Siècle/Cousu Mouche, 2012.


Merci à l'éditeur pour l'envoi!

Lu dans le cadre du Défi Littérature suisse.  

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commentaires

phone systems 25/09/2014 11:30

Many colleges in the country are now offering indoor games in the campus. According to my opinion, it is a very good thing because such activities will definitely improve the physical and mental abilities of the students studying in those colleges.

Lystig 28/05/2012 21:15

oh oh, mais j'en frissonne d'avance !
acessoirement, zoug, j'avais oublié, ce mois de septembre fut chargé 'en france, ce fut plutôt azf qui occupait les esprits

Daniel Fattore 28/05/2012 22:29



L'affaire AZF, en effet! Cela ne nous rajeunit pas, même si la trame n'est pas celle d'un tueur d'occasion qui tire sur tout ce qui bouge. Je me souviens même qu'à l'époque des faits, j'étais en
correspondance avec une personne de la région de Toulouse (domiciliée à L'Union, puis partie en service militaire)...



Liliba 20/05/2012 18:24

Bouh, ça a l'air compliqué...

Daniel Fattore 20/05/2012 23:23



Un peu, c'est vrai - mais c'est justement ce qui rend ce livre fascinant...



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