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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 18:15

PhotobucketSur la couverture de l'édition de poche du roman "Le Président" de Jean Raspail, deux hommes dansent ensemble, comme indissolublement liés. L'un porte un masque, le visage de l'autre est ombré. Qui sont-ils? Difficile de le dire dans ces conditions, mises en scène par l'artiste John Kirby. De même qu'il est difficile de savoir qui est qui dans "Le Président". Question pertinente, en effet: l'histoire met en scène deux frères jumeaux à la destinée liée, malgré les ans. L'un, politicien doué et retors, est devenu président de la République française après avoir usurpé l'identité de son frère, résistant, qui est allé refaire sa vie au Saraguay.

 

Le Saraguay? Il s'agit ici d'un de ces pays imaginaires d'Amérique latine dont Jean Raspail, Patagon de coeur, a le secret. C'est naturellement en avion que le lecteur est conduit dans l'une des contrées reculées de ce pays, en compagnie, déjà, du personnage moteur de ce roman: Tony Rosette, le fameux jumeau usurpé. Un voyage du président, Antoine Bunus, donne à Tony Rosette l'occasion de tenter de récupérer son identité réelle - tel est tout le propos de l'ouvrage, entre complots, machinations, plans ourdis en coulisse et complicités feintes ou réelles.

 

On peut se demander pourquoi les deux frères ne portent pas le même nom. Rescapé d'un camp de concentration, Tony Rosette a repris l'identité d'un compagnon d'infortune, mort celui-là. Le patronyme fait écho aux nombreuses médailles de la Légion d'honneur plus ou moins méritées et bien acquises qu'on voit fleurir un peu partout dans le récit. Le jeu des identités faussées se poursuit du reste tout au long du récit, pour des raisons pratiques (Don Juan, ainsi surnommé parce qu'il porte un patronyme à coucher dehors) ou de camouflage (les espions ne sont pas loin). Cela, sans parler de "Zorro", le très hispanique surnom de Birot, supergendarme de l'histoire, chargé de la sécurité présidentielle.

 

L'histoire plonge ses racines dans l'histoire, on l'a compris - celle qu'on voit dans les journaux au temps de la Libération et celle, plus féconde pour un romancier, qui se trame en coulisse alors qu'à l'issue de la Seconde guerre mondiale, toutes les places sont à prendre. La gémellité des deux frères permet à l'auteur de retracer deux destinées parallèles de personnages à la ressemblance physique frappante. Parallélisme qui fait écho aux descriptions croisées des officialités en France (chacun reconnaîtra les voitures noires, les chauffeurs, une administration décrite avec brio ou un droit de cuissage présidentiel qu'on aurait cru oublié avec la fin de l'Ancien Régime!) et au Saraguay, pays inventé, pays de tous les possibles, dépeint comme la Suisse de l'Amérique du Sud, prospère et... moutonnière.

 

Cette gémellité, Jean Raspail l'ancre dans un récit célèbre d'usurpations d'identités, et assume cet héritage: celui du "Vicomte de Bragelonne", roman d'Alexandre Dumas relatant la destinée de l'homme au masque de fer. Certes, Jean Raspail fait plus court... A l'instar de ce modèle assumé, l'auteur laisse transpirer, dans une prose classique et sobre, une certaine nostalgie pour d'autres époques, celles des rois de France en particulier. Cela passe par une ironie sous-jacente dans la description des allées du pouvoir à l'Elysée, mais aussi, d'un point de vue plus formel, par l'usage occasionnel de mots rares et précieux qu'on eût crus disparus.

 

Ce "Vicomte de Bragelonne" moderne est ainsi un roman d'aventures nouveau, toujours actuel même s'il a été écrit dans les années 1980 (chouette: il n'est pas encombré de tout le barda technologique du vingt et unième siècle), d'abord facile et très agréable à lire. Alors, qui sera le vrai président?

 

Jean Raspail, Le Président, Paris, Le Livre de Poche, 2002.

Site de l'auteur: http://jeanraspail.free.fr

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commentaires

Liliba 23/06/2010 18:36


Ah, un Raspail que je n'ai pas lu et qui aurait échappé à ma vigilance ? Je note !


Daniel Fattore 25/06/2010 21:26



Hé hé! Et en plus, il n'est pas mal du tout!



Ferocias du Blog Les Peuples du Soleil 19/06/2010 13:50


Je vais le lire alors s'il est fait mention d'un pays imaginaire...


Daniel Fattore 19/06/2010 17:01



Et qui plus est, un pays imaginaire situé en Amérique latine... c'est du bon!



100choses 08/06/2010 21:34


Mes deux premières lectures de cet auteur ont été un véritable enchantement. Alors, je crois que ce livre rejoindra certainement bientôt mes étagères!


Daniel Fattore 09/06/2010 21:23



Ce n'est apparemment pas le titre le plus connu de cet écrivain; il n'empêche qu'il vaut la peine d'être lu.
Merci de ta visite!



Pickwick 08/06/2010 21:06


Ton billet m'interpelle, je note (oh, un auteur français dans ma LAL ? C'est bien rare !)


Daniel Fattore 09/06/2010 21:22



Hé hé! Un auteur français, mais qui parle d'Amérique du Sud... tiens-moi au courant de ta lecture! :-)



mazel 08/06/2010 09:01


Pour le "pas de l'oie" je l'avais trouvé en bibliothèque... mais vraiment un vieu truc... pas sûre de pouvoir le retrouver... je jeterai un oeil sur mes présentations en club de leture de
l'époque...


Daniel Fattore 09/06/2010 21:13



Tiens-moi au courant! Ce serait intéressant de faire remonter une telle curiosité.



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