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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 21:04

hebergeur imageRoman, lu par BiblioblogBlog à plumesYohan.

Lu dans le cadre du défi "Littérature belge".

 

Force est de constater que le titre de ce petit roman est intrigant! Paru en 2008 au Castor Astral, écrit par Philippe Blasband, "Irina Poignet" relate la destinée d'une grand-mère qui accepte un travail d'hôtesse (comprenez: de branleuse dans un bordel bruxellois, et non pas hôtesse d'accueil à la RTBF) pour financer les soins dont son petit-fils, atteint d'une maladie orpheline, a besoin. Et qui s'en sort plutôt bien...

 

Un roman centré sur un personnage

D'emblée, se pose la question de savoir jusqu'où une personne est prête à aller pour sauver la vie d'un enfant. L'auteur se la joue extrême: travailler dans les milieux du sexe n'a rien d'une sinécure et la maladie de l'enfant est vraiment difficile à soigner. Autant dire qu'il place Maguy, son héroïne, une grand-mère attachante mais qui fait bien son âge, devant un dilemme cornélien: trouver du travail, mais c'est difficile, pourtant il le faut parce qu'une vie en dépend, mais elle est souvent tentée de renoncer face aux refus répétés, et le petit Félix va mourir, et ça, c'est exclu... un tourbillon dépeint avec pertinence par l'auteur, qui dessine avec art les circonvolutions des réflexions de Maguy. Et puis, ça se résout de la manière la plus paradoxale qui soit: Maguy, au fond, finit par effectuer un travail de jeune femme.

 

C'est bien Maguy qui est au centre du récit. Le père de l'enfant joue, paradoxalement, un rôle parfaitement périphérique dans le récit - ce qui ne l'empêche pas d'interpeller le lecteur sur le côté commode de certaines situations. Certes, il est aussi sympathique qu'un commerçant (et l'auteur ne manque nullement de le souligner), mais ne fait pas grand-chose pour son fils, si ce n'est, finalement, voler au secours de la victoire au moment où ça tourne bien. Ce qui rend Maguy inutile au récit... d'où, pour le narrateur, la nécessité de lui trouver une issue de secours. Ce qu'il fait avec adresse et originalité, mais je n'en dirai pas plus - si ce n'est qu'elle déstabilise une Maguy qui, au fond, a fini par s'accommoder de la situation bancale que le romancier a mis en place pour elle. Mais contrairement à elle, un romancier (et le lecteur, a fortiori) ne saurait se contenter d'une situation bancale...

 

Un monde comme les autres

Le lecteur sera sans doute aguiché par le côté apparemment voyeur que peut receler une plongée dans le monde de la prostitution. Il en sera pour ses frais: l'auteur présente précisément le monde du travail du sexe comme un milieu professionnel quasiment comme un autre, avec ses duretés et ses bonheurs: ça castagne parfois, le personnel est considéré comme une source de coûts plus que de profits, mais on va boire un café ou une bière entre copines, et la "petite nouvelle" doit se mettre dans le bain et finit par trouver une collègue chevronnée qui lui explique le topo et les tours de métier - on découvre même une pathologie professionnelle typique, comme il y en a dans tous les métiers.

 

Le talent de l'auteur consiste ici, dès lors, à ne surtout pas flatter, justement, le côté voyeur du lecteur, en lui répétant que tout est normal. Cette normalité est soulignée par un filage de métaphore assez cocasse sur le thème de la vente, qui survient dans un dialogue houleux entre Maguy et une collègue fraîchement licenciée.

 

L'écriture de la main

L'écriture d'"Irina Poignet" se caractérise par des phrases courtes, commençant régulièrement par les pronoms "il" ou "elle" de manière anaphorique, d'une manière un peu trop automatique parfois. Le ton de l'auteur se veut détaché, dépourvu de jugement moral - ce qui, sans présupposé, incite le lecteur à se poser à son tour la question: jusqu'où serait-il prêt à aller dans des circonstances semblables? Enfin, la belgitude du récit est parfaitement assumée, avec une mise en scène qui se passe clairement à Bruxelles (mention de la STIB), la présence de quelques belgicismes et bruxellismes et la mention d'accents banlieusards.

 

L'un des tours les plus habiles de l'auteur, et c'est une particularité de ce livre, est quand même l'exploitation constante que l'auteur fait des potentialités du champ lexical de la main. Certes, Maguy branle des michetons; mais on découvre aussi des mains qui soignent, des coups de main, des mains qui cognent, des mains qu'on serre ou pas, etc. - et l'auteur y revient sans cesse. A ce titre, la photo de couverture annonce la couleur, à plus d'un titre. En un pied-de-nez évident mais drôle, l'auteur n'hésite pas à entretenir, à l'occasion, le doute sur le double sens de l'activité de "branleuse"... Enfin, l'ultime main du récit est, forcément, celle de l'auteur, bosseur ou branleur (mais n'est-ce pas parfois un peu pareil?), qui donne vie à tout ce petit monde.

 

Un joli petit roman donc, qui met en scène une "grand-mère courage" sympathique! Le tout est empreint de beaucoup d'esprit et de tendresse - en dépit de la dureté de certains choix. Mais le rôle du romancier n'est-il pas, au moins un peu, de tourmenter ses personnages pour le plus grand bonheur du lecteur? Et d'interroger celui-ci sur ses propres convictions? De ce double point de vue, ce roman, d'une lecture rapide et agréable, est parfaitement réussi.

 

Philippe Blasband, Irina Poignet, Bordeaux, Le Castor Astral, 2008.

 

 

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commentaires

Liliba 05/09/2011 21:12


;-)


Daniel Fattore 06/09/2011 19:59



:-)



Liliba 04/09/2011 11:08


Je dois avoir l'esprit vraiment mal tourné, parce que "irina Poignet, à lire à deux mains", ça m'a aussitôt fait penser à des cochonneries...


Daniel Fattore 05/09/2011 20:52



... et il en est un peu question dans ce roman - qui, pourtant, ne fait pas partie de ces livres qu'on ne lit que d'une seule main!
Bon, j'assume pleinement le côté délibérément racoleur du titre du billet...



Alex-Mot-à-Mots 31/08/2011 13:56


Un roman plein de métaphores sur la main.


Daniel Fattore 01/09/2011 20:01



Tout à fait - de ce côté, l'auteur n'avait pas, justement, un poil dans la main. Il y a d'intéressantes trouvailles en la matière...



Cricri S. 26/08/2011 21:59


merci pour ton passage sur mon blog. C'est vrai que reka avait organisé un challenge littérature belge qui était très sympa !


Daniel Fattore 28/08/2011 16:16



Je t'en prie - merci pour ta propre visite! :-)
Le défi de Reka court toujours... et j'aime bien lire un livre d'origine belge de temps à autre. J'en ai encore deux ou trois en réserve...



Didi 26/08/2011 19:15


oalalalallaala que de fautes je ne te serre pas la main ( pfiou je veux être drôle et ça ressemble à rien )
@ plus !


Daniel Fattore 28/08/2011 16:19



:-)



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