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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 18:17

PhotobucketLu par Canthilde, Culture-Confiture, Dévoreuse de livresHydromielleMon coin lecture, Moonlight Drive, Tout Azimuth.

Défi On veut de l'héroïne!

 

C'est un rien épuisé que j'émerge de ma lecture de "Sauvez Hamlet" de Jasper Fforde, qui relate un épisode des aventures de l'inénarrable Thursday Next, agente de la police littéraire basée à Swindon, en Angleterre. Paru dans sa version française en novembre 2007, il laisse un goût de "too much" en dépit de qualités qu'il me revient de mentionner ici.

 

L'idée de départ est bonne, en effet: la police des livres intervient dans les oeuvres littéraires. On imagine sans peine les possibilités que cela ouvre, et l'auteur ne se prive pas de les exploiter de manière systématique. Dès le chapitre 1, le lecteur a droit à un feu d'artifice de ce jeu, constitué d'anachronismes, de mélange délirant des genres (ou quand la science-fiction rencontre le western, avec un gros zeste de mythologie grecque) et de rapprochement de personnages inattendus - ce qui constituera la constante de ce roman où Hamlet erre telle une âme indécise en peine.

 

Le jeu des allusions littéraires fonctionne à fond les manettes également. Le lecteur perspicace reconnaîtra sans peine des éléments extraits d'Alice au Pays des Merveilles (le croquet, le chat de Cheshire), de tout Shakespeare, de "Fahrenheit 451" (les livres brûlés), d'Alien même (les clones), voire de Racine - mais cela est sans doute un clin d'oeil de Roxane Azimi, traductrice. Dans le jeu des allusions, l'exergue du chapitre 4 est exemplaire puisqu'elle fait référence à Margaret Thatcher herself ("je lui donnerais pas une épicerie à gérer", or la Dame de Fer était fille d'épiciers), à Silvio Berlusconi (un politicien est présenté comme un "piètre chanteur", or Silvio Berlusconi a exercé le métier de chanteur sur paquebots, avec son directeur de la communication au piano, et pousse toujours la romance à l'occasion) et au nazisme (un chancelier qui aimerait devenir dictateur - et plus tard, le lecteur découvrira les autodafés et la campagne de dénigrement des Danois, fondée sur des arguments tendancieux).

 

L'auteur entretient volontairement le flou entre le réel et la fiction, le capitaine d'industrie Yorrick Kaine étant par exemple un personnage de fiction devenu quelqu'un dans le monde réel. Il s'en sort bien: Hamlet, on l'a dit, a un peu de mal à y trouver sa place, même s'il passe son temps à regarder des adaptations de la pièce de théâtre qui porte son nom. Les effets d'humour sont omniprésents, parfois subtils, parfois à grand spectacle, dans un récit populaire volontiers visuel, où les dialogues s'enchaînent pour le rythme.

 

Reste que tout cela peut donner au lecteur une impression d'indigestion, due à l'abondance d'intrigues primaires et secondaires lancées dès le départ, au lien peu évident entre elles, et aussi à des chapitres structurés de manière que chacun respecte une certaine unité de lieu - ce qui donne l'impression d'avoir un chapitre "Thursday Next au western", "Thursday Next à la maison", "Thursday Next à Oswestry" (j'y ai passé quelques jours, ça m'a marqué), etc. Le flou temporel n'aide pas le lecteur à s'y retrouver! Il est du reste à noter que l'auteur est en cela servi par l'histoire de Hamlet et de Shakespeare eux-mêmes: personnage du Haut Moyen Age, Hamlet n'a jamais pu vivre dans le château d'Elseneur, construit à l'époque de Shakespeare. Comme quoi l'Histoire dépasse parfois la fiction...

 

emmamontageheroine1.jpgLa traduction réserve aussi une ou deux surprises, même si elle préserve globalement le rythme et le caractère pétillant du récit. Ainsi, elle évoque la présence de pingouins en Antarctique, alors qu'il s'agit de manchots ("penguins" en anglais, la mascotte de Linux en sait quelque chose), et le Tourist Trophy de l'Île de Man est une compétition motocycliste dont le nom ne devrait pas se traduire. Enfin, le titre du roman lui-même, "Sauvez Hamlet!", n'évoque qu'un élément de l'intrigue, pas forcément le plus crucial; le titre original, "Something Rotten", plus général, couvre mieux la réalité de ce vaste space opéra un rien touffu: il y a bel et bien quelque chose de pourri au royaume de Swindon.  

 

Impression mitigée, donc, après une lecture qui m'a paru interminable en dépit de bons gags! Il n'est pas certain que je reviendrai à Jasper Fforde, même s'il met en scène un dodo des plus sympathiques dénommé... Pickwick!

 

Jasper Fforde, Sauvez Hamlet!, Paris, Fleuve Noir, 2007, traduction de Roxane Azimi.

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commentaires

DENIS 23/07/2010 20:26


j'ai lu un autre livre de lui "l'affaire Jane Eyre" et j'ai été plutôt déçu
bonne soirée
denis


Daniel Fattore 23/07/2010 20:55



C'était le premier de la série, et après un début difficile, j'avais fini par l'apprécier. Mais "Sauvez Hamlet" m'a vraiment paru "trop", et pas dans un sens franchement positif.



Pickwick 20/07/2010 12:55


Héhé, merci pour le clin d'oeil ! "Sauvez Hamelet !" n'est pas mon préféré de la série, mais il est de belles trouvailles, comme la tueuse à gage... le dernier est sympathique également, mais
n'égale pas le niveau du 1er et surtout du "Puit des histoires perdues" je trouve !


Daniel Fattore 20/07/2010 20:42



Je t'en prie! Ce livre m'aura permis de participer à ton défi des héroïnes! Je note que d'autres titres sont meilleurs - tout en sachant que je ne vais pas revenir à cet auteur tout de suite...
je prends le temps de digérer! ;-)



Ivan Sigg 20/07/2010 11:13


En parlant de sauver Hamlet, ma pièce de théatre ANIMALAMLET est parue l'année dernière aux éditions carnetslivres. Je suis sûr Daniel Fattore que cette transposition de Hamlet dans la savane te
scotchera par sa modernité crue et joyeuse qui nous rapproche de la version originale de shakespeare !
art-mitiés
Ivan Sigg
carnets-livres.over-blog.net


Daniel Fattore 20/07/2010 20:40



Les animaux occupent toujours une place privilégiée dans tes écrits, dirait-on! ANIMALAMLET me rend curieux...
Par ailleurs, merci de ton courriel de l'autre jour; j'y répondrai plus longuement par le même canal.



herisson08 19/07/2010 18:57


Je ne suis que moyennement tentée...


Daniel Fattore 19/07/2010 20:40



Je comprends! Perso, il me faudra un peu de temps pour le digérer, et revenir peut-être à cet auteur.



canthilde 18/07/2010 23:05


Une petite indigestion et dans six mois tu brûleras d'envie de connaître la suite des aventures de Thursday, le fin mot de l'histoire, ou plutôt le début de la fin ! Si je te dis qu'on prend
l'héroïne quinquagénaire avec ses clones livresques à former au métier : alléchant, non ?


Daniel Fattore 19/07/2010 20:39



... là, je vais déjà prendre le temps de digérer le pudding! ;-) Après, affaire à suivre, en effet. Merci de m'allécher!



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