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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 18:55

PhotobucketRecueil de nouvelles, aussi lu par Moisson Noire, RacinesUn monde plus coloré.

 

Une Volkswagen Coccinelle verte, des ombres nettes sur un sol surexposé suggérant une chaleur insoutenable qui enveloppe un monde de secrets étouffants et indicibles: les éditions Phébus ont bien choisi la photo (signée Ismaël Castan) de la couverture de "Mexico Quartier Sud" du cinéaste mexicain Guillermo Arriaga. Il s'agit d'un recueil de nouvelles traduit de l'espagnol par Elena Zayas et rassemblant des textes courts écrits entre 1983 et 1995.

 

L'incipit de "Lilly", premier texte du recueil, annonce la couleur sans ambages: "Ils l'ont tuée, je le sais, et je suis seul à le savoir." Dans tout le livre, il sera question de mort, de violence, et de secret...

 

Le secret est, en effet, le fil rouge des quatorze textes recueillis. Cela commence avec "Lilly", relatant l'insoutenable secret du père de famille qui, seul, sait que ses enfants ont tué leur cousine. Ou le mystère de la veuve Díaz - qui aime son mari, contrairement à ce que colporte la rumeur ("La veuve Díaz"). Ou l'avortement, soldé par le décès de la femme qui l'a subi, qu'un médecin peu scrupuleux cherche à cacher... avant de négocier le silence des policiers venus le coffrer pour pratique d'un acte médical illégal ("La nuit bleue"). Personnage récurrent de ces nouvelles, le docteur Del Ríos a du reste une conception très personnelle du secret médical, puisqu'il se fait aussi le complice très actif du maquillage d'un homicide ("Légitime défense")... 

 

Quant à la mort, elle emporte régulièrement l'un ou l'autre personnage. Elle n'est jamais sereine: souvent violente, elle est aussi parfois morbide ("Ultimatum violet" est-elle, à ce titre, le récit d'une bravade ou d'un suicide prolongé?) ou maladive, ce qui réveille un sentiment bouleversant de tendresse, comme dans "Le visage effacé". En filigrane, on devine un rapport particulier à la mort, qui n'exclut pas le non-sens ni l'humour - noir, bien sûr, et à ce titre, la nouvelle "Rogelio", la plus courte du recueil, est phénoménale.

 

Sur quoi repose la force évocatrice de ces quatorze récits? Dès le début du recueil, "Lilly" met en évidence les qualités littéraires de l'auteur. Celles-ci reposent sur une grande habileté dans les changements de point de vue, sobrement amenés (à ce titre, voir aussi le terrible "195"), et le côté dépouillé des dialogues. Cela, sans oublier une certaine naïveté qui contraste avec la violence cruelle du récit et la mise en scène d'enfants qui malmènent leur cousine - qu'on devine handicapée, sans que cela soit expressément dit - dans un crescendo terrifiant. Un climat d'horreur que la quasi-absence de dramatisation souligne en donnant une certaine impression de détachement de la part de celui qui s'exprime.

 

Et là-derrière, c'est une misère humaine indicible qu'on lit, celle des quartiers populaires du sud de Mexico et de l'Avenue Retorno. Celle aussi des humains qui, dès leur prime jeunesse, ne connaissent que la violence comme argument - une violence qui s'apprend à la rude école de la loi du préau (voir à ce titre le personnage du Viking dans "Invaincu", ou celui de Peláez dans "Une question d'honneur" qui lui fait écho). Une misère humaine qui fait écho à la sobriété des descriptions des lieux où évoluent ces personnages, lieux où ne passent que quelques voitures, où l'on ne sait guère comment sont les maisons.

 

Sobre, toujours, Guillermo Arriaga. Et fort, avec ça.

 

Magnifique...

 

Guillermo Arriaga, Mexico Quartier Sud, Paris, Phébus, 2009, traduit par Elena Zayas.

 

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commentaires

L'Ogresse 17/10/2010 10:51


Deja note chez Plumes et tableaux - tu confirmes ! J'ai aussi remarque un enthousiasme inhabituel pour certaines nouvelles !


Daniel Fattore 18/10/2010 20:44



Il a fait l'objet d'un partenariat chez Babelio, mais je l'avais déjà avant... ;-) Du coup, il devrait y avoir plusieurs billets dans la blogosphère. Et je confirme: c'est un bel et bon livre.



sebastien L 30/09/2010 00:34


très bien ! Voilà un nouveau cadeau dans ma liste au père noël alors :)


Daniel Fattore 02/10/2010 21:16



Un cadeau en forme de Volkswagen Coccinelle... avec beaucoup de cabosses! Je t'en souhaite une bonne lecture.



Marie 28/09/2010 13:13


Ces nouvelles ont l'air à lire absolument. Je vais simplement attendre une période où mon coeur sera bien amarré à une bouée d'optimisme, solidement accroché pour supporter ces récits... :-)


Daniel Fattore 28/09/2010 20:15



Effectivement, le propos est dur et pas toujours très optimiste. Mais cela reste un excellent recueil de nouvelles, original et fort.



sebastien L 27/09/2010 09:13


ça a l'air carrément génial, je prends note ! j'avais lu une anthologie de nvelles mexicaines, chez métailié, ça m'avait bcp plu: il y a une telle richesse, un style si particulier ! celui-ci
aborde des thématiques qui me plaisent, et la couverture, pour ne rien gâcher, est exquise !
belle semaine


Daniel Fattore 27/09/2010 20:31



Là, c'est effectivement du bon, dans un genre cependant très noir. Si tu aimes le style des nouvelles mexicaines, tu devrais te trouver dans ton élément avec "Mexico Quartier Sud".
Bonne semaine à toi!



Alex-Mot-à-Mots 26/09/2010 08:57


Je me laisserai bien tenter par cette lecture un peu sérieuse.


Daniel Fattore 26/09/2010 14:54



Sérieuse, ou grave plutôt. Et oppressante parfois! Le poids du secret, moteur principal de ces nouvelles, est parfois dur à soutenir, même pour le lecteur. Mais je te le recommande, parce
que c'est vraiment bon.



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