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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 22:20

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Tout le monde se souvient de David Foenkinos, auteur d'un certain nombre de romans, publiés le plus souvent par Gallimard. Fidèle de ses oeuvres, il ne m'est jamais arrivé, cependant, d'en commenter une seule sur le présent blog. Avec son roman "La Délicatesse", que j'ai achevé dernièrement, cette lacune sera comblée ici même...

 

L'histoire est elle-même presque ordinaire: Nathalie rencontre François, l'épouse, le perd (il meurt dans un accident) et se reconstruit une humanité et une vie sentimentale avec Markus. L'incipit annonce la couleur, à plus d'un titre: "Nathalie était plutôt discrète (une sorte de féminité suisse)", dit-il. On associera volontiers la discrétion à la Suisse, de même que l'idée d'un lieu où les existences se déroulent dans une discrète banalité. Plus loin, le lecteur découvre des personnages à l'existence très ordinaire, banale pour tout dire - du personnel de bureau plutôt gris, engagé par une entreprise suédoise où l'on mange des Krisprolls et où le mobilier est signé Ikea. Ainsi, dans une apparence de légèreté, l'auteur manie-t-il, à la manière de collages, quelques stéréotypes pour illustrer des modes de vie.

 

Il y a d'autres collages dans ce roman, ceux d'éléments informatifs présentés sous forme de chapitres subitement intercalés au milieu du récit, comme des insertions documentaires donnant des informations de fond. Inutile? Certes, l'histoire ne s'en trouve pas forcément plus nourrie. Mais à leur manière, ces épisodes permettent de recréer un univers fait d'informations, de bruits, de mots entendus, de définitions qui éclaircissent le propos, l'étendent et lui donnent un supplément d'actualité: la "vraie" vie n'est-elle pas elle aussi émaillée de bruits parasites auxquels chacun est plus ou moins attentif?

 

De l'ordinaire naît cependant l'extraordinaire, le surprenant: des coïncidences incroyables comme le coup du jus d'abricot, ou un cadeau inattendu comme un distributeur de Pez - objets infra-ordinaires, plaisirs minuscules qui, dans le contexte d'histoires d'amour qui vivent et meurent, prennent une dimension cruciale.

 

Cela participe de l'exercice auquel s'adonne ici David Foenkinos, un exercice qu'il affectionne: l'analyse précise des relations humaines et, en général, de l'humanité. Dans ce roman, il atteint, à nouveau sous le couvert d'une légèreté qui n'est qu'apparente, une gravité et une profondeur qui ne sont pas sans rappeler "Les Coeurs autonomes", même si ce dernier titre est réellement dépourvu d'humour. "La Délicatesse", c'est la légèreté apparente d'une image ou d'une comparaison qui, dès qu'on y réfléchit quelques secondes, apparaît comme d'une étonnante précision et sonne juste. C'est aussi le récit d'une femme qui remonte la pente... avec des doutes et regrets qui ne sont pas sans rappeler les approches hésitantes, attendrissantes, de Markus.

 

Et que dire de l'énigmatique dernière phrase, "Nathalie ouvrit les yeux.", qui constitue un chapitre à elle toute seule? Au sens premier, c'est un épisode d'une partie de cache-cache. Mais n'est-ce pas, aussi, la perspective du désenchantement amoureux, l'idée de la prise de conscience que l'amour a ses servitudes? Une telle lecture renverrait à "Belle du Seigneur", roman des impasses amoureuses. A moins que cette ouverture ne soit synonyme d'un regard neuf sur l'existence: sans doute est-ce au terme d'une partie de cache-cache que Nathalie peut se dire, à cent pour cent, qu'elle est prête à s'engager à nouveau après une période de deuil (alors qu'elle a, tout au long du roman, une réputation de femme peu sorteuse), qu'elle a tourné la page.

 

Riche sous des apparences légères, ce roman séduira celles et ceux qu'inspirent la peinture d'une certaine société humaine, apparemment normale, dans laquelle l'auteur s'amuse à jeter, dans un geste délicat, quelques grains de sable. Juste de quoi créer un roman - rien de plus, pas de drame excessif dans "La Délicatesse", mais rien de moins non plus. Et qui plus est, de quoi créer un récit d'une profondeur que le lecteur attentif saura percevoir.

 

David Foenkinos, La Délicatesse, Paris, Gallimard. 2009.

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commentaires

isabelle A. 20/05/2011 12:13


oui, l'idée du rajeunissement me semble hautement judicieuse. Aaaaah j'aurais aimé analyser de tels textes à l'école, au lieu des auteurs barbants du siècle dernier... :-)


Daniel Fattore 22/05/2011 22:47



... je me suis pas mal fait les dents sur les classiques; cela dit, ils sont beaucoup moins barbants lorsqu'on se les lit pour le plaisir. Cela dit, on ne dit pas assez, c'est vrai, que les
auteurs actuels ont aussi quelque chose à raconter sur le monde d'aujourd'hui.



isabelle A. 18/05/2011 10:43


"Nathalie ouvrit les yeux." Elle ouvre les yeux sur cette nouvelle chance de la vie, ce nouvel amour, elle ouvre les yeux comme un bébé à la naissance, elle ouvre les yeux comme si elle se
réveillait d'un long sommeil. François ne sera plus jamais là, Markus est son avenir. Elle ouvre les yeux et s'apprête à rechercher Markus pour leur jeu. Elle va aller à sa rencontre.


Daniel Fattore 18/05/2011 20:03



Par exemple! Et tout cela à partir de l'image d'une partie de cache-cache - qu'on pourrait voir comme une étape supplémentaire dans la complicité qui est en train de lier les deux personnage sde
manière de plus en plus solide. Et puis, on se sent soudain rajeunir à l'idée d'un nouvel amour - rajeunissement peut-être traduit par un jeu d'enfant?



isabelle A. 16/05/2011 11:39


J'ai adoré ce livre. je l'ai même relu une deuxième fois en tant qu'auteure, pour m'inspirer de son style d'écriture. Comment écrire un roman d'amour sans que ce soit nunuche ? je trouve que DF y
arrive très bien ! d'après mon analyse j'en ai déduis que c'était dû aux phrases courtes et à son humour subtil. Et aux phrases directes, sans fioritures. Ou vous voyez autre chose ?


Daniel Fattore 16/05/2011 22:22



Deux fois, carrément? Génial! Ce que je constate, c'est que DF se bonifie au fil des romans - avec un sommet, à mon avis, avec "Les Coeurs autonomes", où le génie de l'auteur, dépourvu de
l'artifice de l'humour, éclate sans fard. Il s'agit aussi, dans un autre registre, d'un roman d'amour... à essayer, pour vous? A mon avis, la marque de fabrique de l'auteur réside dans le choix
d'images qui, même si elles paraissent drôles ou étranges à première vue, sont toujours pertinentes et plus profondes qu'il n'y paraît - de même, il y auassi, parfois, l'association inattendue de
noms et d'adjectifs qu'on n'aurait jamais vus ensemble: étrange à première vue, mais toujours pertinent quand on y réfléchit un peu. Et puis, en fin de "La Délicatesse", il y a cette phrase
intrigante, qui constitue un chapitre à elle seule, porteuse de sens à mon avis... que vous dit-elle, à vous?



Marjorie 14/05/2011 01:46


J'ai beaucoup aimé La délicatesse ; beaucoup apprécié Nos séparations ; en revanche je ne sais pas si je vais arriver à finir Le potentiel érotique de ma femme. Je pensais que c'était du au fait
que c'était le troisième Foenkinos lu en peu de temps, mais au regard des commentaires peut-être pas ! Du coup je me laisserais peut-être bien tenter par Les coeurs autonomes un de ces quatre !

En tout cas j'aime beaucoup votre "retour de lecture" ! :-)


Daniel Fattore 16/05/2011 07:02



Bonne lecture, et merci de votre visite! Je n'ai pas lu "Le potentiel érotique de ma femme"; mais je pourrais y venir. Je vous recommande "Les Coeurs autonomes" - nettement plus grave que les
autres romans de l'auteur.



Lystig 13/05/2011 20:16


je viens de l'acheter...


Daniel Fattore 13/05/2011 22:31



... alors bonne lecture! :-)



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