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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 20:40

hebergeur imagePublié en 2007 aux éditions Gallimard, "Des Orphelins" est un petit livre d'une profonde originalité. Gilles Ortlieb, son auteur, y retrace le parcours d'écrivains méconnus, de France, d'Allemagne, de Grèce même. Outre l'oubli dans lequel leur nom a sombré aux yeux du grand public, leur statut d'orphelin tient aussi au flou qui les entoure et, en quelque sorte, à la singularité de leurs destinées. Souvent, ces artistes ont vécu dans l'ombre d'auteurs devenus fameux, jouant parfois les précurseurs méconnus. Tout cela est décliné en sept récits.

 

Nouvelles ou biographies? Le lecteur va s'interroger sur la véracité de ce qui est raconté dans l'ouvrage, sans aucun doute. L'auteur a-t-il inventé des détails biographiques, voire les écrivains évoqués eux-mêmes? Que nenni. Gilles Ortlieb est par exemple proche de Mikhaïl Mitsakis, "de tous le plus orphelin, sans doute", dont il a traduit certaines oeuvres, ce qui fait naître une parenté entre les deux personnes.

 

Ces récits sont nourris par des documents: extraits de correspondances, poèmes cités par bribes ou in extenso. En sa qualité de narrateur, l'auteur n'hésite pas à intervenir pour rappeler, par exemple, une trouvaille dans un village du livre français. Plus loin, ses évocations sont empreintes d'une certaine tendresse qui, pour un peu, rend le lecteur curieux et l'incite à en savoir plus - et à démêler le vrai et le faux, si faux il y a.

 

Orphelins, les auteurs évoqués le sont de mille manières. Le flou biographique qui entoure Mikhaïl Mitsakis en est un exemple. On peut aussi considérer sous cet angle le caractère éminemment déraciné de Joseph Breitbach, qui voyage afin de fuir l'horreur nazie et endosse plusieurs identités et nationalités (allemande puis française) successivement. Breitbach est d'ailleurs l'auteur d'un roman de plus de mille pages, "Clemens", entièrement perdu (emporté par la Gestapo en 1942) à l'exception du chapitre premier, publié dans une revue; seuls subsistent des brouillons du reste. L'auteur de "Des Orphelins" est même parvenu à trouver un écrivain et acteur de théâtre particulièrement orphelin de ce supplément de talent qui lui aurait permis de percer - et magnifié par cela même: Alfred Glatigny.

 

Biographies, alors? Il y a aussi quelque chose d'éminemment personnel et subjectif dans la démarche de l'auteur, qui apporte à son oeuvre un caractère éminemment littéraire qui dépasse le statut du simple essai. Cela est souligné par une langue qui, si elle est très pure, n'hésite pas à baguenauder un peu au besoin, donnant l'impression d'un discours à la fois souriant et connaisseur qui invite à la (re)découverte des petits auteurs qui vécurent dans l'ombre des grands, sans jamais trouver le moyen de s'en démarquer.

 

Gilles Ortlieb, Des Orphelins, Paris, Gallimard/L'un et l'autre, 2007.

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