Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 21:59

hebergeur imageLu par Emilie.

Lu dans le cadre du défi Premier roman.

 

Au début, il y a le feu. C'est ainsi que s'ouvre "Rater mieux", le premier roman de Géraldine Barbe dite Barberine, paru en 2008 dans le cadre de la collection "M@nuscrits" lancée par Leo Scheer - c'était du reste le premier de cette collection, et la blogosphère avait salué la démarche, originale, consistant à éditer sur papier des auteurs présélectionnés en ligne sur la base d'avis de lecteurs. Depuis, le temps a passé; revenons donc au feu...  

 

... un feu, un incendie même, qui fait figure de symbole purificateur en début de roman. Ainsi l'auteur suggère le début d'une nouvelle vie, l'ancienne ayant été dévorée par les flammes, permettant le deuil. Face à cela, la naissance de l'enfant de la narratrice symbolise un renouveau; durant tout le roman, il fait figure de boussole, de seul élément stable. Ce que soulignent d'amples passages en italiques, où s'exprime un amour passionné, inconditionnel. 

 

Reste qu'à part cette boussole, la narratrice se retrouve confrontée au vide de son existence. Une existence en partie vécue par procuration sur MySpace et sur Google (des fois que la narratrice serait à l'affiche et qu'elle ne le saurait pas - intéressant jeu de miroir autorisé par l'internet), qui ressemble aussi, parfois, à une manière de perdre son temps en subissant son existence: projet théâtral qui n'avance pas, volonté labile de se reprendre en main, errements, attentisme - le titre fait du reste référence à "En attendant Godot" de Samuel Beckett: "Essayer. Rater. Essayer encore. Rater mieux."  Peu d'aide à espérer de Pôle Emploi, enfin, d'autant plus que la narratrice refuse tout expédient. Cet attentisme, la narratrice le justifie par sa vocation d'actrice de théâtre habituée à faire ce que lui ordonne un metteur en scène.

 

Dès lors, le lecteur a envie de lui mettre quelques claques, à cette narratrice qui aimerait bien exister mais ne sait pas trop comment faire... La rédemption pourrait venir de l'écriture; du coup, il est possible de concevoir ce roman comme le fruit de cette démarche personnelle de la narratrice. Cela, d'autant plus que le texte donne la priorité à l'introspection. Une introspection qui s'exprime en pages aussi peu chargées que l'existence de la narratrice, où se recrée un univers parisien où des Espagnols servent au restaurant dans lequel elle prend des notes. De là à aller dire que l'auteur est la narratrice, il y a un pas que je ne fais pas, malgré les ressemblances entre les deux personnes: je préfère considérer que je est un autre, comme qui dirait, et que l'auteur crée une fiction, un roman avec un personnage distinct d'elle, à partir de sa propre matière. Qu'elle se crée son propre personnage de théâtre.

 

En définitive, on se perd un peu dans cette tranche d'existence qui avance petit à petit et foisonne de mille petits riens qui, dans le néant, revêtent une importance notable et suscitent une impression de dispersion ou de brouillon. Une impression tout à fait en phase avec le personnage de la narratrice, mais peu évidente à réceptionner pour un lecteur qui aime parfois qu'on le prenne par la main. Pas tout à fait convaincu par ce premier opus donc; mais j'ai bien envie de revenir à cet auteur à une prochaine occasion. 

 

Géraldine Barbe/Barberine, Rater mieux, Paris, Leo Scheer, 2008.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Aliénor 25/11/2012 09:40

Quel titre !

Daniel Fattore 25/11/2012 21:49



Il fallait oser, en effet! Pourtant, il est parfaitement en phase avec la teneur du roman.



Anne 22/11/2012 22:15

Tu serais d'accord de patienter un an ? J'ai bien envie de le refaire à cause du jury Prix Première, je te l'ai expliqué sur mon blog, mais dans un an je te cède volontiers le relais, tu veux bien
? Et n'hésite pas à me le rappeler en temps voulu ;-)

Daniel Fattore 22/11/2012 23:16



Je patiente volontiers! :-) Je participerai même volontiers à ce défi pendant une année encore (j'ai de la matière, et j'ai l'impression de ne lire que des premiers romans ces temps-ci), et le
reprendrai à la fin 2013, avec plaisir, si tu le veux bien. Donc restons en contact et tenons-nous au courant!



Sophielit 22/11/2012 18:09

Ton avis est mitigé mais pour ce qu'il contient de positif, il me donner envie de lire "Rater mieux"...

Daniel Fattore 22/11/2012 21:37



Ce roman est sorti dans des conditions particulières, j'y ai trouvé des qualités en effet; du coup, j'ai envie d'en savoir plus - et donc de lire autre chose de l'auteur. Je te souhaite une bonne
lecture de "Rater mieux" et me réjouis de connaître ton avis au sujet de ce premier roman!



Anne 21/11/2012 17:49

Peut-être le procédé d'édition est-il quand même un peu discutable, avec le recul ? Merci en tout cas pour ton esprit de découverte et de "défrichage" dans les premiers romans.

Daniel Fattore 22/11/2012 21:37



Le procédé a en tout cas fait débat en son temps!

Merci à toi pour avoir organisé ce défi du premier roman! Va-t-il se prolonger après le 31 décembre? Dans ce cas, sache que j'ai de la munition... et si jamais, je prends volontiers le relais,
concernant la gestion du défi. 



Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.