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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 23:08

hebergeur imageIl fallait que la presse genevoise fasse une boulette... et que les amateurs de chausse-trapes en profitent: fixée à 18 heures par les participants, la dictée de l'Alliance française de Genève a été annoncée à 19 heures par les journaux. Doute affreux... l'organisatrice, Chrystel Girod, a décidé sans façons de proposer deux dictées mardi soir, au lieu d'une, au collège genevois Alice de Rivaz. Votre serviteur y était, comme il le laissait entendre ici...

 

... la dictée de l'Alliance française de Genève, troisième du nom, est une épreuve qui se mérite: localiser le collège est assez évident, mais trouver ensuite la salle a tout du jeu de piste, balisé par des panneaux fléchés. Quelques escaliers à descendre, et voici la salle... près de vingt personnes étaient là à dix-huit heures pour l'épreuve: des francophiles, pas forcément de langue maternelle française, de tous âges et de tous sexes. Les deux tiers d'entre eux (et elles) sont restés pour la deuxième dictée, embrayée à 19 heures. 

 

A mille lieues de l'esprit d'un Bernard Pivot, conçu comme piégeux et élitaire, l'objectif de l'épreuve de mardi était d'assurer un sans-faute sur un texte littéraire, puisé en l'occurrence dans "Claudine à l'école" de Colette. Du coup, le candidat à la dictée se retrouve face à un texte de niveau baccalauréat, sans difficulté bien voyante; mais c'est souvent dans les détails que se cache le diable de la langue française. Je crois cependant m'en être pas trop mal sorti - y compris si l'on tient compte des volontés de l'auteur. Tout au plus me tiendra-t-on rigueur de quelques majuscules discutables, voulues par Colette mais pas par l'Académie française, ou de quelques pluriels ambigus.

 

Chrystel Girod s'est, par ailleurs, amusée (beaucoup!) à rédiger des textes de quelques lignes, présentés comme des "bonus/malus" où un zéro faute permet de rattraper quelques erreurs dans la dictée proprement dite. Evidemment, deux tests ont été rédigés; j'ai trébuché une fois sur le premier (damned!), mais ne crois pas avoir fauté sur le second, ce qui devrait me valoir un petit bonus bienvenu: j'ai perçu le deuxième texte comme plus difficile que le premier, en raison des pluriels ambigus (et sans doute discutables: faut-il écrire "des quarts de fautes", comme le veut le corrigé, ou "des quarts de faute", comme le veut une logique qui admet qu'un quart de faute, c'est moins qu'une faute, ce qui appelle un singulier à "faute" même s'il y a plusieurs quarts? Ecrit-on "faut-il un S à trouvé" ou "faut-il un S à trouvés" - et lequel est le plus juste, du strict point de vue des règles du français?) qui truffaient son premier paragraphe.

 

D'apparence assez facile, les dictées de Genève, signées Colette, ont soulevé une difficulté cruciale et insurmontable pour le candidat: comment se mettre à la place de l'écrivain pour écrire juste? Et du point de vue du correcteur, faut-il considérer que l'écrivain a forcément raison ou admettre que d'autres lectures, également voire davantage correctes (selon les normes), sont possibles? Autant d'ambiguïtés que des auteurs de dictées tels que Bernard Pivot, Michel Courot, Jacqueline Bayol et d'autres (dont celui qui écrit ces lignes - quelques Stéphanois et Romontois en gardent un souvenir que j'espère bon) cherchent justement à éviter, de façon à ce que le candidat puisse concevoir pourquoi sa manière d'écrire est fausse. Ce qui amène une question provocatrice mais nécessaire: étant donné que rédiger une dictée implique pour son auteur de se soumettre à certaines contraintes, en vue d'obtenir un certain effet sur un public donné, la dictée ne pourrait-elle pas accéder au rang de genre littéraire?

 

Il est à noter, enfin, que l'épreuve a été menée de main de maître par Mme Chrystel Girod, qui a très bien joué son rôle de... maîtresse! Merci à elle, et bravo. Elle est également l'âme du concours de l'écrivain d'un jour - auquel j'ai participé il y a une dizaine d'années, et qui a vu le triomphe d'auteurs tels que Paule Mangeat. Et pour en revenir à la dictée, quels résultats? Selon l'expression consacrée, c'est une affaire à suivre... le temps de la correction!

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commentaires

M
Sympa cette dictée! Cela me rappelle de bons souvenirs. J'avais participé à un concours organisé dans mon école à Harare et j'avais remporté un dictionnaire. Mon Père m'avait battu au jeu! J'étais
seconde, lui premier! Depuis j'ai toujours mon dictionnaire et je m'en sers régulièrement. Dommage que je fasse tant de fautes aujourd'hui!
D


Je participe régulièrement à ce genre de dictée - essentiellement en Suisse et en France. Harare? C'est chic! :-) Effectivement, ces dictées ne sont pas forcément évidentes, même si elles
paraissent parfois faciles.



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