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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 19:00

hebergeur imageAnticipation, lu par Livrogne.

Le blog d'YXSOS et le site de l'éditeur.

 

La moitié masculine de l'humanité est en train de disparaître, terrassée par un mystérieux virus... telle est l'idée de départ d'"YXSOS ou Le Songe d'Eve", premier roman de l'écrivain et gynécologue suisse Pierre de Grandi. Certes, il s'agit d'une fable, avec ses forces et ses faiblesses; mais les implications de son propos ne devraient pas manquer de susciter le débat entre lecteurs.

 

Il faut être deux...  

Sur la base d'un point de départ qui n'est pas sans rappeler celui des "Hommes protégés" de Robert Merle (le titre du roman de Pierre de Grandi peut du reste être interprété comme un appel à l'aide de la part des hommes: YX-SOS...), l'auteur se propose de visiter à sa manière les rapports entre les hommes et les femmes, en interrogeant en particulier la place de l'homme dans l'humanité, en posant en outre qu'une avancée scientifique le rend parfaitement inutile dans le domaine de la reproduction - sans parler de tout le reste, que les femmes font tout aussi bien que les hommes. Si ce n'est que pour s'aimer, il faut bien être deux...

 

... deux? Tour à tour, deux couples sont les moteurs du récit. Le premier est celui constitué par Kate et Jessica, deux femmes. Kate est une caricature de féministe misandre façon Valerie Solanas, que le lecteur (homme ou femme) pourra assez rapidement comprendre au deuxième degré ou prendre en grippe - et en tirer sans tarder les conséquences qui s'imposent: la démarche de Kate, scientifique de renom, est vouée à l'échec. Jessica joue ici le rôle de modérateur; mais elle a bien du mal à calmer sa bouillante compagne, qui fonctionne finalement comme un homme en voulant user de force. Eliminer physiquement une moitié de l'humanité par haine, mécaniquement, est-ce bien raisonnable?

 

Comme un malaise? 

Le second couple est constitué de David et Marie, et c'est à celui-ci que l'auteur consacre ses pages les plus lyriques, à l'instar du duo quasi poétique du chapitre "Le peignoir blanc", où l'auteur fait "jouer les violons" sans fausse retenue. On ne peut cependant manquer de s'interroger sur la pertinence de la démarche de Marie, généticienne, en vue de faire évoluer la moitié masculine de l'humanité: l'idée est de créer ce fameux "YXSOS", à savoir un "homme nouveau" - ce qui peut rappeler, non sans malaise, des tentatives historiques de créations d'hommes nouveaux, et donner à croire que "l'homme ancien" (celui qu'on peut rencontrer un peu partout à l'heure actuelle) est dépassé, ringard.

 

Il paraît effectivement que le chromosome Y de l'homme, pas très utile, est en voie de disparition... Faut-il pour autant l'éjecter illico? L'homme ne serait-il donc vraiment, comme l'écrivait Valerie Solanas (encore elle!), qu'une femme manquée? L'approche génétique de Marie m'a semblé plus insidieuse que celle de Kate, même si elle paraît plus louable en visant le long terme, un changement "aidé" de mentalité et un effacement des peurs masculines.  

 

Un roman pour susciter le débat 

Alors, pourquoi lire ce petit livre? On l'a compris: tantôt caricatural, tantôt finement pensé, tantôt provocateur même, un tel livre, sous ses allures de fable futuriste et catastrophiste, a clairement pour vocation de susciter le débat sur la place de chacun des sexes dans la société - et en particulier sur celle des hommes. Il est porté par un style fluide qui ne s'interdit jamais une once de lyrisme, et rythmé par des chapitres courts qu'on dévore. Et si certaines digressions portant sur la génétique et la médecine peuvent paraître un poil trop didactiques, on y apprend toujours quelque chose. Plus qu'une fin en soi, ce roman me semble donc être le point de départ d'une réflexion à mener. Cela, qu'on soit un homme... ou une femme: en fonction du sexe de la personne qui lit, la perception d'"YXSOS" sera sans doute très, très différente.

 

Pierre de Grandi, YXSOS ou Le Songe d'Eve, Lausanne, Plaisir de Lire, 2011.

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commentaires

Laza 06/07/2011 13:50


Voilà les commentaires d'une femme, donc, en attendant que d'autres réagissent ;-)
Pour ma part, je me suis laissé emporter par ce roman qui m'a rappelé aussi l'histoire des rapports hommes-femmes et me laisse songeuse depuis que je l'ai terminé.
En ce sens, je suis bien assez d'accord avec Daniel Fattore et me demande si la génétique peut vraiment tout expliquer (ou tout régler). Pour moi, le problème est surtout social, tout en nuances
effectivement, et il y a encore du chemin à parcourir tant chez les messieurs que chez les dames.


Daniel Fattore 06/07/2011 21:04



... bonsoir! Et merci de votre commentaire! Il est vrai que sur les blogs (je pense à Noann Lyne) et dans la presse, ce sont surtout des hommes qui se sont exprimés sur ce roman, si
j'en crois le site des éditions Plaisir de Lire.

Je vous réponds par le canal du présent blog...

L'enjeu est social, c'est vrai! Du coup, est-ce que la génétique peut y répondre? Je ne le crois pas. Le études genre? Pas sûr non plus, car elles me paraissent trop axées sur l'élément
culturel... Les religions? Elles ont leurs clés, mais aussi leurs limites - tant il est vrai qu'il existe des abîmes entre les livres saints, le message divin et ce que les humains en font/en ont
fait. Alors quoi? "La seule vérité, c'est de s'aimer", disait Raoul Follereau - un bon résumé de l'Evangile, mais aussi un avis recevable par-delà les religions. Serait-ce une clé pour mieux
se comprendre, mieux s'apprécier dans le respect des différences?

L'auteur, M. de Grandi, écrit quelque part, sous forme de tag, "égaux mais différents". C'est aussi un élément qui ouvre les vannes de la réflexion: comment tenir compte de l'un dans l'autre, et
vice versa? Dès lors, en effet, tout est dans la nuance, dans la finesse, voire dans le cas par cas - en tenant compte au plus près des intérêts de chacun, homme ou femme... sans oublier la
société dans son ensemble.

Ce roman se dévore comme un best-seller, c'est vrai; mais près d'un mois après, il donne encore à réfléchir, ou nourrit mes propres réflexions sur la question, ce qui me paraît assez fou... et le
signe qu'avec "YXSOS", mine de rien, nous avons un roman qui sort vraimen de l'ordinaire.



noann 05/07/2011 19:02


Merci pour le lien !

Bien vue, la comparaison avec Robert Merle...

Perso, je dois avouer que si j'ai beaucoup aimé la première partie du livre, l'intrigue savante centrée sur le XY, j'ai détesté les développements de la fin, qui m'ont semblé moralisateurs et
orientés.

Mais d'où vient cette haine pour l'homme cultivée par l'auteur à travers presque tous ces personnages ? Il ne nous laisse décidément aucune chance.

Le concept selon lequel l'homme serait, en résumé, non seulement inutile, mais vil et dominateur, me semble dépassé et très réducteur.

Si je devais retenir une chose de mon demi-siècle de vie, c'est que la société est faite d'un grand nombre de facettes, dont dépendent une grande quantité de paramètres, qui tous ensemble
définissent le monde. Dès lors, résumer les problèmes de société à la seule faute de l'homme me semble vraiment très réducteur.

Par expérience (très riche) je sais que les femmes, dans leur grande majorité, apprécient un homme fort, sans faille et même dominateur. Je le sais parce que je ne suis pas moulé dans cette
empreinte. Je suis hyper-sensible et plutôt doux, mais avec un air androgyne qui ne plait pas forcément. Eh bien, que de femmes ne se sont pas détournées de moi pour aller vers de gros malabars,
durs, tatoués... drogués même !

Il me parait évident que si la société est ce qu'elle est, la femme y a largement contribué. Dès lors, les discours féministes me cassent les pieds, lorsqu'ils visent non pas l'équilibre, mais
vouent une haine à l'homme.

Cependant, j'ai pensé que cette opinion perso ne devait pas interférer dans mon article sur ce livre, j'en ai donc fait l'analyse de façon détachée.

Et comme tu le dis bien, les opinions seront différentes, probablement selon le sexe du lecteur.


Daniel Fattore 05/07/2011 20:39



Pour le lien, je t'en prie! Le lien est l'essence du Net et de la blogosphère, c'est pourquoi j'en fais des paquets.

Roman misandre ou misogyne? Je me suis posé la question, après avoir rédigé ce billet. On peut aussi dire qu'il y a une certaine misogynie à voir les femmes soit comme des êtres violents (le cas
de Kate), soit, comme des manipulatrices (cf. Ester Vilar, féministe, qui voit là le principal pouvoir de la femme), étalant complaisamment l'inutilité du mâle de l'espèce humaine. Le débat n'est
pas terminé...

Question d'utilité de l'homme pour la nature: on peut effectivement poser qu'il en faut moins que des femmes pour perpétuer l'espèce, un homme pouvant féconder rapidement plusieurs femmes. Un peu
pareil que dans l'élevage bovin... mais nous ne sommes pas des bêtes, et l'humanité a besoin de tout le monde, hommes comme femmes.

A présent, j'aimerais aussi lire un billet sur ce livre, écrit par une femme. A ce jour, je n'ai rien vu de tel... mais j'ouvre l'oeil!



Alex-Mot-à-Mots 01/07/2011 09:28


As-tu connaissance, justement, d'un billet écrit par une dame ?


Daniel Fattore 02/07/2011 06:09



Non, justement... à ma connaissance, seul "Livrogne" a publié quelque chose sur ce livre; en revanche, le débat est nourri sur son blog, dans les commentaires.



L'Irrégulière 29/06/2011 10:24


Eh mais ça a l'air super bien ! Faut que je regarde si on le trouve facilement en France !


Daniel Fattore 29/06/2011 20:47



C'est fort intéressant, ça dérange pas mal... le mieux serait que tu demandes directement à l'éditeur, via son site Internet (http://www.plaisirdelire.ch): ils ont certainement une solution pour te le livrer directement par poste. En tout cas, je te souhaite une belle découverte avec ce
texte.



Mascha 28/06/2011 23:27


Ce livre me semble très intéressant. Rien de mieux que la fiction pour poser de réelles questions sur notre vie, notre société, nos communautés... et nos relations entre nous.
Merci de me faire découvrir par le biais de ce billet! Il suscite déjà une conversation fort intéressante chez moi! ;-)


Daniel Fattore 29/06/2011 20:46



Je t'en prie! Je ne peux que te recommander la lecture de ce livre, c'est une lecture rapide et qui interpelle. Il devrait être possible de passer commande via le site de l'éditeur; au besoin,
écris-leur un courriel au préalable, ne serait-ce que pour savoir s'ils livrent à l'étranger et à quelles conditions.



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