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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 20:21

hebergeur imageLu dans le cadre du défi "Premier roman".

Merci aux Agents Littéraires et aux éditions Bruit Blanc pour l'envoi.

 

La douleur est le point de départ de « Les chambres d’Antoine », premier roman de Marie Dubosq. Et comme toute douleur, elle implique une démarche qui part de celui qui souffre - donc une écriture à la première personne. Cette première personne, ici, c’est Antoine, un patineur qui, à la suite d’un accident, se retrouve amnésique. Son mal physique est le premier élément qu’il identifie. Puis il reconstruit peu à peu le puzzle de ses souvenirs, jusqu’à une insoutenable vérité. Subtil développement de la part de l’auteur, qui sait dévoiler les choses peu à peu pour accrocher son lectorat.

 

Cela implique un point de départ sous forme de faux huis clos. Encore une fois, l’auteur sait lâcher l’information au compte-gouttes, jouant avec les codes littéraires. Le lecteur va dès lors se demander ce qui se passe : a-t-on affaire à un malade autoritaire et à une infirmière ? Pourquoi le narrateur a-t-il mal partout ? Sa situation est quand même exceptionnelle… Progressivement, il trouvera les réponses. Pour cela, l’auteur use, en plus de la rétention/hiérarchisation de l’information, d’un artifice éprouvé et bien marqué (des italiques), mais performant dans son roman, d’autant plus qu’il est amené à la manière d’un prétexte pour ainsi dire naturel : celui des lectures.

 

L’artifice des lectures de l’infirmière permet en effet à l’auteur d’ajouter une troisième dimension au récit, et de s’échapper de la chambre du malade. Il arrive tout en douceur, par le biais d’un récit sentimental apparemment sans rapport avec l’histoire d’Antoine. Puis c’est un ouvrage plus concret qui est lu, éveillant des souvenirs. Dès lors, les trous de mémoire se comblent, comme les lacunes d’un puzzle. Par cette stratégie, le lecteur comprend aussi mieux qui sont les personnages principaux du récit : l’infirmière n’en est pas vraiment une, et son rôle cache un drame personnel où le malade, intimement lié à ladite infirmière en fait, joue son rôle.

hebergeur image

Dès lors, le lecteur comprend qu’il s’agit du roman d’une intimité, d’une complicité amoureuse qui lie les deux membres d’un couple de patineurs artistiques. L’aspect amoureux est souligné par des pages à la sensualité un rien convenue, où le narrateur se dit obsédé par la poitrine de celle qui prend soin de lui ; de manière attendue, il sera donc question de jupes, de cuisses, de bas, de talons aiguilles – une recette éprouvée qui met le lecteur sur la bonne piste, de même que l’apparition, enfin, d’érections…

 

Convenu ? L’auteur rappelle volontiers, à l’occasion, qu’il sait faire usage du coup de théâtre pour balader son lecteur. Témoin en est le moment où le narrateur découvre qu’il se trouve au Canada… et qu’il ne sait plus retrouver sa chambre de malade. Fin du huis clos ? Oui et non. Certes, le narrateur s’évade ; mais force est de constater qu’il n’est pas capable d’assumer sa nouvelle liberté, et que celle-ci, nouvelle chambre succédant à l’ancienne prison, l’embastille à son tour.

 

Ainsi retrouve-t-on le canevas classique du malade amoureux de son infirmière – un canevas qui rappelle, à un moment donné, celui de « Misery » de Stephen King. Mais en dépit de quelques effets attendus, l’auteur sait le revisiter pour en faire un récit en forme de puzzle, témoin d’une gestion souveraine de l’information, où seule la dernière phrase donne la clé du récit – et l’aboutissement de la quête d’un narrateur endolori (au physique d'abord, au mental ensuite, progressivement...) autour duquel tout tourne. Marie Dubosq est décidément un auteur à découvrir, et même une voix originale à suivre.

 

Marie Dubosq, Les chambres d'Antoine, Paris, Bruit Blanc, 2012.

 

Illustrations en provenance du site de l'éditeur: http://www.bruitblanc.fr.

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commentaires

E
ton billet est magnifique et ça donne très envie de découvrir l'auteure mais aussi le sujet (l'amnésie) me tente bcp.
D


Merci du compliment! C'est un livre qui mérite d'être découvert, en effet.



A
Voilà un premier roman qui a l'air intéressant.
D


Certes! C'est un roman bref - et un auteur à suivre.



M
En effet, cette auteure semble une bonne découverte! Je vais regarder si ses livres existent à la bibliothèque de ma ville. ;)
D


C'est un petit éditeur qui a sorti ce livre; si jamais, il faudra peut-être que la bibliothèque de ta ville le commande. C'est du reste le premier roman de Marie Dubosq.



A
Au fait, en notant le lien, je constate que tu passes dans la catégorie "Envoie ton manuscrit" puisque tu en es à six premiers romans ! Bravo !
D


Il faudrait créer une "super-catégorie" pour les lectrices et lecteurs qui dépassent joyeusement les cinq livres de la catégorie supérieure... par exemple avec un nouveau seuil à dix romans? En
tout cas, merci et bravo pour l'initiative de ce défi!



A
Certaines choses m'attirent mais je ne suis pas sûre d'être vraiment attirée par ce livre... Je viens de lire Avant d'aller dormir, aussi sur une amnésique. Avis assez mitigé d'ailleurs.
D


A voir, en effet! :-)



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