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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 20:22

PhotobucketPrésidente de la Société fribourgeoise des écrivains, Jacqueline Sudan-Trehern est connue comme musicienne et comme poétesse; à ce dernier titre, elle a déjà quelques recueils à son actif. L'an dernier, elle a choisi d'aborder un nouveau genre, celui du roman. Un défi concrétisé avec "Les Ronces de l'aube", paru au deuxième trimestre 2009 aux éditions Thélès. Force est de constater que le passage d'un genre à l'autre est un succès, l'art poétique fécondant ici, de belle manière, l'art romanesque.

 

En quelques mots, voici l'intrigue de ce récit: sur fond de guerre civile, l'auteur suit le destin de Maya, douze ans, enfant perdue recueillie par un couple de viticulteurs. Vient se greffer ici une affaire de famille finalement tragique: qu'est devenu le père de Maya, dont les traces se ravivent à l'arrivée de José chez les viticuteurs? Est-il un passeur comme il y en a tant dans ce roman, devenus tels par conviction ou par un concours de circonstance? Est-il autre chose? Mort, vif?

 

Des transferts de fugitifs par les mers, quelques vignobles prospères, des montagnes: a priori, le lecteur peut penser aux heures tragiques de la guerre d'Espagne, à la fin des années 1930, ou à certains épisodes de la Seconde guerre mondiale. L'onomastique des personnages concourt, dans une certaine mesure, à cette interprétation. Mais l'auteur brouille les pistes par deux biais. Le premier est l'évocation d'éléments forcément absents à l'époque - ou inexistants sous leur forme actuelle: la télévision (p. 33), les ONG, un cubitainer (p. 104). Ces "anachronismes" sont du reste rares. L'autre élément est l'absence de toute référence géographique ou mention de nom de lieu. Si l'événement historique se trouve peut-être à la base du récit, si certains éléments ont été vécus par tel ou tel témoin direct, l'auteur les transcende donc en leur conférant l'intemporalité (période floue) et en donnant à croire qu'une telle histoire peut finalement avoir lieu n'importe où.

 

La poésie, je l'ai dit, féconde ici l'art du récit... l'auteur manie en effet volontiers l'image, épuisant volontiers les champs lexicaux qui s'ouvrent à partir des métaphores utilisées. La dominante des premières pages est par exemple rouge; cela ramène aux vautours, à la couleur de leurs serres, au sang bien sûr (celui de la Terre, le jus des raisins que Maya grappille, lui fera écho plus loin), et en dernier ressort au jeu de prédation dont Maya, premier personnage dont le lecteur fait connaissance, est victime. Songe ou réalité? Le songe ainsi décrit semble plus réel même que la pauvre réalité que vit Maya. Dès lors, les images vont se succéder, jusqu'à ces énigmatiques "ronces de l'aube" qui trouveront leur sens premier en toute fin du roman. Cela, après avoir eu un sens métaphorique: l'association du mordant des ronces et de la douceur de l'aube...

 

... qui fait écho, ici, à l'alternance de scènes dures, tendues, où la menace est omniprésente jusque dans les songes, où les armes parlent, parfois de manière absurde (José a par exemple reçu l'ordre de tirer sur tout ce qui bouge, sans état d'âme, ce qui l'amène à descendre des femmes, à tirer sur des camions d'enfants, etc.), où les réfugiés sont entassés de manière fort peu digne derrière des barbelés, etc. - cela, à deux pas de familles qui se prélassent sur la plage, sous un soleil radieux. Parce que, bien sûr, l'horreur peut avoir lieu même par la plus belle des saisons.

 

Si la langue est travaillée, richement ciselée, elle reste abordable pour le lecteur, qui pourra être tenté de lire certaines phrases à haute voix - ce qui marche bien. Un premier roman à conseiller donc!

 

Jacqueline Sudan-Trehern, Les Ronces de l'aube, Paris, Thélès, 2009.

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commentaires

Valérie DEBIEUX 15/05/2010 21:58


Très bel article ! Merci Daniel. Ce livre m'attend et je m'en réjouis.


Daniel Fattore 15/05/2010 22:30



Je t'en prie! J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre, et t'en souhaite tout autant! C'est vraiment un beau roman. Bonne lecture, bonne découverte!
Je m'en vais ajouter ton blog à ma blogroll!
Enfin, pour ce qui est de mon recueil de nouvelles, il est disponible sur Lulu.com, à partir du lien indiqué sur mon blog (cliquer sur la couverture, dans la colonne de droite). En ce moment,
cependant, je suis un peu en procès avec le livreur... affaire à suivre donc! Mais j'ai quelques scrupules à indiquer aux amis, sans autre forme de procès, le moyen d'acquérir ce petit
ouvrage.



Quichottine 15/05/2010 14:34


Je garderai donc ce nom en mémoire... mais pas pour tout de suite. :)

Passe une bonne fin de semaine, Daniel.


Daniel Fattore 15/05/2010 22:32



Bonne lecture - et si tu publies un billet sur ton blog à ce sujet, fais-moi signe - de mon côté, je m'efforcerai d'ouvrir l'oeil sur ton blog. Mais c'est vraiment un beau roman, que je te
conseille. En plus, c'est quelqu'un de ma région.
Bonne fin de semaine à toi, Quichottine!



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