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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 21:29

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuitC'est là que j'ai classé "Le jour où Albert Einstein s'est échappé" de Joseph Bialot, avant de commencer ma lecture. René Fallet pour l'histoire de vieux qui s'évadent de l'asile ("Les vieux de la vieille"), Friedrich Dürrenmatt parce que l'un des personnages de sa pièce "Les Physiciens", qui se déroule dans un foyer pour personnes âgées, porte le même surnom. Est-il possible d'assumer un tel héritage?

Force est de constater que le "Le jour où Albert Einstein s'est échappé" draine avec lui une quantité impressionnante de thèmes et sujets importants, classiques mais bien en phase avec notre époque: le rapport entre générations (un ancien combattant blanc, Sébastien, se fait conduire par un jeune taxi noir, Laurent), le refus du racisme (même si une bonne dose d'humour permet de mettre de l'huile dans les rouages lorsque les caractères se frottent), l'amour, la guerre (quelle horreur!), la Kollaboration (parce que l'auteur écrit "kollabo") et la Résistance. Pour un peu plus de 170 pages, le menu est copieux.

L'évasion d'un foyer pour personnes âgées pourrait devenir un topos de la littérature: en général, on ne sort de ce genre d'établissement qu'au moment dernier. L'évasion du personnage principal prend donc les allures d'une évasion de la vie réelle vers une vie rêvée, sans médecins, sans enfants hypocrites, sans un entourage qui renvoie en permanence Sébastien à sa propre décrépitude. C'est un retour à une vie plus vraie: le narrateur se sent plus jeune au contact d'un nouvel entourage, celui de Laurent.

Reste que Sébastien a un côté convenu, comme personnage. Et c'est là le principal défaut de ce bref roman, parce qu'i entraîne avec lui d'autres éléments peu novateurs. Chacun a sans doute déjà vu, dans ses lectures, un vieillard un peu aigri et bougon, parlant par coups de gueule, et ayant fait la Résistance. Celui-ci n'en diffère guère; le lecteur repasse donc par la ligne de démarcation, assiste à la mort par arrosage de mitraillettes de sa copine juive et de son fils qui vient de naître - cela, sans qu'il y ait une réelle implication, même forcée, du lecteur, comme on peut la trouver dans "Les Bienveillantes" de Jonathan Littell, paru quelques mois auparavant et présente également une scène, autrement puissante, d'élimination d'un enfant qui vient de naître. Reste que l'auteur a vécu la guerre lui aussi, et que certains épisodes doivent avoir des racines autobiographiques...

Le personnage de Laurent, homme de couleur, a aussi un côté bien convenu - bougon au début, il devient profondément accueillant, et chez Sylla, sa copine, c'est la fête à la maison. L'auteur entoure le taxi d'un médium (le genre qui vend des philtres d'amour et promet le "retour définitif et durable de l'être aimé" - titre d'un roman d'Olivier Cadiot) et d'une chanteuse de rues: de quoi camper une certaine pauvreté, celle qui, selon la formule consacrée, n'a rien mais donne tout. Evidemment, les femmes bronzées sont ultra-sensuelles... pour ne pas dire plus.

Evidemment, ce qui sépare les deux personnages principaux du roman est ce qui va les rapprocher: l'ancien raconte ses vieux récits de guerre au jeune, qui présente son propre univers. Ce n'est pas une mauvaise idée en soi, mais "Le jour où Albert Einstein s'est échappé" ne va guère au-delà des clichés. Dommage! Ce, d'autant plus qu'un perçoit une certaine tendresse dans le regard de l'auteur, et que celui-ci écrit dans un style agréable et fluide qui, malgré tout, accroche le lecteur jusqu'à l'ultime balade sur la plage. Quant à la double paternité évoquée au début du récit, elle n'existe guère, au-delà de l'évasion: Albert Einstein, alias Sébastien Lesquettes, n'a pas grand-chose à voir avec l'étrange bonhomme de Dürrenmatt.

Il en est question chez Krolinh, Journal d'une lectrice, JM Laherrère.

Joseph Bialot, Le jour où Albert Einstein s'est échappé, Paris, Métailié, 2008.



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commentaires

Lili Galipette 06/12/2009 18:17


C'est justement cette impression mitigée qui me donne envie de décuvrir le livre, pour me faire un avis.


Daniel Fattore 06/12/2009 19:38


Comme quoi tout est bon pour inciter à lire! J'espère qu'il te laissera une meilleure impression qu'à moi! Bonne lecture; je me réjouis de lire ton billet à son sujet.


Lili Galipette 06/12/2009 11:29


Avec tout ça, impossible de ne pas ajouter le bouquin sur une LAL déjà obèse...


Daniel Fattore 06/12/2009 18:04


Obèse, obèse, tout de suite les grands mots... ;-) Ce petit livre est assez vite lu, certes, mais m'a laissé une impression plutôt mitigée.


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