Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Le Cul

 

Sans desroger aux premiers Blasonneurs

Du trou du Cul, et sauves leurs honneurs

Et de tous ceulx qui ont sçavoir condigne

Pour blasonner une chose tant digne,

Je de rechef luy donray ung Blason

Car sa louenge est tout jour de saison.

     Et tout premier dys que, sans menterie,

Le cul au corps a haulte seigneurie

Et que ainsi soit, la force de son sens

Vient parforcer tous les autres cinq sens

A consentir aux sentences mucées

Dans son cerveau, puis par luy prononcées

Si justement qu'on n'en peult apeller,

Ne contre luy fors en vain rebeller.

     Puis les cheveulx, front, sourcilz, yeulx et bouche

Sont amortis quand la mort le cul bouche,

Si sont tetins, nez, joues, et menton,

Gorge, estomach, ventre, cuysses, et ...,

Jambes, et bras, piedz, mains, aussi oreilles,

Colz blancz et droictz, et corps faictz pour merveilles.

     Mais on peult bien perdre ung oeil, ou tous deux,

La jambe, ung bras, le nez, ou les cheveulx

Que pour cela monsieur le cul, derriere,

N'en mourra point, ne fera pire chere.

     Donc, il n'est rien en tout le corps humain

Que, si le cul ne luy tient forte main,

Puisse eschaper que ne perde la vie

Ou, pour le moins, ne tumbe en maladie.

     Et si d'icelle attend la guarison,

Fault que le cul en face la raison

En luy donnant force supositoires,

Poudres, senteurs, doulx huylles, et clysteres

Pour l'apaiser, voire jusques à tant

Qu'il crachera le mal au corps latent.

     O doncques, cul, de santé le vray signe

Où maint docteur en l'art de medecine

Prend son advis, et visite ton faict,

Sans toy n'est corps qui ne soit imparfaict.

     Et oultre plus n'est requis que je taise

Comment tout prince, et grant seigneur, te baise

Au departir du ventre maternel

Qui est à toy ung los bien solemnel,

Car ce tribut te doit tout filz de mere

Soit paovre ou riche, aussi nul ny differe.

     Et s'aucun dict que tu es sale, et ord

Et inutile, il te blasonne à tort,

Car j'ay raison pour toy tout au contraire

Dieu sçait de qui! et voicy l'exemplaire:

     Ne lit on pas aux livres anciens

Ce qu'ung grand clerc mande aux Corinthiens?

Ne sçay si c'est en l'epistre premiere...

Si le aille veoir qui ne te prise guere

Et revenons au cul en joye et ris.

     O donc gros cul à facon de Paris,

Cul qu'en allant te degoyses et bransles,

Comme en dansant basses dances, ou bransles

Pour demonstrer - si bien ta geste on lict -

Que tu feroys bien bransler ung chalict.

     Cul qu'à ta garde as dix ou douze armures

De linge, toylle, en drap, soye, ou doublures,

Oultre le beau, frisque, et gaillard derrier,

Mais de surcroys, pour estre plus gorrier.

     Cul enlevé trop mieulx que une coquille,

O cul de femme! O cul de belle fille!

     Cul rondelet, cul proportionné,

De poil frisé pour haye environné

Où tu te tiens tout jour la bouche close,

Fors quant tu voys qu'il faut faire autre chose. 

     Cul bien froncé, cul bien rond, cul mygnon,

Qui fais hurter souvent ton compagnon

Et tressaillir, quand samye on embrasse

Pour acomplir le jeu de meilleur grace.

     Cul rembourré comme un beau carrelet,

Qui prens les gens plus au nez qu'au collet.

     Cul preferé à chascun autre membre,

Qui le premier couche au lict de sa chambre

Et le dernier en sort gay et leger,

Comme de table à l'heure de menger.

     Cul anobly, et à qui faict hommage

La blanche main, voire teste et corsage

S'enclinant bas pour te povoir toucher

Et tous les jours reveramment torcher.

     Et, qui plus est, ce temps, chascun s'essaye

De te vestir de drap dor, et de soye

Et peult on voir maintz braves testonnez

Qui ont leurs bas de chausse, et leurs bonnetz,

Robe et pourpoint de draps de moindre enchere

Que n'est leur hault de chausse et leur derriere.

     O puissant cul, que tu es à doubter,

Car tu fais seul par ta force arrester

Où il te plaist, seigneurs, serfz, folz et sages

Dont les ungs ont pour te moucher des pages.

     Qu'il soit ainsi: par toy jadis on veid

Le Roy Saul, qui poursuivoit David,

Si tres forcé, qu'à David se vint rendre

Sans y penser, lequel ne le vint prendre

Ny ne l'occit, quoy qu'il l'eust en sa main,

Plus aymant paix, qu'espandre sang huamin.

     Cul imprenable, assis mieulx que sur roche

Entre deux montz, où ennemy n'aproche

Qui tost ne soit en la malle heure houssé

Et par ta force, et canons repoulsé.

     Diray je rien de ta grande franchise?

Las, si feray! car tu peulx dans l'eglise -

A ung besoing - souspirer et peter

Quoy que le nez s'en vueille despiter

Et que on te dist que tu es sacrilege,

Qui est à toy ung tresbeau privilege.

     Cul desiré d'estre souvent baisé

De maint amant de sa dame abus

S'elle vouloit mayennant telle offrande

Luy octroyer ton prochain qu'il demande.

     Je dy envor, o cul de grand valeur,

Que ton tainct faict de brunette couleur

Ne changera tant que seras en regne

Et le tainct blanc qu'aux aultres membres regne

Par cours de temps peu à peu viendra laid.

     O doncques cul, resjouys toy seullet

Puis que tu as tant de vertu et grace

Que tout beau tainct, fors que le tien, s'efface

Et, advenant qu'il se peust effacer,

Mieulx que d'ung aultre on se pourroit passer.

     Et, pour renfort de ta louenge escripre,

Dis que tu tiens de tous membres lempire,

Pource que peulx leurs beaultez disposer

Ou leur laisser, ou leur faire poser:

C'est quand tu es aux oeuvres naturelles

Prompt et hardy, ou quand te fasches d'elles,

Et de toy pend leur joye, ou leur tristesse.

     O cul vaillant et remply de prouesse,

Combien heureux sont - donc - les membres tous

Tant que tu as la foire, ou bien la toux?

Car, ce pendant, la craincte ne les mort

D'estre mordus, en chiant, de la mort:

     Confessent doncq que sans tes benefices

Ilz n'ont beaulté, tainct, plaisirs ne delices.

 

Eustorg de Beaulieu (1495-1552), dans Poètes du XVIe siècle, Paris, Gallimard/La Pléiade, 1953/1991.

 


Partager cet article

Repost 0
Publié par Daniel Fattore - dans Dimanches poétiques
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.