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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 05:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

II.

 

Qu'est-ce qui est perdu lorsque tu

n'es pas là

qu'est ce

qui seulement sommeille et fait que je touche

à la terre

pense à toi

caresse les pierres

m'enfonce dans la forêt comme un bâillon

les pieds dans la vase les aiguilles les

ronces les feuilles

tout ce

grouillement d'insectes seulement pour

approcher le Grand Tronc d'arbre abattu

ses écorces à côté comme des vêtements comme

des mains paumes ouvertes encore le cri mais moi

bâillon

et le Tronc d'arbre nu extraordinairement nu

ma main le long des courbes fermes et douces

non pas froides Si je fermais les yeux Toi

longuement toi

et cependant si j'ôte ma main si je la reprends

cette brûlure d'absence et même pas

le désir

seulement la Différence.

 

Ma main inutile.

Et toute mémoire d'eau de pierre heurese

de bois nu

inutile

si ce n'est

pour limiter cerner réaffirmer l'absence.

 

Même les yeux fermés un bandeau sur les yeux

si j'avance dans la forêt fabuleuse

- et tu sais quelle jubilation venait des feuilles

et le soleil dans les feuilles comme de l'huile

et ce temps suspendu (que tu sais lire) à la

course du soleil de feuille à feuille Tu sais

la douceur sous les pieds de cette terre

tapissée de mousses et d'aiguilles

les troncs debout entre regard et regard Mais

Je tiens ma main dans la tienne et cette

solennité peut-être ne chante qu'en moi

seulement

en moi

C'est moi peut-être qui suis Cette cathédrale ce

carillon cette animale avance mesurée heureuse

et guetteuse Tous sens dehors dans l'odeur

les arbres et les baumes les balsamiques

résines et les fleurs et

toute mêlée à cela ton odeur d'homme ta peau

sueur force

qui chante?

          - si j'avance dans la forêt désormais

fabuleuse parce que ce n'est pas elle plus elle

qui porte l'empreinte de ton corps mais

toi tout entier où je m'avance et tout d'elle

n'est que mémoire de toi

j'avance et ce n'est plus l'obscurité plus le

chemin à tâtons plus la chaleur incertaine

mais

ces lianes ces rondeurs douces qui sommeillent et 

lentement se mettent en mouvement circulent et

se touchent et me frôlent

et ma peau tout se met au-dehors attirée par tous 

ses sens et mélanges confondus comme

par une musique où je

t'entends.

 

(Ne jamais s'éveiller tant que tu n'es pas là.

Ne plus jamais ouvrir les yeux ni la main sur

autre chose que la mémoire de toi par ce chant fabuleux

Ne plus quêter réelle une baie au goût fade

et que le Tronc tombé jambe où tu fus

mais n'es plus

Que seulement je t'aie ce Corps porté en moi

sous ma peau de tous sens recréé

Que seulement je garde chantant en moi ce chant

d'extase et de fureur où tu n'es pas

Ces cris qui ne sont pas criés et pourtant qui   

rappellent

la dure et douce violence de nos corps

Que seulement je ne bouge pas Je

me laisse labourer au-dedans par cette violence

par toi mémoire et ce chant fabuleux

Que j'erre dans ce passé forêt Que mes mains

chantent

le regard désappris de toutes les différences

lentement rapprenant réaffirmant

la Différence)

 

Monique Laederach (1938-2004), Poésie complète, Lausanne, L'Age d'Homme, 2003.

 

 

 

 

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