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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 22:24

hebergeur imageLu dans le cadre du défi Premier roman.

 

C'est au coeur du Moyen Age que se situe l'action de "Quand s'éteindront les lucioles", premier roman de Murielle Nguyen Thuy, paru aux éditions Chapitre 12. On y voit évoluer deux jumeaux, fils et fille d'un libre penseur, face à une Inquisition présentée comme impitoyable et porteuse, on le comprend vers la fin du récit, de lourds secrets de famille. Là-dessus, viennent se greffer également le profil de guérisseuses, de sorcières et de personnes qui prétendent avoir une vision du monde autre que celle que l'église catholique entend imposer au monde d'alors. L'action se situe en 1260, ce qui nous plonge en pleine période de l'Inquisition médiévale. Voilà pour le décor...

 

C'est un Moyen Age classique que l'auteur donne à voir, avec beaucoup d'éléments en bois (y compris des potences où l'on pend les condamnés), un obscurantisme porté par l'Inquisition et quelques rites religieux qui marquent les existences. Le Moyen Age est également présent par certains choix lexicaux volontiers archaïques: vocabulaire parfois surprenant, rare ou recréé avec adresse par l'auteur, mais aussi usage du subjonctif imparfait, qui confère une patine ancienne au roman.

 

Le lecteur risque cependant d'être surpris de voir émerger, sur ce cadre, des réflexions étonnamment modernes sur l'idée de "changer le monde", celle de "terreur" (un sentiment certes immémorial, mais dont le nom renvoie immanquablement le lecteur d'aujourd'hui aux suites de la Révolution française) ou un regard critique sur l'Inquisition: ce regard actuel pouvait-il être celui de villageois du XIIIe siècle, même un peu cultivés? Dans un même ordre d'idées, enfin, on peut se demander si les allusions parfois recherchées à la mythologie gréco-romaine (tels que le nom du chat, Apollon, mais aussi, parmi d'autres, une allusion au mythe d'Énée aux Enfers) sont de mise à une époque où ce sont plutôt les référents chrétiens qui dominent dans ce qu'on appellerait aujourd'hui le grand public.

 

Si l'on peut parfois se demander si le chat n'a pas des comportements de chien (il agite la queue, sauve fort loyalement ses maîtres en mordant un garde, fait du bruit en se déplaçant sur la terre battue alors qu'un chat sait faire patte de velours pour marcher en silence), les personnages principaux fonctionnent globalement bien. Le caractère soudé du tandem de jumeaux adolescents constitue une fort pertinente constante du roman, mise de surcroît en tension avec une évolution distincte des caractères: le garçon, Tom, doté d'une forte propension au risque, est prêt à donner sa vie pour ses idéaux, la fille, Annabelle, paraît plus raisonnable mais prend aussi le risque d'être elle-même en fréquentant des guérisseuses dépositaires de savoirs ancestraux non conformistes.

 

L'intrigue débouche sur une affaire de famille assez complexe, ce qui est toujours un bon socle pour un roman, certes souvent exploité. Elle démarre sur une scène dramatique où l'Inquisiteur local expose ses vues, provoquant les réactions de villageois tels que le père des jumeaux, Gaël Florentin (ce patronyme est tout un programme). Le père sera arrêté, les enfants réussiront à s'échapper; le lecteur, lui, sera surpris d'apprendre que les gardes qui entourent l'Inquisiteur ne les coffrent pas (contrairement aux ordres de l'inquisiteur) lorsqu'ils essaient d'investir la forteresse où leur père est enfermé, mais les renvoient à coups de pied au derrière. Apparente incohérence? Pas facile de la comprendre, même à la lumière de la suite et de la fin du roman.

 

On aimerait donc volontiers se perdre dans ce premier roman, se faire plaisir à la suite des deux jumeaux, personnages tourmentés par une adolescence qui va les changer à jamais et les pousser vers des destinées divergentes - ce qui est bien suggéré au fil des pages. Il est dommage que quelques éléments ne soient pas tout à fait en phase avec le projet de mettre en scène des "vilains" face à l'irruption de l'Inquisition dans leurs existences, ce qui rend difficile une adhésion totale. Le lecteur goûtera cependant les astuces langagières et quelques pages empreintes de poésie, voire de lyrisme. Dans une conversation, par exemple, comment désigner mieux un silence gênant que par l'expression "une seconde d'éternité"?

 

Murielle Nguyen Thuy, Quand s'éteindront les lucioles, Paris/Bruxelles, Chapitre 12, 2012, postface de Fazil Boucherit.

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commentaires

Lystig 22/01/2013 14:18

pas convaincue...

Daniel Fattore 22/01/2013 21:16



Je ne le suis pas totalement non plus...



Anne 22/01/2013 10:52

Il est noté dans le récap !

Daniel Fattore 22/01/2013 21:16



Chouette! Merci! Et je vais remettre ça prochainement.



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