Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 20:20

hebergeur imageEducation sentimentale, lu par Karine, La Plume Volage, Libellule, Marguerite, Marionnette, Pimpi.  

Site de l'auteur: http://www.audreyparily.com.

 

Un peu de gêne en ce début de billet: j'ai eu quelques contacts avec l'auteur à l'époque où elle tenait régulièrement un blog reflétant, au jour le jour, la création de "Passionnément givrée". Je garde en particulier un souvenir lumineux de nos échanges portant sur le choix du titre; je lui avais fait une belle brouette de suggestions à base de jeux de mots potaches. Depuis, j'ai commandé l'ouvrage à ma FNAC habituelle, qui a pu l'obtenir en quelques semaines... et "Passionnément givrée" a pris un numéro dans la file d'attente. C'est ce week-end qu'enfin, plus d'un an après réception, j'ai fini de le lire... alors qu'entre-temps l'auteur a achevé d'écrire une trilogie entière autour de son personnage d'Isa, jeune Française expatriée au Québec, et son petit univers franco-canadien.

 

Quand on pense à ce livre, la première question qui vient à l'esprit est celle de son rattachement à un genre. Il serait facile de le rapprocher du genre de la chick lit, et je dois avouer que c'est dans cet esprit que je l'ai abordé. Et ce n'est pas complètement faux: il y a du sentiment là-dedans, et aussi quelques filles dans la vingtaine qui se cherchent - à commencer par la narratrice, Isa la Lyonnaise bon teint, dont l'exil volontaire à Québec a tout d'une démarche de recherche de soi, entre rêves d'écriture à succès et réalité de la vie qu'il faut gagner. Et puis, les couples se font et se défont au gré des pages... sans compter les démarches de recherche du prince charmant (personnage de Marie-Anne), qui ne sont pas sans rappeler "Les Tribulations de Tiffany Trott" d'Isabel Wolff.

 

Il se distancie cependant du genre de la chick lit par le fait que l'auteur exploite à fond le thème de l'expatriation et de la rencontre de deux mondes que beaucoup de choses séparent alors que plein d'autres devraient les rapprocher. France, Québec? Certes, on parle la même langue... vraiment? L'auteur signale avec malice que le scotch, ce n'est pas la même chose d'un côté ou de l'autre de l'Atlantique; elle utilise, avec une discrétion de bon aloi, quelques québécismes réjouissants pour faire couleur locale. Réciproquement, elle n'hésite pas à expliciter les allusions les plus franco-françaises au moyen de notes de bas de page parfois cocasses.

 

Car de l'humour, il y en a aussi dans ce roman aux notes parfois graves, qui se déroule au rythme soutenu que peut imposer un style pétillant propice à une lecture rapide et sans temps mort. Certes, les dialogues y dominent, permettant à l'auteur de faire passer l'essentiel des idées qu'elle prête à ses personnages (qui s'opposent ou se complètent sur leur vision des femmes, des hommes et des relations qui doivent régner entre eux). Mais l'auteur sait aussi varier la dynamique de son récit en recourant à des extraits de correspondance électronique, à des flash-back et à des éléments introspectifs.

 

La vision des relations homme-femme peut être une piste pour rattacher ce roman à un genre plus profond que la chick-lit, celui du roman d'éducation sentimentale. Et là, la progression de chaque personnage est palpable, même si les rythmes d'apprentissage et les conclusions de chacun sont différents. Ainsi, les débuts peuvent paraître assez énervants ou polarisants, puisque, pour le dire schématiquement, l'auteur met en scène trois filles qui attendent beaucoup des hommes (il y a même une wish list dans le roman, en plusieurs points) sans pour autant savoir très bien ce qu'elles peuvent apporter de mieux ou d'autre que ce que suggère une tradition catholique jugée rétrograde. La vie et la confrontation avec les mecs se chargera de les éclairer... les garçons, quant à eux, ont aussi leur dose d'immaturité (ils sont volontiers représentés comme assidus aux matches de hockey, mais peu disponibles et peu désireux de s'engager dans la vie de couple - mais qu'en est-il des filles?) mais aussi d'atouts, entre autres physiques. On pense à Maxim, garçon charmant qui semble avoir la tête sur les épaules parce qu'il a une approche carrée de l'existence, mais n'est pas exempt de doutes, ni de parts d'ombre. Ainsi la situation évolue-t-elle d'une vision en noir et blanc (tous des enfoirés affectifs!) à une approche plus nuancée et personnelle des relations entre les genres et de la vie de couple.

 

Le Québec est un monde nouveau pour la Française Isa, on l'a compris, et les premières pages sont essentiellement consacrées aux découvertes et à la démystification de quelques clichés (l'hiver, l'accent, les écureuils...). Mais tout au long de ce roman, le lecteur s'aperçoit que la découverte d'un nouveau pays est, finalement, la métaphore de l'exploration d'un autre univers, autrement plus riche que le plus extraordinaire des pays: soi-même.

 

Audrey Parily, Passionnément givrée, Boucherville, Editions de Mortagne, 2009.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Karine:) 03/07/2011 01:54


Vous avez davantage aimé ce premier tome que moi... mais je suis quand même celle qui a lu les trois de la série, n'est-ce pas! Je suis d'accord, ce n'est pas seulement de la chick litt... il y a
quand même autre chose derrière!


Daniel Fattore 03/07/2011 20:49



Sans doute - j'attends à présent de voir la suite (ce que j'ai lu m'a donné l'envie de continuer), mais je ne l'ai pas encore chez moi.



Mascha 01/06/2011 00:26


Personnellement, je n'ai pas beaucoup aimer cette trilogie, car je trouve le personnage principal trop infantilisée. Toutefois, j'ai remarqué qu'il a eu un grand succès sur la blogosphère. Ce qui
me fait remarquer jusqu'à quel point la chick-lit a un énorme attrait pour beaucoup de gens. hihi
Et pourquoi pas. ;)


Daniel Fattore 03/06/2011 11:50



Question de point de vue - j'ai au contraire eu l'impression que les personnages principaux étaient bien creusés, et susceptibles d'évolutions suffisamment diverses et intéressantes pour occuper
une trilogie: on sent que chacune et chacun va trouver son bonheur de manière différente.
Mais effectivement, la blogo en avait pas mal parlé - l'auteur était assez présente, étant allée jusqu'à tenir un journal de son travail d'écriture, bien fréquenté.
Affaire à suivre!
PS: merci pour votre visite! 



L'Irrégulière 30/05/2011 10:31


Alors là, je note, c'est tout à fait le genre de romans que j'apprécie !


Daniel Fattore 30/05/2011 20:58



... d'autant plus que si tu aimes celui-ci, il y en a encore deux autres avec les mêmes personnages!
(euh, et je suppose que si les trois volumes de la trilogie sont aussi épais que le permier, cela pourrait faire un candidat de choix pour le Défi des Mille...! ;-) )



Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.