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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 21:55

hebergeur image... et conséquences: aujourd'hui même, en effet, Jean Quatremer a honoré l'université de Fribourg en y donnant une conférence - voire deux. Jean Quatremer? Journaliste à Libération, il est, depuis de longues années, correspondant de ce journal à Bruxelles, au plus près des instances et institutions qui font et défont (et là, 'faut suivre!) la construction de l'Europe à douze étoiles. Homme de gauche, de droite? Au début de la conférence, je dois admettre avoir eu quelques réticences, en vieux réac que je peux parfois être. Et puis, l'homme a fini par m'embarquer dans son discours.

 

Correspondant de presse à Bruxelles? Jean Quatremer l'est - et a connu les affres de la fonction. Sa nomination aurait dû être limitée dans le temps, à une couple d'années. Et ça fait plus de dix ans qu'il hante les hauts lieux du pouvoir européen, endossant un rôle de médiateur et de passeur. Pas évident: lors de sa causerie, Jean Quatremer a bien relevé la difficulté qu'il y a, pour un journaliste au coeur de l'action, à faire comprendre à son rédacteur en chef, bien planqué dans son bureau parisien, l'importance d'un sujet. Cela, sans compter que tout ce qui se décide dans les hautes instances n'est pas forcément sexy...

 

... un élément sexy auquel Jean Quatremer tient - quitte à regretter le style rébarbatif de certaines dépêches d'agence. Sa recette consiste à raconter des histoires - c'est ainsi que le sujet le plus technique, le plus ardu, selon lui, deviendra vendeur et accrocheur, tel que l'attend le lecteur d'un journal ou toute personne intéressée. Les petites phrases? Jean Quatremer en a servi quelques-unes en fin de conférence, pour émoustiller son auditoire - un auditoire composé de quelques enseignants et étudiants en journalisme, mais de fort peu (pour ne pas dire aucun) de journalistes exerçant ce métier. Quant à l'anecdote, elle permet aussi de faire entrer le profane dans un sujet qui lui est a priori étranger.

 

Sexy veut-il dire facile? Que nenni! Jean Quatremer s'est fait le défenseur d'un journalisme sur papier exigeant, ouvert à des articles pouvant peser plus de dix mille signes, soit sept feuillets. Or, même un journal comme Libération a vu s'amenuiser le nombre de signes acceptables pour un article, sur un sujet donné. Dommage, si l'on admet que certains thèmes méritent qu'on les explique un peu pour ne pas tomber dans la simplification abusive. Jean Quatremer a cependant rappelé l'exemple de certains titres ("The Economist", par exemple - je pense aussi à la "Weltwoche", qui assume une position très à droite en Suisse) qui, ayant opté pour l'exigence et les articles longs et fouillés, voient actuellement le nombre de leurs lecteurs progresser.

 

Et puis, il y a le facteur humain! Jean Quatremer s'est fait le défenseur acharné d'un journalisme proche des acteurs, ne reculant pas devant le corps-à-corps, à la fois face aux politiques qui décident et aux fonctionnaires qui savent - et peuvent vous faire accéder à des informations, pour ainsi dire en fonction de leur humeur, sous le couvert de la protection des sources bien sûr. L'information? Jean Quatremer a rappelé s'être profilé à la pointe de sujets liés à la crise de la vache folle... et aux velléités de camouflage qu'elle a suscitées dans certaines instances, au nom de la protection de la filière de production de viande bovine. Et il laisse entendre qu'un concours de circonstances suffit parfois (mais est parfois indispensable) pour sortir une information fumante.

 

Jean Quatremer admet par ailleurs aussi le déficit communicationnel de l'Union européenne face au demi-milliard de communautaires dont elle régit l'existence - et en particulier, il admet que les médias ne jouent pas toujours leur rôle de passeurs et de présentation objective des faits: partant de l'idée que les "bad news" sont vendeuses, ils préfèrent monter en épingle les éléments qui ne fonctionnent pas. Mais le conférencier n'hésite pas à rappeler que d'autres acteurs, certains enseignants par exemple, pourraient faire un effort...

 

On imagine ainsi que Jean Quatremer, homme de la presse écrite, est aussi doté d'une faconde certaine lorsqu'il s'agit de passer à l'oral; je peux confirmer qu'on l'écouterait volontiers pendant des heures. A moins de le lire sur son blog? Tel est le véhicule que Jean Quatremer a en effet trouvé pour suppléer aux colonnes toujours trop pleines du journal qui le rétribue: le blog, c'est des articles aussi longs que nécessaire, sans contrainte de ton, attirant un lectorat parfois très important: Jean Quatremer attire chaque mois deux à trois cent mille visiteurs uniques sur ses billets d'analyse de ce qui se passe, entre petites phrases et grandes décisions, à Bruxelles...

 

Illustration: http://www.journaleuropa.info

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Publié par Daniel Fattore - dans Politique, etc.
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