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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 20:28

PhotobucketThriller, lu par Accro des Livres.

 

De la musique rock dûment recensée en playlist (ah, "Hell's Bells"!), une fille biélorusse à la beauté époustouflante, la promesse d'une haute fonction publique à Paris et la dominante rouge du sang: la couverture de "Bloody Valéria" est accrocheuse et pertinente. Signé de l'écrivain isérois Stéphane Gravier, ce thriller tout nouveau mêle quelques ingrédients prometteurs en un cocktail savoureux et inquiétant - au moins autant que le mélange douteux que Nathan, médecin, se voit contraint d'injecter à Valéria. Mais n'anticipons pas...

 

Quelle histoire, alors? Si la couverture du livre est dominée par la couleur rouge, c'est le bleu qui hante les premières pages - celui de la police, des gyrophares et des bleus de travail du personnel de l'usine qu'on vient de fermer. Dès lors, le ton est donné: ce roman aura une couleur sociale. Couleur confirmée par le fait que l'auteur choisit de donner directement la parole à un seul de ses personnages, Victor, ex-cariste dans ladite usine. C'est donc à travers ses yeux que le lecteur va découvrir l'histoire - et aussi à travers sa parole, volontiers fleurie et imagée, ce qui offre à l'auteur l'occasion de s'exprimer dans une langue certes efficace, mais qui n'oublie jamais la poésie, ni le sens de l'image.

 

Et, comme c'est naturel dans un roman à suspens, l'auteur cultive avec un plaisir certain l'art de la rétention d'information. Le chapitre 1 décrit ainsi Valéria quittant son fils qu'elle élève seul - sans trop s'attarder sur les circonstances. Puis il passe à tout autre chose... quel lien? Que se passe-t-il? Le lecteur ne comprend pas tout de suite que l'usine vient de fermer, l'information lui parvient assez tard même si l'auteur le laisse deviner. Voilà déjà de quoi accrocher. Victor lui-même semble manquer d'informations: "Voilà que Marcel se mettait à faire des mystères. Sale journée.", dit-il (p. 16), rendant le lecteur curieux. Sale journée pour le narrateur? Oui, mais que de perspectives!

 

Variant les voix, c'est à la troisième personne, de manière plus factuelle, que l'auteur relate les évolutions de Nathan, frère de Victor, médecin de son état. Un tandem improbable? On peut également s'interroger sur la culture assez vaste de Victor en matière d'architecture. Est-elle plausible pour un ouvrier? Elle permet en tout cas à l'auteur de faire passer quelques idées bien senties sur l'architecture moderne et ses travers. Et puis, peu importe, au fond, du point de vue de la narration: le duo fonctionne avec une perfection finalement étonnante pour des hommes qui ne se sont pas revus depuis des années: communication spontanée d'informations, aptitude au secret, compréhension rapide.

 

Et lorsque je parle de parfum de sang contaminé, c'est en pensant au mode opératoire choisi par les méchants... mode original qui confère toute sa spécificité au roman. C'est aussi par ce biais qu'on touche au niveau supérieur du propos, celui d'hommes politiques, candidats aux plus hautes fonctions, peu scrupuleux dès qu'il s'agit de se défaire d'un adversaire. Prostituée, son fils retenu en otage, Valéria est contrainte de se prostituer pour compromettre tel ou tel politicien. Ainsi, la distance est faible du Palais de l'Elysée et des beaux hôtels (là, on pense à certaines pages de "Carrefour des nostalgies" d'Antoine Laurain) aux logis modestes et aux bars miteux où Victor parle à ses cannettes de bière comme s'il s'agissait de ses copines. A ce propos, on retiendra un discours musicologique peignant bien l'ivresse du gars désespéré qui n'a pas grand-chose à perdre.

 

Et sous des apparences heureuses, on comprend que le final de ce thriller à la française bien troussé aura un arrière-goût amer. Je vous laisse le découvrir...

 

Stéphane Gravier, Bloody Valéria, Paris, Publibook/Mon Petit Editeur, 2010.

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commentaires

blood 16/07/2014 09:19

Excellent thriller politique, impossible d'en décrocher et j'ai dévoré les 230 pages d'une traite en un rien de temps...Stéphane Gravier nous a livré quelque chose de très intense et de très abouti.

Alex-Mot-à-Mots 22/10/2010 21:07


Aussitôt acheté, aussitôt lu. N'avais-tu pas eu une dédicace de l'auteur ?


Daniel Fattore 23/10/2010 17:40



Dédicacé, en effet! L'auteur me l'a fait parvenir directement, du reste.



esmeraldae 22/10/2010 08:40


merci pour le lien. je vois que les premiers chapitres t'ont aussi marqués:)


Daniel Fattore 23/10/2010 17:41



Je t'en prie! Le lien est la vie et l'essence du Net, donc j'en fais dès que j'en ai l'occasion.
Et effectivement, ça démarre plutôt fort à mon avis - ce qui est une qualité pour ce genre de roman: ça accroche d'emblée le lecteur.



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