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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 21:25

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuitTelle pourrait être la question que pose, sans véritablement y répondre, le roman "Je suis une vieille coco!" de l'écrivain roumain Dan Lungu. Nostalgie ou bon débarras? Au soir de sa vie, une vieille Roumaine égrène ses souvenirs, pas toujours si mauvais ou si tristes, alors que sa fille s'est établie au Canada avec un mari employé de banque.

L'auteur dresse donc le portrait vivant et enjoué de Mica (qui reste vivant et enjoué après traduction, grâce au talent de Laure Hinckel), cette dame qui, issue de la campagne, s'est bien promis de ne jamais y remettre les pieds une fois qu'elle l'aura quittée et aura trouvé un emploi en ville. Faute de devenir ingénieur, elle s'est faite ouvrière dans une usine de conditionnement de tôles. Le choix d'un tel personnage est idéal: il permet à l'auteur de montrer des scènes de la vie de campagne, puis des éclats de la vie des ouvriers sous Ceausescu, et enfin des anecdotes de retraitée, vivant après la chute du Génie des Carpates.

C'est avec beaucoup de candeur que la narratrice se dit qu'au fond, l'époque communiste, ce n'était pas si mal, même si, lorsqu'elle y réfléchit, elle finit par se demander qui étaient alors les méchants - et par ne pas se décider au moment de glisser un bulletin de vote dans une urne, puisque dans la Roumanie moderne, on vote et on a le choix du candidat... Le lecteur se voit offrir beaucoup de bonne humeur datant de cette époque et faisant jouer de nombreuses ficelles de l'humour: gags visuels (tremper des lits métalliques dans des cuves de peinture improvisées pour les repeindre, plutôt que travailler au pinceau), humour de situation, vieilles blagues de derrière le rideau de fer. Le tout est cependant dépourvu du côté grinçant qui fait la spécificité d'auteurs russes tels que Ilf et Petrof ou Mikhail Veller, qui ont peint des personnages du même acabit que ceux de Dan Lungu.

Reste que ce relatif attachement au communisme d'antant s'oppose au libéralisme économique d'aujourd'hui, qui a apporté son lot de difficultés spécifiques et n'a pas tout résolu... mais quand même! D'où une manière de dialogue de sourds qui s'installe entre Mica, la mère, et Alice, la fille, dès qu'il s'agit de comparer les vertus respectives des deux systèmes. Avec un peu de débrouillardise, le communisme permettait d'assurer largement la vie matérielle; mais le système d'après la révolution offre davantage de liberté(s) - même si dans les faits, tout le monde ne peut pas vraiment en profiter.

Les anecdotes de ce petit roman sont toutes détaillées, jusqu'au plus... anecdotiques d'entre elles: la perte d'un chapeau que l'on retrouve presque miraculeusement devient ainsi une aventure, tout comme le foulage du tezic, fumier séché qu'on utilisait pour se chauffer à la campagne. Le tout est porté par une langue vivante, qui emprunte avec mesure quelques traits d'oralité pour faire plus vrai: on a clairement l'impression d'écouter parler une grand-mère qui se souvient, avec un certain sourire nimbé de nostalgie.

Dan Lungu, Je suis une vieille coco!, Jacqueline Chambon, 2008.
Le blog de la traductrice Laure Hinckel:
http://laurehinckel.over-blog.com/
L'avis de A Girl From Earth.

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commentaires

Enzo 13/11/2009 23:09


Poutine est à mon avis le parfait contre-exemple... Tout comme Lebed (assassiné), il n'a à mon avis jamais été communiste...


Daniel Fattore 13/11/2009 23:20


On pourrait en discuter longuement...


Enzo 13/11/2009 11:53


Normal, il n'y a jamais eu d'épuration, puisque la chute du mur a été négocié en juillet 1987 lors de la conférence annuelle de l'Aspen Istutitute entre les Soviétiques et l'Occident : chute du mur
et alignement des apparatchiks sur les USA contre impunité totale des criminels communistes et leur retour programmé au pouvoir sous couvert "fdémocratique"


Daniel Fattore 13/11/2009 22:03


Bah non - on reprend les mêmes, en grande partie - Poutine était par exemple un ponte du KGB - tout en assurant la relève (Medvedev, par exemple).

Je ne connaissais pas cet "Aspen Institute"...


liliba 13/11/2009 09:34


C'est ça qui est terrible : que certaines personnes dans les anciens pays communistes pensent réellement que c'était mieux avant...


Daniel Fattore 13/11/2009 22:01



... elles y trouvaient leur compte parce qu'elles avaient leurs repères... et si les systèmes actuels ont réglé certains problèmes (liberté d'expression, liberté de mouvement, etc.), ils en ont
aussi créé: augmentation des prix mais pas des salaires, etc. Il y a là un chapitre intéressant où la narratrice, qui a passé toute sa vie sous Ceausescu, parle avec sa fille, qui vit
au Canada et n'a guère connu d'autre système que le libéralisme. Cela ressemble à un dialogue de sourds, chacune voyant les avantages du système dans lequel elle a le plus baigné et les
inconvénients du système privilégié par l'autre.



luciolelarouge 13/11/2009 09:20


ce qui est chouette dans tout ça, c'est que tes lectures, et surtout, le récit que tu en fais, me permettent d'étoffer la pile des livres-que-je-ne-lirai-peut_être-
jamais-mais-qui-me-sont-familiers. Si un jour dans mon métier ou ailleurs, on me demande mon opinion sur ce livre, je pourrais dire: "je ne l'ai pas lu, mais un ami-bloggeur en a fait une critique
intéressante justement"... c'est aussi ça la magie d'Internet, réduire d'une manière infiniment infime la pile babélienne de nos lectures! merci.


Daniel Fattore 13/11/2009 21:53


... merci de ta lecture attentive!
J'essaie de parler d'ouvrages pas toujours très fréquentés - mais qui pourraient effectivement intéresser d'autres lecteurs et lectrices. Voire, peut-être, une bibliothèque? Si je peux être utile
ainsi, cela fait de moi le plus heureux des hommes.
A te relire, sur ton blog ou par ici!


Enzo 12/11/2009 16:53


Ca me rappelle ces vieux allemands, qui, à voix basse, me disent qu'ils n'avaient jamais été aussi heureux que sous Hitler.

Ceci dit, on assiste à une inquiétante banalisation du communisme à haut niveau. Je l'avais prévu dès 1992... Dur d'avoir le syndrôme Ian Malcolm... (pour les non-cinéphile : Ian Malcolm est un
personnage de Jurassik Park 1 et 2, chaoticien de profession et totalement déjanté. A la simple vu du labo du parc, il déclare que ça va, et ça ne peut que foirer... et quand ça foire et que les
dinos carnivores partent en goguette, il soupire, consterné : "pourquoi j'ai toujours raison ?")


Daniel Fattore 12/11/2009 22:26


J'en ai aussi rencontré un du genre, lors d'un stage à Berlin. Bien sûr, il y aura toujours des gens pour dire que c'était mieux avant...

... reste que ce livre se garde de prendre parti ou d'imposer une vision: certes, la narratrice se prétend communiste; mais elle est capable de réfléchir et d'écouter son entourage, qui n'a pas
profité du système comme elle l'a fait (par exemple en glandant à longueur de journée à l'usine et en récupérant des matières de première nécessité par des combines) - et à la fin, elle ne vote pas
- ni pour les communistes, ni pour les autres. Au lecteur de se forger son point de vue.


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