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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 16:07

PhotobucketDérives sectaires en PACA? C'est le sujet que Claude Rizzo a choisi d'aborder dans son roman "La Secte", publié aux éditions Lucien Souny. Un gourou comme personnage principal, un soupçon de mysticisme et de nombreux dialogues suffisent pour faire de ce livre un roman plutôt accrocheur, à quelques bémols près.

 

"La Secte" relate la destinée de Jacques Julian, du décès accidentel de sa mère jusqu'à sa propre mort. Entre deux, l'auteur donne à voir l'ascension presque irrésistible d'un gourou qui, de relations familiales en emploi puis d'emploi en gestion d'entreprise, se retrouve à la tête d'une organisation fonctionnant en vase clos, aux allures sectaires. A cela viennent s'ajouter quelques relations féminines venimeuses (le cas d'Isabelle) et un affairisme trouble mené par le personnage de Serge Tabet, maître à penser de Jacques dans sa jeunesse. Ainsi a-t-on un tandem de personnages principaux qui fonctionne sur les complémentarités même s'ils gardent tous deux les pieds sur terre: un brasseur d'affaires et un brasseur d'âmes.

 

L'activité de brassage d'âmes naît, pour Jacques Julian, de missions de développement personnel aux modes labiles, où il a connu un succès incontestable. Le gourou est présenté comme une figure charismatique, volontiers sentencieuse, désireuse de côtoyer des leaders en rupture de transcendance. Le lecteur aurait certainement apprécié de voir davantage Jacques Julian dans ses oeuvres de persuasion; esquivant un peu cet aspect, l'auteur préfère le montrer dans ses dialogues avec sa garde rapprochée (figure de Jeanne, qu'il manipule pour s'en faire une alliée plutôt qu'une ennemie) ou dans ses relations avec la gent féminine, du type "droit de cuissage", qui conditionnent parfois ses humeurs (cf. son attitude cassante après le départ de la jeune et capricieuse Sabine).

 

L'action est centrée dans un espace géographique qui, du Var, rayonne jusqu'à Saint-Etienne ou Mâcon, en passant par Avignon, le Vaucluse ou Marseille. Pas de parfums de pastis, de lavande ou de bourgogne, cependant, dans ce récit qui n'abuse guère de la fibre régionaliste. Tout au plus sait-on qu'on se trouve dans des terres de vignes - ce qui rappelle au lecteur l'un des éléments clés du christianisme. Car si la région est peu décrite, les ambiances dépeintes baignent en permanence dans le religieux et le mysticisme.

 

Cela commence avec la scène initiale du décès de la mère de Jacques Julian. Marqué, Julian a régulièrement des visions où lui apparaît un leader essénien, Joseph, hériter de Saint Jean Baptiste. D'un bout à l'autre du roman, cet ectoplasme fera figure de bonne conscience de Jacques en le guidant jusque dans ses dérives. Et des dérives, il y en a: enfermement, exploitation des membres de la secte (surnommée "Fraternité Business"), gestion de leurs avoirs financiers par cette dernière, soumission inconditionnelle des membres (des hommes accomplis, a priori chevronnés) au gourou et à sa parole. Tout cela est bien décrit par l'auteur, qui, après avoir suggéré la franc-maçonnerie et évoqué les séances de spiritisme en cercles restreints, récapitule l'ensemble des activités de la secte à l'occasion d'un chapitre entier consacré à ses échos dans la presse. En revanche, le décès du gourou en fin de récit est bien réel... même si, en bon disciple d'un Christ étrange et perverti, Jacques parvient à faire des phrases même lorsque son sang coule irrémédiablement.

 

La face obscure, financière de l'intrigue est, nous l'avons relevé, incarnée par le personnage de Serge Tabet. Celui-ci n'hésite pas à utiliser la secte comme couverture, voire comme garantie, pour des affaires frauduleuses mais lucratives. L'auteur n'est pas aussi détaillé qu'un Paul-Loup Sulitzer dans ce genre de description, mais qu'importe! Il lui suffit parfois de quelques dialogues elliptiques, où les aspects malhonnêtes ou troubles sont suggérés à demi-mot ou par périphrases, pour créer le climat feutré qui doit régner dans de telles transactions.

 

Du bon, alors? C'est en tout cas un roman efficace qui, s'il esquive certains éléments clés, saura accrocher, grâce à une écriture qui privilégie l'histoire et les dialogues, les lecteurs qui aiment le côté inquiétant et mystérieux que peut générer les déviances d'un mysticisme dévoyé et la peinture d'un glissement insensible qui va du presque honnête au pire que louche.

 

Claude Rizzo, La Secte, Saint-Paul, Lucien Souny, 2007.

Interview de l'auteur: http://www.krinein.com/livres/maltais-bab-el-khadra-3454.html

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commentaires

Lystig 07/07/2010 21:56


reconnaîtrai-je les lieux ?


Daniel Fattore 10/07/2010 16:57



Pas dit: l'auteur ne s'attarde pas beaucoup sur la description des lieux...



clara 05/07/2010 12:01


En voilà un thème intéressant!


Daniel Fattore 05/07/2010 22:22



C'est le moins qu'on puisse dire! A certains instants, j'ai pensé à "La possibilité d'une île" de Michel Houellebecq; il serait intéressant de mettre en évidence les ressemblances et
dissemblances, mais malheureusement, mes souvenirs du roman de Houellebecq sont trop diffus pour arriver avec des arguments précis. Mais si le ton est TRES différent (Claude Rizzo n'a pas pour
ambition de dépeindre le malaise de notre société "début de siècle"), la parenté et la proximité thématique sont évidents.



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