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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 19:06

PhotobucketCelle ou celui qui ouvre "Le Coeur en poche", premier roman de l'auteur belge Christine Aventin, va découvrir la personnalité d'Alexandra Lecler, 15 ans, narratrice du récit, et son petit monde. Un univers peu évident, puisque sa mère, prostituée, travaille dans une maison close de la Rue Saint-Denis, à Paris. Publié en 1988 alors que l'auteur avait 17 ans, ce bref récit a connu un succès phénoménal. Et aujourd'hui encore, il sait parler à son lectorat grâce à sa prose fluide et alerte, placée au service d'un propos profond, grave parfois.  

 

Pour ainsi dire, ce roman se structure en deux parties, séparées, du point de vue de l'action, par l'assassinat de Véronique par son souteneur. Le lecteur découvre donc Alexandra, dite Alexie, dite Alex (mais elle déteste), fille presque comme tout le monde: certes, elle sait à quoi s'en tenir par rapport aux activités de sa mère et, à ce titre, ne se fait pas d'illusions; mais elle aspire à davantage de normalité: un papa (elle va finir par le chercher), un petit ami, une maison à la campagne... Sa personnalité est attachante; on apprécie son refus de s'apitoyer sur soi-même, son optimisme et son dynamisme, reflété par le style parfois direct de l'auteur.

 

Le domicile de la mère et de la fille fait figure de cocon durant toute la première partie, un lieu d'où l'extérieur apparaît souvent hostile ou intrusif. On pense ici à la figure de Gérard, souteneur violent et sournois, ou à la police, dont on ne sait jamais vraiment ce qu'elle veut. Le téléphone joue aussi un rôle ambivalent - police, mais aussi Julien, soupirant d'Alexandra. Quant à la visite de Gérard à Alexandra, il est possible d'y voir un viol - symbolique, en plus de la tentative bien réelle qu'a perpétrée Gérard de suborner Alexandra.

 

Julien, dans ce récit, c'est l'histoire d'un rendez-vous manqué avec l'amour. Toute la première partie est traversée par les situations d'incommunication sur ce sentiment, qui paraît toutefois essentiel aux yeux d'Alexandra - et fait figure, pour le coup, d'occasion unique d'avoir une relation sentimentale harmonieuse avec quelqu'un, loin de l'amour tarifé.

 

La deuxième partie du récit va signaler une évolution sur au moins deux fronts. Il y a d'abord le dévoilement du personnage de Julien, qui s'avère plus baiseur que sentimental et n'acceptera pas la difficile vérité au sujet du père d'Alexandra (déjà sa mère, ça n'a rien d'évident pour un fils de famille bourgeoise). Et le décès de Véronique impose à Alexandra de découvrir le vaste monde, au gré d'un départ en Bretagne qui signifie sa première rencontre avec sa famille... et l'arrivée dans un monde totalement à part, finalement hostile.

 

Evolution, découverte du vaste monde: loin de Paris, la narratrice va aussi apprendre. Faut-il faire confiance aux religieux, par exemple? Le thème apparaît de manière plutôt naturelle dans le récit; dans le train, un prêtre refuse de libérer deux places pour un couple d'Arabes dont la mère est enceinte - et le lecteur fera rapidement le parallèle avec la vie des parents du Christ, qui ont trouvé plus d'une fois porte close. Cela contraste avec la belle histoire biblique de Marie-Madeleine, que le prêtre raconte à Alexandra pour la réconforter. Religion à deux vitesses? La narratrice trouve cela bien (trop?) commode.

 

En voyage, elle se forge aussi une image des représentants du sexe masculin, à partir de son vécu: un grand-père alcoolique mais aimable, un pervers qui ramasse les autostoppeuses... tous des salauds, alors? A priori, le tableau n'est pas flatteur. Mais Alexandra tombera aussi sur une équipe de routiers vraiment sympas. Par ailleurs, il y a Corniaud, un chien, qui est présent dans sa poche (son coeur?), dans les mauvais moments. Et c'est auprès d'un homme a priori moche et détestable, mais qu'elle va aimer passionnément avant même de le rencontrer, que la route d'Alexandra, devenue plus mûre, va se terminer: son père... Et en refermant le livre, on a envie de partager avec Alex et son père les oranges bien vitaminées qu'elle ne manquera pas de lui apporter lors de sa prochaine visite.

 

Christine Aventin, Le Coeur en poche, Paris, Mercure de France, 1988/Folio, 2006.

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commentaires

mywindowshelp.com 08/08/2014 13:58

It is so unfortunate that I had not read the work “The Heart in the Pocket” by the Belgian author Christine Aventine. The book is all about a 15 year old girl and the world around her. I loved the situations that this girl happens to face. I am so excited to read this book Christine Aventine.

céline 03/10/2010 12:16


Je vais essayer de le trouver à la bibliothèque alors, toutes ces remarques ont attisées ma curiosité !


Daniel Fattore 03/10/2010 15:02



C'est devenu un classique; tu ne devrais donc pas avoir de peine à le trouver... d'ores et déjà, bonne lecture!



Alex-Mot-à-Mots 03/10/2010 08:33


Je me laisserai bien tenter par cette tranche de vie pas facile.


Daniel Fattore 03/10/2010 15:00



Tranche cependant belle!



céline 02/10/2010 22:13


Je ne connais pas du tout cette auteur belge, je note !


Daniel Fattore 02/10/2010 22:18



Note, note! C'est un roman qui se lit rapidement, et recèle une force étonnante. Bonne lecture, d'ores et déjà!



noann 30/09/2010 10:24


Il me semble qu'elle avait 13 ans et pas 17

La qualité et la maturité du récit, de même que les discussions autour de droits d'auteur non payés à la jeune fille, me donnent à penser que ce n'est pas elle qui l'a écrit, ou du moins qu'il fut
amplement revu

J'ai lu et commenté récemment un de se derniers livres (voir mon site) et je n'ai pas été séduit... Publié au Somnambule équivoque, curieuse petite maison d'édition près de chez moi, qui publie des
livres 'intimistes'

Le dernier roman d'Aventin est vraiment trop personnel, un peu thérapeutique. On est très très loin du Coeur en poche


Daniel Fattore 02/10/2010 21:13



La quatrième de couverture de mon édition indique 15 ans pour l'âge d'écriture, et mentionne 1988 (soit 17 ans) pour l'âge de publication... J'ignore par ailleurs tous les éléments qui ont eu
lieu en coulisse de la publication de ce texte - que je prends tel qu'il a paru. Et quand bien même il aurait été largement revu, j'ai déjà vu des choses de moindre qualité, dans le registre des
textes "revus".
Il me semble avoir vu ton billet sur le dernier ouvrage de Mme Aventin; force est de constater, si on lit des interviews d'elle, qu'elle souhaite à présent faire tout autre chose que "Le
Coeur en poche". Si je passe en Belgique, j'ouvrirai l'oeil sur ce qu'elle a publié au Somnambule Equivoque - dont elle semble être l'auteur vedette.



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