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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 22:28

nullRoman noir, lu par Biblioman, Esmeraldae, Read With Me.

 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Blog-O-Book et Le Livre de Poche. Merci à eux et à Emilie!

 

"J'ai souvent dit que les dysfonctionnements familiaux constituaient une matière littéraire très riche, et c'est vraiment le cas.", déclare John Hart à l'heure des remerciements, à la fin de son roman "La rivière rouge". C'est en effet de cela qu'il retourne en définitive dans ce thriller à l'américaine, fondé sur des bases solides qui font mouche, exploitées par un auteur qui connaît les ficelles du métier d'écrivain à suspense.

 

Et parmi les bases solides, la famille en est une, pleinement revendiquée par l'auteur, on l'a compris - surtout lorsqu'elle dysfonctionne, qu'elle est constituée d'éléments rapportés et recollés au scotch à deux balles qui tient mal et jaunit avec le temps, car les familles sans histoires ne font pas de romans. Ainsi donc voit-on Adam Chase, homme au tempérament bagarreur, revenir dans la ville où il a grandi et où il a été acquitté au terme d'un procès pour homicide. A son retour, ça recommence: on l'accuse de tous les maux qui, comme par hasard, frappent soudain son entourage.

 

Naturellement, pour en arriver au coeur "familial" du récit, il convient de balader un peu le lecteur afin de ménager suspens et fausses pistes. Là aussi, l'auteur mise sur les valeurs sûres. On trouve ainsi des histoires de culpabilités mal assumées, d'amour-haine et de liaisons impossibles, de fric bien sûr (avec des enjeux tournant autour de terrains et d'énergie nucléaire), sans compter quelques passions délétères, le jeu en particulier.

 

La violence est omniprésente dans ce récit, qu'elle soit latente ou qu'elle éclate. Bien que souvent civils, tous les personnages ou presque sont dotés d'armes à feu diverses, et à défaut, ils usent de leurs poings. Les dialogues entre Adam et la police sont tendus, chacun des interlocuteurs défendant ses droits avec âpreté. Cela, sans oublier d'anciennes légendes rapprochant du sang la rougeur qu'on prête à la rivière du récit. Et puis, le fait de camper ce récit dans un comté de Caroline du nord confère au drame une sensation d'éloignement: la violence serait-elle plus brute dans une petite cité de province que dans la grande ville? L'auteur le suggère aussi en donnant l'impression que pour Adam, New York, ville où il est allé vivre, est le lieu d'un anonymat synonyme de tranquillité. Enfin, la méfiance qui empreint les relations entre pratiquement tous les personnages (même si cela évolue) crée, aux yeux du lecteur, un climat d'hostilité diffuse.

 

Lourdes ambiances donc. Celles-ci sont soulignées par un certain goût du détail qui ralentit le rythme de narration. Celui-ci est cependant bien structuré, grâce à un découpage en chapitres à l'unité souvent bien comprise, un chapitre correspondant à un pas dans l'intrigue, même si leur longueur est variable, et à une alternance judicieuse entre des dialogues bien campés, des descriptions et narrations et, parfois, quelques flash-backs sur les événements terribles de l'histoire familiale et personnelle d'Adam Chase. Le choix d'une rédaction à la première personne sous-tend la tentation permanente de l'introspection; l'auteur sait en user à bon escient, avec parcimonie.

 

Le sens du détail de l'auteur s'exprime également dans un art consommé du "show not tell": plutôt que de dire qu'un personnage est triste, il préfère évoquer une larme qui roule sur sa joue. De même, une ride ou une caractéristique physique seront à chaque fois significatives. Cette tactique rend certaines scènes saisissantes.

 

Ainsi, sur quelques ressorts classiques, l'auteur parvient à trousser un roman âpre et complexe, à l'originalité indéniable, sombre à souhait. La famille est au coeur du récit; les amateurs de thrillers et de romans noirs sauront démêler le vrai du faux et goûteront la révélation progressive de vérités terribles.

 

John Hart, La rivière rouge, Paris, Le Livre de Poche, 2010, traduction d'Hélène Hiessler.

 

 

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 25/02/2011 11:14


De terribles vérités distillées au compte-goutte, tu m'en mets l'eau - pardon, le vin - à la bouche....


Daniel Fattore 25/02/2011 22:03



Ah oui, et le tout dans une ambiance lourde, lourde... c'est bien troussé comme thriller, mine de rien. Alors... bonne lecture et/ou santé!



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