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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 22:50

A la faveur d'un voyage dans la cité de pèlerinage portugaise de Braga, j'ai emporté dans mes bagages deux livres - trois même, pour être précis, mais deux plus particulièrement en phase avec le climat supposé de l'endroit: "Le Signe de l'Archange" de Frédéric Bovis, dont je vous ai donné un reflet il y a quelques jours, et une biographie de Pier Giorgio Frassati, bienheureux italien, écrite et publiée par le Jésuite Victor Marmoiton en... 1932. Ce livre est d'une lecture agréable; entre naïveté enjolivante et hagiographie laudative, il retrace le portrait d'un jeune homme à la foi communicative, décédé d'une maladie subite alors qu'il n'avait que 24 ans. De quoi réfléchir sur notre humaine nature...

... mais du point de vue du blogolecteur, un tel livre renvoie le maître de céans à la solitude qu'il ressent parfois lorsqu'il parle de tel ou tel ouvrage. Du fait de son ancienneté, celui-ci échappera sans doute à l'essentiel de la blogosphère - moi-même, je l'ai trouvé au gré d'un pur hasard et l'ai embarqué par une curiosité totale, ne sachant même pas qui était ce Pier Giorgio Frassati. Cela, sans parler de sa thématique: les blogolecteurs abordent rarement les vies de saints. Si quelqu'un a lu celle-ci, je l'invite à me faire coucou!

L'ancienneté fait partie des critères qui peuvent écarter durablement un livre de l'intérêt de la blogosphère du livre. Le plus souvent, celle-ci aborde l'actualité du livre, largement couverte, et les classiques, dont les plus célèbres trouveront sans peine leur commentateur ou leur commentatrice. Cela dessine une zone grise (pour ne pas dire blanche) de romans oubliés, dont les caractéristiques sont les suivantes: texte publié avant l'explosion des blogs (donc avant les années 2000) et texte oublié par ceux qui décrétèrent un jour que tel ou tel auteur est un classique à enseigner dans les écoles, le sauvant ainsi de l'anonymat. La notion de classique peut s'étendre à des auteurs modernes, certes - vous n'aurez aucun problème à trouver dans la blogosphère du livre un billet sur "Carrie" de Stephen King. Est-ce que ce sera aussi facile pour "La Luronne" de Charlotte Wagner ou pour les romans d'Antonin Reschal? "De l'instruction de Monsieur le Dauphin" est probablement le livre le plus vieux que j'aie lu dans une édition contemporaine à sa parution. L'auteur? François de La Mothe Le Vayer. Tout cela a paru chez Louis Billaine, vers 1664.

On me dira que ces derniers sont aujourd'hui difficiles d'accès, et on aura bien raison - ce qui amène un autre paramètre, celui de la rareté du livre au moment où le blogolecteur se met en quête de nouvelles lectures. Les librairies recèlent un choix qu'il faut bien qualifier d'époustouflant, certes; mais tout un monde du livre leur échappe, et pas forcément un monde moisi... Il y a d'abord les littératures étrangères: trouve-t-on facilement, en France, en Belgique ou au Québec, des livres suisses? Et vice versa? Sans parler des ouvrages publiés pour une audience régionale par de petits éditeurs. Dans le même ordre d'idées, les traductions constituent un tri préalable qui conditionne les choix des lecteurs, s'ils ne peuvent ou ne veulent pas lire en version originale (citez-moi, au bol, un romancier philippin autre que José Rizal...). Les librairies ne recèlent guère, par ailleurs, d'ouvrages édités à compte d'auteur: cela dépend le plus souvent du bon vouloir de l'auteur, qui supplée aux carences de la distribution assurée par l'éditeur. Les petits éditeurs sont également peu représentés, sauf si l'un de leurs auteurs a la faveur d'un buzz. Enfin, il y a les écrivains qui s'auto-éditent ou choisissent le circuit des éditeurs en ligne et de l'impression à la demande. On touche là à des éléments fort confidentiels.

Et puis, il y a évidemment les éditeurs et auteurs rejetés d'office, jouissant d'une drôle de réputation: à part dans le cadre des Harlequinades, qui parlera des publications de la respectable maison Harlequin? Cela, alors qu'outre des romans à l'eau de rose bien connus, elle véhicule des textes de chick lit qui débordent le cadre somme toute étroit de ce qui se publie dans ce genre dans le domaine français (il n'y a qu'à traîner dans une librairie germanophone pour voir que nos amis allemands ont de l'avance...). Et qui a osé commenter de manière bien circonstanciée un roman de San-Antonio? Tiens, voilà une idée de challenge, si cela peut amuser quelque blogolecteur en 2010...

... goûtez-vous donc à ces lectures confidentielles, à ces textes dont personne ne parle mais qui peuvent être fort jouissifs? Ressentez-vous, amis lecteurs ou blogueurs (ou les deux), une certaine fierté à partager avec d'autres lecteurs des expériences de lecture rarissimes? Parlez-en en commentaire; ou, mieux encore, témoignez de vos perles les plus rares, les plus secrètes, les plus méconnues, à la faveur d'un billet sur votre propre blog. Je vous y invite, si le coeur vous en dit.

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commentaires

K
(re) Bonjour, je suis ici suite au billet chez Tête de lecture; déjà à l'époque vous vous interrogiez... Ces livres plus rares, on les dédaigne par manque de temps, et faute de les trouver. Pourtant Don Quichotte, par exemple, est bien ancien, facile à trouver, et tellement jouissif!
D
Merci pour cet avis, Keisha!
Don Quichotte... que je n'ai pas encore lu! Honte à moi! En effet, chacun fait ses choix, en toute liberté, et la blogosphère est souvent en phase avec l'actualité. Et c'est vrai: il y a tant de livres à lire, si possible avec plaisir, puis à chroniquer éventuellement, et si peu de temps! Quand je vois ma pile à lire, je suis sûr d'être heureux longtemps encore...
B

Oui, "Dom Casmurro" est épatant :-) L'évocation sublime d'un sentiment malheureusement universel, la jalousie, une langue toute en économie, en adresse et en malice ;-)


D

Un texte très personnel, très particulier en effet. Et cette expression des "yeux de ressac" reste marquante.


B

Oui, au moins deux suisses, et je ne désespère pas de découvrir Dürrenmatt et Jaccottet ;-) Je devrais être bien plus systématique et rigoureuse dans mes lectures, mais je me disperse sans cesse,
au gré de mes enthousiasmes et de mes rencontres. Quoi qu'il en soit, je suis bien plus souvent ravie par le petit et le confidentiel (on vient de m'offrir "Le repos du cavalier" de Roud, quel
régal !) que par la grosse machinerie. D'où mes régulières déconvenues dans le cadre du prix Elle :-/

Tut tut tut, "La beauté sur la terre" est l'un des plus beaux romans qui soient ;-))))


D


Dürrenmatt? Il faudrait le découvrir au théâtre, pour bien faire... Quant au côté systématique, peut-être est-il efficace pour dégager un terrain, mais il présente le risque de vous faire passer
à côté d'auteurs que votre curiosité vous ferait découvrir par ailleurs. Autant suivre son enthousiasme, donc!




B

Le bien beau billet que voilà ! Pour ma part, je suis moins l'actualité que mes envies et mes caprices. Je me sens parfois un peu seule en lisant (et appréciant) Ramuz, Calet, Roud, Machado de
Assis, Brizuela...


D

... donc au moins deux Suisses dans la liste des auteurs rares! J'ai beaucoup de respect pour Ramuz, même si je ne suis pas un amoureux de sa prose. Quant à Machado de Assis, j'avais lu en son
temps un roman de lui intitulé "Dom Casmurro ou les yeux de ressac". Epatant, mine de rien!


S

c'est une vraie question cet article... e lis beaucoup de livres dont on parle, mais en cherchant bien, j'en lis quand même dont on ne parle pas beaucoup ou du tout, enfin... je crois... quelques
exemples si vous avez l'envie de vérifier... :
Mad about the boy, Emmanuel Adely
La fleur de peau, Alzamora Sebastia
L'enfant qui devint fou d'amour, Barrios Edouardo
l'Iliade et l'odyssée de Paul Demont, épuisé lors de la rédaction du billet...
Un dimanche au bord de l'autre, Françoise Guérin
dés de poulet façon mégère, Liu Xinwu...


D

... il y en a même plein dont on ne parle guère! Preuves en sont les livres que vous mentionnez - et sur lesquels je m'en vais me renseigner: seule Françoise Guérin me dit quelque chose... Merci
pour tous ces tuyaux!


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