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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 19:51

PhotobucketClaude Hagège a publié "Le Souffle de la langue" pour la première fois en 1992. Une réédition de ce livre, prix Blaise-Pascal, a paru en 2008, nécessaire tant ce livre est intéressant et instructif. Sous-titré "Voies et destins des parlers d'Europe", il propose à ses lecteurs une vaste expédition à travers le monde des langues du continent européen - et, partant, de l'histoire de ce dernier.

 

Claude Hagège commence par retracer le destin des plus grandes langues d'Europe, rappelant la fortune extra-européenne du castillan et du portugais, qui ont essaimé, à la suite des aléas de l'histoire, sur d'autres continents mais ne sont guère sortis de leur péninsule ibérique en Europe. L'auteur aborde également les destins de l'italien et de l'espéranto, né de l'esprit d'un plurilingue juif polonais, Ludwig Zamenhof, désireux de trouver un langage commun pour les groupes de population qui vivent autour de lui, pas toujours dans la plus belle des harmonies.

 

Il est question aussi, sur quelques pages, du parcours de l'anglais et de son irrésistible ascension en Europe - sans oublier les deux autres langues à vocation européenne: l'allemand et le français, qui sont idiomes seconds pour pas mal de monde... et premiers pour des millions d'Européens. Claude Hagège donne ainsi des pistes pour qu'ils aient, aux côtés de l'anglais, une place autre que simplement anecdotique. Un constat d'actualité...  

 

Le jeu de l'enrichissement des langues est également évoqué, jeu mené par les Etats, les linguistes voire des passionnés, parfois dans un souci nationaliste assez bien retracé, sans jugement de valeur par rapport aux aspirations identitaires des locuteurs. Faut-il toujours opter pour l'anglais? L'auteur signale des tentatives diverses, jouant sur les potentialités des langues. A ce jeu-là, l'islandais est champion...

 

Les pages qui évoquent les langues minoritaires ou régionales d'Europe constituent ici un foisonnement tourbillonnant et pas évident à suivre, et parfois un peu abstrait, même si des cartes de géographie permettent au lecteur de se repérer, en particulier dans les méandres de l'Europe orientale, des plaines de Russie et des régions du Caucase, riches en parlers divers qui s'entrecroisent et se fécondent mutuellement au gré des âges et des déplacements de population. Le voyage recèle des surprises, révélant des langues parlées par quelques centaines de personnes seulement, soumises à la pression d'idiomes dominants tels que le russe.

 

On peut par ailleurs regretter que la réédition de ce volume n'ait pas été accompagnée d'une refonte approfondie: certains éléments sont restés tels qu'en 1992 dans le livre, alors que le monde de 2008 n'est pas la même que celui de 1992; d'autre part, "récemment" n'avait pas le même sens en 1992 (cela serait le début des années 1990) et en 2008 (ce serait le début du vingt et unième siècle)...

 

Il n'empêche que cette lecture, solidement étayée (bibliographie en fin de volume) et rédigée dans une langue agréable, volontiers lyrique mais toujours soucieuse d'un lectorat grand public, s'avère instructive pour tous; chacun y sera sensibilisé à l'incroyable diversité, quantitative mais aussi et surtout qualitative, des idiomes parlés en Europe. Un incroyable tableau où les religions, les politiques et la volonté des hommes jouent les premiers rôles - tableau ou saga, c'est à vous de voir!

 

Claude Hagège, Le Souffle de la langue, Paris, Odile Jacob, 1992/2008.

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commentaires

Schlabaya 19/10/2010 08:47


Une lecture exigeante, j'imagine, mais certainement intéressante. Dommage en effet que la réédition n'ait pas été assez révisée, comme tu dis, le monde a bien changé entre ces deux dates...


Daniel Fattore 19/10/2010 22:22



Il y a effectivement quelques petits éléments un peu rédhibitoires, par exemple par rapport à l'Union européenne ou à l'aménagement linguistique en Russie. Mais cela reste passionnant - et
accessible quand même.



Lystig 14/10/2010 21:23


j'aimerai pouvoir me plonger dans ces essais,mais malheureusement, je leslis uniquement par petits bouts comme "la chute du secret bancaire suisse" et "homo disparitus", tous deux entamés, mais non
terminés...

y parle-t-on des particularismes des pyas francophones (Suisse, Belgique, Luxembourg, Québec ou Afrique)
(cf : "en français dans le texte" de Patrick Fandio" : http://loiseaulyre.canalblog.com/archives/2009/08/19/14785117.html#comments )


Daniel Fattore 18/10/2010 20:52



Il n'est pas forcément question ici des particularismes des pays francophones, mais plutôt de grandes tendances, historiques entre autres; en matière de particularismes, Henriette Walter est plus
habile, même si elle adopte un registre un peu léger, "grand public". Je pense à un livre qui s'appelait "Le français d'ici, de là, d'ailleurs" ou quelque chose comme ça. Mais ce n'est pas tout
neuf...  



Alex-Mot-à-Mots 10/10/2010 19:54


Une petite virée à Saint-Etienne le week-end prochain ?


Daniel Fattore 11/10/2010 14:54



Ouaip! :-)



Lili Galipette 08/10/2010 08:34


Si tu aimes les histoires de langue, je te conseille "La grande aventure de la langue française" de Julie Barlow et Jean-Benoit Nadeau.
C'est très bien écrit et passionnant!


Daniel Fattore 11/10/2010 15:02



Yes (en bon français...)! Je note... Merci du tuyau! Dans le domaine linguistique, les ouvrages d'Henriette Walter sont également sympathiques, même s'ils sont parfois un rien superficiels.



Vallenain 07/10/2010 13:20


J'ai toujours eu un grand amour pour la langue française, je ne sais pas pourquoi... Ce qui a entraîné une petite haine de cette montée de l'anglais.
J'ai toujours la ferme -et chauvine- conviction que c'aurait dû être la langue des Droits de l'Homme en tant que langue internationale.
Bon, je m'y suis fait maintenant.


Daniel Fattore 11/10/2010 15:00



Mais la langue française est une langue internationale qui, à ce titre, a tout à fait droit de cité au niveau européen! Ce n'est même pas du chauvinisme, c'est juste un constat: on parle
français dans au moins quatre pays d'Europe, et une pléiade de pays et de régions dans le monde entier.  
Reste à l'affirmer ou à le rappeler: c'est la langue des Droits de l'homme, certes, mais aussi celle de la diplomatie, de manière traditionnelle et historique. Et aussi celle d'une certaine
culture: des pages entières du "Joueur" de Dostoïevski sont écrites en français, langue internationale de l'époque.
C'est pourquoi j'estime, avec M. Hagège, que plutôt que de privilégier le tout à l'anglais, il conviendrait de trouver l'espace qui leur convient aux trois "grandes" langues européennes:
l'anglais, le français et l'allemand. Et là, sans chauvinisme non plus, la France a un rôle à jouer... Pour continuer la réflexion, je vous conseille l'article de Jean Quatremer que j'ai mis en
lien.  
Merci de votre passage!



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