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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 21:07

hebergeur imageLu par H. Artus, Les Obsédés textuels.

Lu pour le défi Biographie.


Catherine Siguret? Souvenez-vous: j'en parlais ici lors du défi Chick Lit For Men du regretté Calepin. Elle a recroisé ma route lors d'un Dîner Livres Echanges (merci Cécile!) tenu au printemps 2012: son livre "Enfin nue!" m'avait échappé. Argh! A Paris, à deux pas de chez l'auteur si ça se trouve! Heureusement, Saint Gibert Jeune veille sur les lecteurs de passage à Paris et, le lendemain, j'ai pu me procurer là-bas un exemplaire de ce livre, qui relate les vicissitudes de la destinée de nègre. Une destinée exposée de manière très, très personnelle.

 

Et lorsque je dis "vicissitudes", le mot paraît faible en regard de tout ce qu'expose l'auteur - qui dit écrire des biographies de manière compulsive depuis qu'elle sait tenir un crayon, avec une première tentative portant sur Marilyn Monroe, crânement envoyée aux Editions de Minuit. Elle ne fait aucun mystère des excès liés à son écriture: un livre par trimestre, dix heures par jour sur son clavier, une vie sociale réduite à sa plus simple expression, une priorité absolue accordée au livre qu'elle écrit pour d'autres - car telle est la condition de nègre. Une condition maladive, qui a donc son côté romantique, mais dont l'auteur ne se plaint pas, au contraire: elle en parle en termes de nécessité, voire d'addiction.

 

L'addiction à l'écriture est corrélée à quelques habitudes a priori détestables (mais on aime les détester, allez...) que l'auteur a prises pour tenir le rythme. L'alcool et le tabac tiennent le devant de la scène, à des cadences soutenues. Cela, sans oublier la tentation non moins grave de l'anorexie. L'auteur évoque aussi la double idée de "potomanie" et de boire de l'eau, jusqu'à quatre litres par jour; étant moi-même un gros buveur d'eau, le mot m'a paru un brin exagéré. Mais dans le propos de l'auteur, tout est extrême, tout est manie! Et c'est justement ce côté excessif en permanence qui, à travers les pages d'un livre rythmé et tourbillonnant, lui donne l'épaisseur d'une vraie personnalité, qu'on a envie de mieux connaître parce qu'au contraire de certaines eaux minérales, elle n'est pas acratopège.

 

Au fil des pages, le lecteur découvre les méandres de l'oeuvre écrit de Catherine Siguret: un attrait pour ceux qui vivent dans les banlieues sensibles, les prisonniers, les acteurs des faits divers, mais aussi les personnalités du petit écran et, plus globalement, du show-business. A chaque groupe ses servitudes et ses bonheurs - tant il est vrai que pour adopter un sujet, l'auteur doit en quelque sorte l'aimer. Cela passe par une mise en condition qui implique une décoration appropriée, une ambiance spécifique, un style vestimentaire ad hoc... quitte à vivre par procuration la vie de l'autre, afin de mieux se l'approprier. L'auteur se décrit donc à la manière du "Zelig" de Woody Allen, qui prend, comme une éponge, les traits et tics de ses interlocuteurs.

 

Monomanie, schizophrénie? Aimant ses "négrisés" comme n'importe quel artiste peut s'attacher à son sujet, l'auteur assume de tels qualificatifs, quitte à vivre difficilement le passage à la fiction pure - ce qui est aussi évoqué dans les 219 pages de ce témoignage biographique. Un témoignage qui n'hésite pas à jouer avec les néologismes qui peuvent naître du simple terme de "nègre", ni à filer certaines métaphores. Et au fond, en écrivant "Enfin nue!", l'auteure n'est-elle pas le nègre d'elle-même? En tout cas, même cela, elle l'assume pleinement, quitte à jouer toute seule un numéro de duettistes littéraires.

 

"Enfin nue!" est un petit livre à recommander à toutes celles et tous ceux qui veulent savoir ce que sont "les affres de l'écriture". En revanche, les amateurs d'anecdotes croustillantes à rattacher à des stars devront passer leur chemin: loin de donner dans la balance (même si son livre est assorti d'une bibliographie quasi complète qui permet de faire des liens), Catherine Siguret sait se faire discrète sur les personnalités qui ont croisé sa vie de nègre littéraire.

 

Catherine Siguret, Enfin nue!, Paris, Intervista/Les Mues, 2008.

 

Le site de l'auteur.

 

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commentaires

Sara 07/08/2012 09:24

Un sujet qui m'intéresse beaucoup. J'essaierai de me le procurer...chez Gibert donc :-)

Daniel Fattore 07/08/2012 20:26



... et un témoignage vu de l'intérieur, au sens fort du terme. Je te recommande de passer chez Gibert... ou chez ton libraire préféré.



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