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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 22:29

hebergeur imageLu par Ars Legendi, Blue, Books, Caro, Chani, Charabistouilles, Gala, Libellul, Liliba, Lily, Liyah, Question SF, Roch Archambault, Sandrine, Zaza.

Défis Premier roman et Challenge Royal.

 

L'histoire, on la connaît: c'est celle du Programme, calquée sur le schéma d'un match de catch. 42 élèves d'une classe sont séquestrés sur une île et ont pour mission de s'entretuer, sous l'experte et sadique férule d'un maître de jeu - le tout se déroulant dans un empire fascistoïde qui pourrait bien être un certain Japon. Tous les coups sont permis dans le premier roman de Koushun Takami, Battle Royale, qui connaît depuis quelques années un succès qui ne se dément pas et repose sans doute sur la fascination malsaine et hypnotique qu'il exerce.

 

L'aspect gore de la démarche saute aux yeux (et à la gorge) dès le début. La première partie, assez anarchique pour ce qui est des rapports entre les élèves, s'avère d'une cruauté certaine, comme si l'auteur tenait à mettre d'emblée son lecteur au parfum en faisant le ménage, avant de calmer le jeu avec une deuxième partie qui se concentre plus précisément sur les tentatives d'alliance.

 

Cette cruauté se double d'une déshumanisation des élèves en lice. Ils sont souvent désignés par des numéros, que ce soit leur numéro de sortie ou leur numéro d'ordre dans la classe (F/G). Chacun des chapitres s'achève sur l'annonce du nombre d'individus restants - juste un chiffre, sans qu'il soit précisé qu'il s'agit de personnes. Enfin, l'auteur relève à plus d'une reprise que des nettoyeurs, des éboueurs donc, viendront nettoyer les cadavres sur l'île qui sert de champ de bataille. Ce qui ferme la porte à toute sépulture digne et humaine... Le lecteur, quant à lui, est bien forcé d'admettre qu'il a vite oublié les personnages, une fois qu'ils sont morts, même s'il a pu les trouver sympas un moment lorsqu'ils étaient vivants. 

 

Avec 42 élèves encadrés par une poignée d'adultes, l'auteur a de quoi s'amuser dès lors qu'il s'agit de construire des psychologies et caractères. Toutes les personnalités ne sont pas dessinées de manière égale, certains personnages sont juste esquissés d'un trait. On pourrait pressentir que ceux-ci vont mourir les premiers, après une brève figuration, mais l'auteur est un peu plus finaud: il conserve jusqu'au bout quelques-uns de ces seconds couteaux, tout en sacrifiant parfois assez vite des élèves a priori plus précisément construits et donc plus prometteurs, tels que Yoshitoki Kuninobu. Ce qui permet, dans une certaine mesure, de brouiller les pistes - tout en sachant que la focalisation du roman sur le personnage de Shûya Nanahara, dès les premières phrases, peut laisser entendre qu'il va s'en sortir. Quand à Kinpatsu, l'animateur ironique, l'auteur parvient à le rendre délicieusement abject...

 

Et du choc des psychologies, des qualités et des défauts physiques et psychiques de chacun, naît un beau jeu d'interactions, de trahisons, d'alliances fragiles, de plans astucieux, de stratégies d'évitement ou d'affrontement, manières de vivre le changement lorsqu'il est contraint, etc. L'auteur développe tout l'éventail des relations humaines dans son huis clos insulaire, un peu à la manière d'une métaphore de la société humaine telle que nous la connaissons - simplement d'une manière qui exacerbe les travers jusqu'à la caricature. Tout cela s'imbrique avec finesse, dans un grand souci du détail.

 

Face à ce propos, le lecteur est amené à réagir d'une manière perverse: il va se demander qui va crever ensuite et comment, ou se surprendre à vouloir crier à tel personnage de tuer tel autre - quitte à prendre le parti d'une ordure. Des réactions qu'on pourrait avoir aussi face à un combat à mort entre gladiateurs, et qui interrogent: le lecteur sera-t-il aussi odieux que ceux qui parient sur le nom du champion du Programme?

 

Enfin, la plume de l'auteur est conforme à ce que l'on peut attendre d'un tel récit: il y a un sens du rythme certain, avec des accélérations fulgurantes lorsque tel personnage vide son chargeur dans le buffet d'un autre et des ralentis fondés sur la description des dernières sensations ou des dernières pensées, lorsque quelqu'un meurt. L'auteur aime par ailleurs jouer avec les images et comparaisons. Celles-ci sont parfois outrées, jusqu'à en devenir drôles, conférant à certaines pages de "Battle Royale" le parfum délicieux d'une bonne vieille série B. Reste que tout cela se dévore, qu'on a envie de savoir... et que le lecteur se retrouve témoin, pour ne pas dire voyeur, de quelque chose d'horrible qui ne peut que le fasciner. Sûr de son coup, l'auteur va jusqu'à parier que nous serons des millions à avoir surmonté le jeu - en ayant achevé la lecture de ce roman. Pari gagné.

 

Koushun Takami, Battle Royale, Paris, Le Livre de Poche, 2009, traduction de Patrick Honoré, Tetsuya Yano et Simon Nozay.

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commentaires

Céline 17/05/2013 15:48

Trop gore pour moi je pense, même si j'aime bien les livres d'ados à suspense !

DF 18/05/2013 15:06

Ah oui, c'est vrai que c'est du hard... mais c'est vraiment bien fichu et très accrocheur, un modèle dans le genre. A toi de voir, donc!

Missycornish 24/02/2013 19:10

Bonjour Fattorius! Je viens de lire votre billet d'une traite! Je connaissais Battle Royal de nom, je crois qu'un manga à été adapté d'après ce roman. Je suis choqué de noter la ressemblance avec
Hunger Games, l'auteur américaine raconte exactement la même histoire! (même scénario, même types de personnages, même combats!) en version plus soft pour ados. Je me demande pourquoi personne ne
lui a fait de procès. Les gens sont-ils si incultes qu'ils n'ont pas vu la différence. Je me suis froissée avec un prof de littérature où je travaillais parce qu'il m'a dit que l'idée de Hunger
Games était originale et tout à fait brillante. Je lui ai parlé de Battle Royal et il a fait la tête quand il a vu que je ne mentais pas! Je note le roman je vais le commander. J'ai lu Hunger Games
l'auteur n'est pas allée au bout de ses idées (qui ne sont d'ailleurs pas les siennes).

Au passage, ce n'est pas le seul plagiat américain que j'ai repéré, Twilight est fortement inspiré de The Vampire diaries et de Sookie Stackhouse's novels. Cela m'énerve!

Merci pour l'idée de lecture!

Daniel Fattore 25/02/2013 23:18



Bonjour à vous! Merci de votre message! En effet, Battle Royale a été adapté en manga, mais aussi en film et, peut-être, en jeu vidéo en ligne. J'avoue ne pas avoir lu "Hunger Games", mais je ne
suis pas sûr d'avoir envie de m'y mettre après "Battle Royale", justement en raison de ce caractère soft. Procès? Allez prouver, ce n'est pas toujours évident... je garde le souvenir d'une
accusation de plagiat lancée à l'encontre de Patrick Roegiers l'automne dernier par un auteur non publié, qui prétend que l'éditeur a confié le sujet de son roman à un écrivain plus connu pour
qu'il en fasse quelque chose de vendeur... ce qui a fait sourire dans le Landerneau.

Quant à dire que l'idé de "Hunger Games" est originale, euh... certes, mais il y a quelques précédents. Personnellement, j'ai pensé surtout à "Marche ou crève" de Stephen King; d'autres ont songé
à "Sa Majesté des Mouches" de Golding. Bravo, donc, d'avoir dessillé votre professeur! :-)

En ce qui concerne les plagiats américains, enfin, il me semble que Claude Hagège cite des cas qui relèvent de la recherche scientifique (des articles destinés à des revues qui comptent,
notamment). C'est autrement plus énervant...

Bonne lecture à vous - et je vous souhaite une excellente soirée!



Constance 36 17/02/2013 22:12

Un Hunger games saignant... Je le note.
Pour compléter le débat précédent seul le tome 1 de Hunger games m'a captivée, les deux autres m'ayant laissé l'impression de tirer à la ligne.

Daniel Fattore 19/02/2013 21:40



Là, c'est en un seul volume, et c'est globalement trépidant; je te laisse découvrir ce roman, costaud, saignant, tendu, et rythmé. Bonne lecture!



zarline 15/02/2013 12:27

Merci Liliba. Malgré l'énorme succès de Hunger Games, j'ai toujours hésité à cause du côté littérature ado, alors que le thème me tente. Je vais suivre vos conseils à tous les deux et plutôt me
tourner vers ce livre-ci...

Daniel Fattore 15/02/2013 22:16



D'ores et déjà, nous te souhaitons une bonne lecture! :-)



SBM 14/02/2013 21:25

Bon, eh bien je l'ai lu aussi, et je l'ai trouvé souvent drôle, j'aime beaucoup cet humour noir...

Daniel Fattore 15/02/2013 22:15



Ah oui, il a un humour bien particulier, j'ai trouvé ça assez glaçant par moments - surtout que ça arrive à des points particulièrement violents.



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