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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 23:50

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Lu par Choco, Francis RichardJLK, Les cinq continents, LivrescritiqueLivres et voyages, Mémoires.

 

Avec "Chroniques de l'Occident nomade", publié aux éditions Paulette, force est de constater qu'Aude Seigne signe un premier coup qui est aussi un coup de maître. Agée de 26 ans, l'auteur a ainsi décroché le prix Nicolas Bouvier. Et force est de constater que les 133 pages de ce roman se placent sous le signe de l'écrivain voyageur suisse - et (c'est l'essentiel) offrent au lecteur la découverte d'une conception moderne et décomplexée du voyage. Quitte à ce que le voyage intérieur prenne le pas sur la démarche touristique du simple déplacement géographique.

 

Déplacement géographique? "Chroniques de l'Occident nomade" relate les pérégrinations d'une très jeune femme nommée Aude, qui se balade dans quelques pays d'Europe, d'Asie, d'Océanie et d'Afrique. L'auteur livre certes quelques anecdotes, quelques événements qui lui tiennent à coeur. Mais son propos refuse la démarche purement superficielle consistant à décrire les choses vues et les autochtones, si pittoresques soient-ils. Le récit de voyage est donc, en grande partie, la narration de rencontres avec d'autres voyageurs - une narration qui se présente en éclats,

 

Le premier chapitre de ce petit livre écrit de manière compacte constitue, au sens classique, une scène d'exposition. Le lecteur y fait la rencontre d'une narratrice qui voyage, blonde, décontractée, jeune (15 ans, ce qu'elle répète jusqu'à créer un rythme). Originaire de Suisse, elle est en Grèce et découvre qu'elle peut, par ses tenues et ses attitudes, émouvoir un homme - une découverte gourmande et émouvante, qui va plus loin que la dégustation d'un puissant steak mangé à pleines mains. La description de sa première nuit d'amour a quelque chose d'essentiel, du point de vue du texte: elle indique au lecteur qu'autant voire plus qu'un récit de voyage, "Chroniques de l'Occident nomade" sera un roman d'apprentissage sentimental.

 

C'est que l'auteur, sans jamais oublier de citer les lieux observés (Ouagadougou, le Taj Mahal, etc.), met l'accent sur les rencontres, et en particulier les rencontres les plus intimes, qu'elles soient cordialement amicales ou fugacement sensuelles. La narratrice accorde beaucoup d'importance à la description du petit monde des backpackers, ces jeunes qui choisissent de passer une partie de leur vie à voyager, et qui se donnent rendez-vous à longue échéance quelque part à l'autre bout du monde. Entre bons tuyaux qu'on se refile et plans foireux (enfin, tant que ça? On apprend de toute circonstance...), l'auteur parvient à dépeindre une génération Interrail, qui voyage à moindres frais sans qu'on sache trop quels sont ses moyens de subsistance. A-t-elle découvert l'essentiel du monde? Peu importe, après tout.

 

Peu importe, en effet, car si les voyages ne forment pas le monde, ils forment la jeunesse. L'auteur ne se gêne pas de raconter ses bonnes fortunes, ses amours internationales; elle décrit les situations embarrassantes, mais aussi les regards, les amitiés qui se forgent et se défont, les intimités qu'on vit différemment d'un lieu à un autre. Ainsi donc se retrouve-t-on face à une forme d'éducation sentimentale du XXIe siècle. Une éducation sentimentale qui fait contrepoint à la conscience d'une certaine transcendance, mal discernée, indépendante des codes rigides de quelque religion mais indéniable sur son principe. Et je ne peux qu'être d'accord avec l'auteur lorsqu'elle écrit (p. 119): "J'en connais en fait assez peu sur Dieu mais je crois savoir une chose: Il a le sens de l'humour".

 

Voyage éclaté, voyage intérieur, "Chroniques de l'Occident nomade" emmène son lecteur dans des lieux inattendus. Les lecteurs avides de pittoresque seront sans doute déçus, et l'auteur l'assume; en revanche, ceux qui aiment suivre le vécu d'une personne qui se construit et se cherche, si possible loin de chez elle, au risque de se perdre, seront comblés. Car si les voyages forment la jeunesse, c'est justement ce processus de formation qui, par éclats, se dégage de ce récit original.

 

Aude Seigne, Chroniques de l'Occident nomade, Lausanne, Paulette. 2011.

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commentaires

Choco 20/11/2011 12:02

Quel intéressant billet ! Tu as su saisir bien mieux que moi l'essence de ce texte que j'ai trouvé très compliqué à présenter !

Daniel Fattore 20/11/2011 22:43



Merci pour ces compliments! Ce livre part effectivement un peu dans tous les sens - mais c'est ce qui en fait le charme. Je me réjouis de découvrir d'autres écrits de cet écrivain, et donc de
suivre de près ses activités.



Alex-Mot-à-Mots 18/11/2011 18:15

Je suis étonnée qu'en avatar tu ai mis une tasse de chocolat et pas un verre de vin. Je viens de le remarquer.

Daniel Fattore 20/11/2011 22:42



L'astuce est qu'il s'agit d'une tasse du Café de Flore, haut lieu littéraire germanopratin...



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