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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 22:05

hebergeur imageOn meurt pas mal dans le roman "Les jeunes filles et la mort" de Michael Genelin. Mais est-ce là le plus intéressant? Première enquête du commandant Jana Matinova, ce volume aux proportions généreuses démarre sur un mystérieux accident de la route en Slovaquie; sur cette base, l'auteur rebondit de l'Ukraine à la France, avant de placer quelques moments forts de son récit dans le cadre du carnaval de Nice.

 

En français, le titre sonne un peu passe-partout. Le lecteur concevra sans peine que, bien plus qu'à Franz Schubert ou à Pierre Puvis de Chavannes (dont il ne sera jamais question dans ce roman), il fait référence aux six prostituées tuées dans un accident de la route. Pour le reste, la traduction d'Armelle Santamans est pertinente: fluide, elle rend justice à l'exigence de nervosité et de sobriété qu'exige un thriller destiné à un vaste public.

 

La structure que le romancier donne à son ouvrage est du reste trompeuse: au départ, le présent de la narration suggère qu'il y a une histoire de trafic d'êtres humains à mettre au jour. C'est ce que suggère l'accident initial. Progressivement, cette option est cependant délaissée pour donner jour, progressivement, à une affaire où l'histoire familiale de Jana Matinova, d'abord exposée au passé de façon parallèle aux péripéties du présent, prend une place prépondérante.

 

L'histoire familiale est la principale richesse de Jana Matinova, agente de police finalement terne au quotidien, qui se distingue essentiellement par son sens de l'observation - rien de très original, au fond. Son passé permet cependant à l'auteur de brosser le tableau de la Slovaquie d'avant la Slovaquie - du temps où le communisme régnait. Le poids d'un régime écrasant oblige Jana Matinova, mariée à l'acteur de théâtre Dano, à ruser et, pour rester digne, à faire des choix extrêmes entre sa carrière et ses sentiments. Cela donne lieu à des scènes dramatiques, tendues: flicage omniprésent, disgrâces, paranoïa latente, tout est là. Et parfois, l'on se surprend à penser au dramaturge Vaclav Havel.

 

L'auteur insiste dès le début sur les relations interpersonnelles. Il y a certes le lien qui se crée entre Jana Matinova et le policier Seges, relation particulière puisque Seges est un incompétent notoire, placé dans les pattes de Jana Matinova; l'auteur s'en débarrasse du reste assez vite en lançant Jana Matinova seule sur les routes d'Europe. Cela aurait mérité d'être plus creusé! Il est au moins aussi intéressant de suivre les méandres de la relation qui unit Dano et Jana, puis les liens et tensions familiales qui règnent sur trois générations. Cela, sans parler, enfin, du lien qui existe entre Jana Matinova et Trokan, son supérieur - qui permet à l'auteur de mettre en scène une complicité faite de rituels, non dénuée d'un zeste d'humour.

 

Construite sur deux lignes qui, partant loin l'une de l'autre, finissent par se rejoindre et s'enchevêtrer pour lui donner tout son sel, l'enquête prend donc, pour Jana Matinova, l'allure d'une vaste quête de soi. Certes, l'auteur est obligé de donner, dans les derniers chapitres, toutes les réponses aux énigmes disséminées dans le récit; mais le lecteur appréciera, outre l'honnêteté de cette démarche (qui prend cependant des allures un peu stressantes parce qu'elle est tassée dans une dernière rencontre entre Jana Matinova et Koba, le méchant ultime de l'histoire), la volonté de l'auteur de donner une épaisseur à son personnage principal. Quant au méchant, Koba donc, il s'en va en fin de récit... est-ce pour mieux revenir dans la deuxième enquête de Jana Matinova?

 

Michael Genelin, Les jeunes filles et la mort, Paris, Marabout, 2011.

 

Lu en partenariat avec les éditions Marabout et Laetitia Joubert-Alterno, que je remercie ici!

Lu dans le cadre du défi "Rentrée littéraire 2011".  

 

 

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commentaires

Yv 20/09/2011 11:35


C'est ça que j'aime dans les polars : la densité des personnages et un contexte lourd et documenté. Souvent l'enquête n'est finalement que le prétexte pour raconter le reste.


Daniel Fattore 20/09/2011 22:12



Oui - là, on perçoit effectivement une épaisseur, Jana Matinova a une histoire. Mais on a aussi l'impression que l'auteur garde des cartouches en réserve pour d'autres romans. C'est prometteur
pour la suite.



Herisson08 16/09/2011 19:47


Finalement je ne sais pas trop...


Daniel Fattore 16/09/2011 20:24



... un mélange assez étonnant; et qui donne envie d'en savoir plus sur certains personnages, en particulier Matinova. Comme si l'auteur s'était ménagé des portes ouvertes pour les prochains
volumes de la série (quatre parus à ce jour, en anglais).



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