Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 21:05

Le challenge "Chick Litt For Men" est en train de faire des dégâts chez moi. Vous vous souvenez peut-être, en effet, de ma lecture en demi-teinte de "Je vous aime" de Catherine Siguret. Depuis, je me suis promis de revenir au genre de la chick lit afin de découvrir quelque chose de plus riche en péripéties, de plus alerte aussi. Et force m'est d'avouer qu'avec "Very Important Pénélope B.", qui fait suite au roman "La double vie de Pénélope B." mais se lit très bien de manière isolée, j'ai été servi.

Le "pitch" (pour reprendre une expression utilisée dans le roman, et source d'un petit malentendu)? Avec son blog de filles, Pénélope Beauchêne, Bretonne montée à Paris, connaît un succès colossal. Du coup, une éditrice aux épaules solides lui propose d'en faire un livre. Le récit démarre au moment du bon à tirer, que Pénélope ne relit pas parce qu'elle est en vacances. Grave erreur, puisque l'éditrice s'est amusée à y glisser en douce quelques pointes que l'auteur ne souhaite pas forcément assumer...

On le constate vite, la trame est classique: nous avons affaire à un personnage presque ordinaire soudain dépassé par un succès aussi inattendu qu'énorme, avec pipolisation endémique, soirées en pagaille et harcèlement médiatique en prime. L'histoire est riche en péripéties, on l'imagine, et Pénélope Beauchêne est régulièrement placée dans des situations impossibles qui n'ont pas grand-chose à envier à certaines scènes des aventures de Bridget Jones. On pense en particulier à la randonnée en montagne où, mal équipée, Pénélope est un peu à la peine.

Servie par une plume pétillante qui ne recule pas devant le néologisme ("pétasser", "langue-de-putifier"), ni devant le name-dropping savamment dosé, la narration est habile. Au début, les chapitres prennent la forme de tableaux de genre: Pénélope en randonnée, Pénélope rencontre les parents friqués de son ami Victor, etc. Mais peu à peu, cela prend de l'ampleur, et donne à voir une trame aux fondations solides. L'affaire du bon à tirer rebondit après une bonne centaine de pages. La ficelle est peut-être un peu grosse (ça sent l'embrouille dès le début), mais elle permet de faire réellement entrer son personnage dans le tourbillon d'une action riche.

Dans quel monde la blogueuse et écrivain Pénélope Beauchêne évolue-t-elle? Là aussi, nous avons un petit côté classique, avec une nuée de personnes quasi célèbres, auxquelles il manque peu pour passer l'épaule: Victor (l'héritier que tout le monde s'arrache) est producteur de télévision, Lili (la belle rousse aux humeurs déprimées) est chroniqueuse, Axel (le gars immature au tempérament d'artiste) est dans la mode (comme j'ai compris), etc. On l'a compris: les personnages ont des contours suffisamment caractérisés pour n'être pas interchangeables, jusqu'à Ombeline, la méchante de l'affaire, dans l'ombre de laquelle évolue une quasi-figurante moins présente nommée Iris. Pénélope elle-même, avec ses petits soucis vite dramatisés à force d'hyperboles, devient une figure attachante dès les premières pages, où elle démolit un à un les clichés traditionnellement liés aux vacances à la mer.

A travers ce récit, c'est aussi un jeu entre le vrai et le faux que l'auteur propose. La chick lit serait-elle un genre des futilités? Entre fringues, soirées, bonnes boissons, chaussures, magazines, etc., celles-ci occupent une bonne part du terrain de "Very Important Pénélope B.", ce qui s'explique aussi par la célébrité soudaine du personnage principal - une célébrité aussi volatile que celle qu'on peut avoir lorsqu'on tient un blog: quelques jours d'absence et on n'existe plus... Le faux trouve ici son expression dans les photos "prises sous un angle compromettant" publiées par les tabloïds, dans la stressante séance de maquillage et d'habillage en vue du passage de Pénélope Beauchêne à la télévision, etc. Et il arrive que le faux se heurte à la réalité... ce qui fait du dégât: ruptures, coups de théâtre, couples et amitiés qui se font et se défont en une ronde complexe et éprouvante (pour les personnages), manigances en coulisses même: pour l'éditrice, dont l'emploi est un siège éjectable, l'essentiel est que le livre de Pénélope Beauchêne soit "bankable".

Un ouvrage léger, donc, mais reposant sur des bases bien assises. Je dois avouer y avoir pris un certain plaisir - celui qu'on prend à succomber à quelque péché mignon. Le doigt dans le pot de confiture, quoi...

Anne-Solange Tardy, Very Important Pénélope B., Paris, First Editions, 2008.
Le blog de l'auteur:
http://www.cachemireetsoie.fr
L'ancien blog de l'auteur: http://unemouetteaparis.canalblog.com/ 

Partager cet article
Repost0

commentaires

luciolelarouge 12/08/2009 16:00

J'ai très envie de lire ce livre!!! Juste "langue-de-putifier" me donne déjà le sourire.
J'ai eu qq difficultés avec la chick lit "à la française" mais je ne boude jamais mon plaisir.
Merci pour cette mise-en-bouche qui m'a furieusement ouvert l'appétit!

Daniel Fattore 12/08/2009 21:33


Celui-ci est plutôt ludique, en effet, et les péripéties ne manquent pas! Note qu'il y a un tome 1 à ce volume, intitulé "La double vie de Pénélope B."; peut-être est-il judicieux de commencer par
celui-ci, même si ce n'est pas indispensable.
... et question mise en bouche, bon appétit! Et santé, tant qu'à faire!


Grominou 23/07/2009 20:39

Un excellent billet! Je crois moi aussi que la bonne chick-lit est celle qui comporte un second degré...

Daniel Fattore 23/07/2009 23:34


... j'en suis de plus en plus convaincu aussi; mais je risque de me replonger dans le genre à l'occasion pour vérifier la chose et affiner l'hypothèse.
Merci pour le compliment! :-)


liliba 28/05/2009 22:29

"Langue-de-putifier" rien que pour ça, je veux lire ce livre ;-)))

Mais également parce que tes billets sont toujours tellement bien écrits et agréables à lire qu'ils donnent envie d'ouvrir l'ouvrage dont tu parles même si celui-ci est, disons, pas le meilleur de la littérature de l'année !!!

Je viens quant à moi de terminer Les tribulations d'une caissière, que vous pourriez inclure dans votre challenge, mais que je déconseille malgré tout... Billet à suivre !

Daniel Fattore 01/06/2009 18:18



Me voilà promu tentateur en chef...  

Je n'ai pas été attiré par ce témoignage de caissière - donc j'ai zappé d'emblée (et j'espère qu'Over-Blog, qui héberge le blog de la caissière en question, ne m'en voudra pas de cet aveu).
Mais je me souviens d'avoir pris un certain plaisir à lire les notes de son blog, il y a pas mal de temps déjà.



Cécile de Quoide9 20/05/2009 12:01

"la chick litt" serait-elle un genre des futilités ?" demandes-tu. Je crois que tu as tout compris mais, me semble-t-il, il faut compléter cette définition par la notion de "distance" : pas de chick litt sans 2e degré et un minimum d'autodérision.
Je joue mon rôle de membresse (néologisme aussi ;o) ) éminente du jury "Chick Litt for men" pour préciser que j'aime beaucoup ta critique !

Daniel Fattore 21/05/2009 22:09


Bien vu, pour le deuxième degré: j'ai un peu zappé cet aspect, mais le livre de Mme Tardy est en plein dedans.
Merci, par ailleurs, de jouer ton rôle de jury! J'ai l'impression que le challenge s'est un peu enlisé.
Et bien sûr, merci du compliment sur ma critique...


Keltia 19/05/2009 08:46

Je me suis vraiment régalée en lisant les 2 tomes des aventures de Pénélope B.! Un excellent moment de détente :-)

Daniel Fattore 20/05/2009 00:18


Hé-hé... comme quoi tout dépend des sensibilités des lecteurs!


Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.