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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 23:24

Rapide roman que "Les romans n'intéressent pas les voleurs", opus signé Alain Rémond et publié en 2007! Si rapide que je n'ai pas eu le temps d'empoigner le moindre stylo pour prendre des notes en cours de lecture. Une lecture qui laisse le goût sympathique d'un roman plutôt léger, entre Paris (la grande ville où on a ses habitudes, témoin le restaurant du Clairon) et la province (l'Aveyron, que certains personnages ne savent même pas placer sur une carte, même approximativement). Je vais cependant m'efforcer de faire part de quelques impressions à son sujet.

 

L'entrée en matière ressemble à un de ces romans tout entier consacrés à une quête, dont le résultat n'est patent qu'en fin de lecture: deux amis d'enfance montés en graine décident, sur un indice pas forcément fiable, de se lancer à la recherche de l'écrivain fétiche de leur jeunesse, Santenac. Toute la première partie relate donc les préparatifs de cette quête. L'auteur sait faire mousser la chose au moyen de trucs classiques: l'évocation du souvenir lumineux du Santenac d'autrefois, sa rareté (il n'a écrit que trois roman, qu'on relit à l'envi), le mystère qui l'entoure (personne ne sait où il se trouve). Les dialogues téléphoniques entre les deux amis (l'un est nègre pour les éditions Hurtebise, et sa mission est de retranscrire les textes d'un certain Benjamin Bannister, écrivain à succés; l'autre est journaliste, ce qui va conditionner leur fonctionnement) entretiennent le suspens: l'auteur suppose que les connivences entre les deux personnages sont connues du lecteur... alors que, naturellement, elles ne le sont pas du tout. D'où, pour le lecteur, une puissante envie de savoir qui va le porter jusqu'à la rencontre avec l'écrivain.

 

Et là, la chute est à la hauteur des espérances. L'auteur dévoile, avec Santenac, un homme taciturne qui parle comme un fusil mitrailleur et vit en ermite dans une maison en ruine, pauvrement vêtu. Procédé déceptif? Certes: le lecteur est trompé dans ses attentes. Mais l'auteur est plus malin que cela, puisque c'est justement à partir de là que le roman devient vraiment intéressant...

 

... on pourrait en effet imaginer une suite où le narrateur, Jérôme (Saint Jérôme... n'oublions pas que l'auteur écrit dans le journal "La Croix"), finit sa vie en ressassant le beau souvenir détruit. Mais voilà que son copain Jean-Paul, le journaliste, fait son travail, n'hésitant pas à transgresser la promesse faite à Santenac en présence de Jérôme: il pond un article sur l'écrivain, ce qui relance ses ventes. Et hop: à la première occaison, Jérôme revoit Santenac, vêtu de manière cossue. Cela l'intrigue... L'auteur fait alors preuve d'une belle économie du récit en révélant qui est le véritable Benjamin Bannister - vous pouvez l'imaginer sans peine, et cela explique l'apparence aisée de Santenac.

Deux faiblesses viennent cependant entacher la fin du récit. La première est la manière dont meurt Santenac: un vulgaire vagabond le trucide sous un prétexte quelconque. Qui est-ce? L'auteur ne le précise pas. Le lecteur aurait apprécié, après les rapprochements dont il a été le témoin, que le responsable du décès de Santenac soit autre chose qu'un deus ex machina. Reste que du coup, Jérôme se retrouve encombré d'un objet qui n'intéresse pas les voleurs: le dernier roman, inédit, de Santenac (d'où le titre). Lire, ne pas lire? L'auteur finit en interrogeant son lectorat: la lecture est-elle la vraie vie? On pourrait répondre par la négative: mieux vaut prendre l'air et aller à la rencontre de l'autre. Mais on peut aussi avancer une réponse affirmative: le lecteur a pu constater, tout au long du récit, qu'un écrivain a conditionné la vie d'un bonhomme - de deux, même. Réponse ouverte, réponse un peu insatisfaisante quand même...

... au final, le lecteur se voit offrir ici un petit roman bien figuratif, narré de manière linéaire, qui se lit fort agréablement et recèle son lot de surprises. Génial? Sans doute pas; mais, on s'en doute, il lève un coin du voile qui couvre le monde mystérieux de l'édition et des écrivains. Pourquoi pas?

Alain Rémond, Les romans n'intéressent pas les voleurs, Paris, Stock, 2007.

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commentaires

Yuko 24/04/2009 10:41

Je découvre avec plaisir ton blog et j'ai été interpellée par ce titre... Alors j'en profite pour te laisser un petit mot et pour te souhaiter une bonne continuation ^^

Daniel Fattore 24/04/2009 22:13



Merci de ta visite, et bonne continuation à toi! Les dessins de ton blog sont sympathiques - bravo!



Alex des Couassous 28/03/2009 17:18

Le titre est plutôt alléchant en tout cas, pour les lecteurs que nous sommes.

Daniel Fattore 29/03/2009 21:15


Et l'ouvrage pose quelques questions intéressantes sur ce que peut être un auteur... le personnage de Santenac est fort intéressant à ce titre.


Thaïs 28/03/2009 13:28

je crois que c'est aujourd'hui ton anniversaire de blog. Bon anniv ! bon WE !

Daniel Fattore 29/03/2009 21:14


Exact! Merci pour tes voeux... et d'y avoir pensé.


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