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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 20:23

L'information fait son chemin: l'Union européenne a accepté, en janvier dernier, un projet de règlement visant à autoriser le mélange de vin rouge et de vin blanc sans indication géographique pour obtenir du rosé. Une pratique interdite à ce jour, sauf pour le champagne rosé et quelques autres rarissimes exceptions. Les vingt-sept pays de l'Union ont accepté cette idée saugrenue... dans le cadre d'un recueil d'avis informel. A présent, la France (en la personne de son ministre de l'Agriculture, Michel Barnier) se tâte, vu les réactions; la réponse définitive tombera le 27 avril. Il est à noter que le règlement en question comprend d'autres éléments réglementant une "technologisation" du vin: utilisation des copeaux, alcoolisation (ou désalcoolisation, je suppose), adjuvants.

On imagine sans peine les remous qu'a dû causer cette série de péripéties viticoles. Les adeptes du gros mélange avancent des arguments de compétitivité: il faudrait, selon eux, produire à bas prix pour satisfaire un certain type de clientèle, donc rendre plus compétitif le marché européen du vin - un argument qui peut faire mouche en période de crise.

En face, on avance le savoir-faire spécifique à la production d'un rosé, et aussi (c'est lié) l'aspect profondément trompeur que recèle l'autorisation du coupage: le rosé se produit d'une manière précise, et le client est supposé le savoir. Même pour vendre plus (et donc gagner plus), on ne s'abaissera pas à trahir un savoir-faire ancestral, et ça se comprend. "Frais, léger et fruité, le rosé n’est ni un vin blanc, ni un vin rouge, mais un vin à part entière.", résume le blog "
Find A Wine", qui relaie ainsi la fureur des producteurs de rosé de Provence. Emilie, la sommelière qui anime l'intéressant blog "Labivin", va jusqu'à dire qu'ouvrir la porte à la production de rosé sous forme de mélange serait une "régression", sous couvert de combattre à armes égales avec d'autres producteurs.

Tout au plus pourrait-on imaginer un nom spécifique pour le nouveau produit - qui existe déjà en Espagne sous le nom de "Mescla", mais est interdit à l'exportation. Mais l'amalgame serait vite fait entre deux produits d'apparence similaire... et pourtant de production fort diverse, tant il est vrai qu'un rosé traditionnel est un vin produit à partir de cépages rouges uniquement, dont on laisse macérer les peaux dans le jus pendant plusieurs heures.

On imagine sans peine de quel bord je me situe: celui de l'authentique - donc opposé au mélange en la matière. Face aux diverses menaces qui planent sur la civilisation européenne du vin, il convient de se défendre. Le savoir-faire lié au vignoble européen est encadré par des règlements, appellations d'origine et classements pas forcément parfaits (parfois usurpés même, pour faire flamber les prix, je veux bien l'admettre), mais qui placent un seuil d'exigence qui est, pour de nombreux clients, synonyme d'une assurance qualité. Une spécificité du Vieux Continent: les vignerons du Nouveau monde, eux, ont des démarches foncièrement différentes, rendues possibles par une géographie différente. Un affrontement entre vin de "terroir" et vin "technologique", généralisé dans le Nouveau monde, est certes défavorable au premier; à celui-ci de démontrer qu'il a d'autres qualités qui justifient largement son prix: spécificité du terroir, prestige et tradition, travail d'artisan, équilibre du goût, voire plaisir d'attendre qu'une bouteille de vin de garde arrive à maturité. Ce sont ces cartes-là que le Vieux continent, Union européenne ou non, doit jouer en matière de vins, plutôt que de singer les grands producteurs australiens ou californiens...

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commentaires

J
Comment le ministre de l'agriculture et de la pêche français a t il pu accepter une telle ignominie et sans la moindre contrepartie ? Depuis, ayant suscité un tollé viticole français, il serait revenu sur sa position... comme ça...
Un ministre, avez-vous dit ? Nan, une girouette !
Quelle crasse méconnaissance de son ministère !!!

S'agissant de sa compétitivité, la France est le premier pays producteur et exportateur de rosés dans le monde. Et sa part de marché ne cesse d'augmenter...

S'agissant de son identité, la France a malheureusement fait plus en une semaine qu'en une décennie en vilipendant les vins confondant au passage consommation et alcoolisation. Au moins, a-t-elle fait parler (rire) d'elle...

La France n'est déjà plus le premier pays producteur de vins au monde, la consommation moyenne par habitant a déjà fondu de moitié en quelques années etc. alors, jusqu'où iront ces oiseaux de mauvaise augure pour que la viticulture française devienne sinistrée ?
Remarque, un représentant du peuple pourrait alors proposer une loi Lang pour le vin...

Ceci étant, il faudrait tout de même prévoir un relais de croissance de notre balance commerciale puisque le premier poste excédentaire est tenu par la viticulture.


Alors, mélangeons, mélangeons tout même, y compris les genres ! Nivelons par le bas mais n'oublions pas de prôner tout de même l'excellence ou le principe de précaution...
D


Apparemment, il a reculé... Girouette? C'est un peu le propre du politique de se maintenir en cherchant d'où vient le vent, à mon avis. Quant à la méconnaissance de son ministère, je suis tenté
de vous rejoindre; en tout cas sur ce coup-ci, il n'a pas été optimal.


Compétitivité de la France en matière de rosé? Je le crois sur parole; mais cela est dû à la qualité des produits, qu'ils soient d'entrée de gamme (le p'tit rosé de Provence qu'on trouve partout,
et qui est aussi le fruit d'un savoir-faire) ou du niveau luxe. - A propos, connaissez-vous les rosés suisses, Oeil-de-Perdrix ou Dôle blanche?


Enfin, j'ai vu quelque part que la même instance (ou le bureau voisin) est en train de s'attaquer aux fromages...



V
bon, d'ccord ma plaisanterie est nulle, j'avais trop mélangé ;-)bises
D

Pas de problème! A bientôt.


V
Ah, Daniel, tu vas arrêter un peu, mélange toi un peu aux autres, dis donc... ;-) Accepte les affrontements des vents (vins) et viens !
...Je comprends, tout mais pas le Vin, d'accord, ciao !
D


... en matière de vins, les assemblages, je veux bien - mais c'est encore un autre métier, que je préfère laisser au vigneron qu'aux technocrates de Bruxelles (qui ont peut-être profité de la
crise pour faire avancer ce dossier en douce...)
Pour le reste, je suis toujours ouvert au dialogue et à la controverse - et le blog est un excellent outil pour procéder ainsi!



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