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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 22:27

C'est un billet de Wrath, consacré au copinage, qui me lance sur ce sujet. A partir d'un exemple personnel (une attachée de presse de l'éditeur Leo Scheer semble la snober), elle conclut sur une affaire de copinage: si tu es copain avec l'attachée, ça va tout de suite mieux - et c'est déplorable. S'ensuit, naturellement, un débat portant sur les relations pas forcément évidentes du blogueur et du journaliste avec la presse.

Faut-il forcément voir du copinage dans les relations privilégiées qu'ont les journalistes avec les attachées de presse? Je ne crois pas que la réponse soit si simple. Ou alors, c'est qu'elle mérite d'être élargie à un univers qui dépasse largement Saint-Germain-des-Prés.

Que se passe-t-il, en effet, quand on est journaliste, critique de quelque chose, etc.? D'un côté, le journaliste est extrêmement courtisé. Dès qu'il se pointe quelque part, on fera tout pour qu'il se sente à l'aise. Cela peut commencer par un petit café offert, ou à l'entrée gratuite au concert sur lequel il devra écrire une pige. Pour faire bon poids, la personne chargée des relations avec la presse, ou l'amphitryon, ou le chef du projet dont il sera question, ira plus loin: repas, échantillons des produits l'entreprise, etc. A partir de là, au journaliste de savoir ce qu'il est prêt à accepter, en conscience, sachant qu'à la sortie, il devra écrire un article informatif, et pas un simple coup d'encensoir. Une Rolex en or massif est-elle encore acceptable? Certains journalistes estiment qu'est acceptable un cadeau qu'on peut montrer aux collègues, voire partager avec eux (un morceau de fromage, par exemple). Cela me semble assez régulier. D'autres se fixent un montant maximal - quand ce n'est pas l'entreprise ou la convention collective de travail qui le font à sa place.

A cette aune, le blogueur est tenu aux mêmes limites. Un livre, ce n'est pas une énorme affaire (quelques dizaines de francs), et des opérations telles que Babelio sont la preuve qu'on peut concevoir un système où tout le monde est content. Pressentant que les blogueurs ne sauraient accepter n'importe quoi, les entreprises qui les courtisent pour vendre des objets onéreux (des voitures ou du matériel de haute technologie, par exemple) n'offriront pas directement l'objet, mais une expérience avec celui-ci - avec tout le décorum qui peut aller avec. Là encore, au blogueur - ou au journaliste, pour en revenir à lui - de faire la part de l'objet testé (dont il doit être question dans l'article) et de ce qui l'entoure, créé pour faire en sorte que l'article soit plus long, plus laudatif, plus remarqué enfin.

Et les attachées de presse, dans tout ça? Certes, leur boulot est d'accompagner un livre (ou un produit) jusqu'au journaliste, que ce soit de manière impersonnelle (on envoie le livre, et si quelqu'un en parle, tant mieux!) ou plus appuyée (on rencontre le journaliste, on le cornaque à fond - ce qui est plus facile quand on est près de lui). Mais il serait illusoire de penser que c'est un marché à sens unique. Le journaliste aura en effet plaisir à rencontrer une attachée de presse sympa; mais il en aura encore davantage si elle lui lâche, mine de rien, des informations qui lui permettront de se démarquer de ses confrères (à la suite de quels méandres le texte a été publié, si l'auteur fréquente les stars, s'il a une activité secrète inavouable mais quand même publiable, etc.). Telle est aussi l'attitude du député qui parachute, mine de rien, un scoop à l'attention d'un journaliste parlementaire. Que l'attachée de presse organise une interview entre l'auteur et le journaliste, et ce dernier sera heureux, puisqu'il pourra poser les questions qui le turlupinent et façonner son article comme il l'entend... tout en mettant l'interviewé mieux en valeur qu'au moyen d'une brève. A partir de là, évidemment, l'attachée est aux ordres de son patron... mais le journaliste a accès aux titres des publications à venir (par exemple les listes des rentrées littéraires), et peut donc demander à évoquer tel volume plutôt que tel autre. Enfin, on compte aussi sur sa curiosité intellectuelle.

Rien de noir ni de blanc, donc, dans les relations entre les entreprises à vocation commerciale et la presse. Mais de part et d'autre, les intérêts peuvent se rencontrer. Il ne reste qu'à faire en sorte que ça se passe le moins mal possible. Et pour cela, les relations interpersonnelles sont un bon moyen - ça va tout de suite mieux, en effet, pour toutes les parties. Cela vaut aussi pour d'autres professions: si un traducteur professionnel connaît personnellement ses clients, ne serait-ce que pour avoir fait une fois santé avec eux, le courant passe tout de suite beaucoup mieux.

S'il faut appeler cela du copinage, alors je suis pour.

Photo: Flickr/Messy! "Away...

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commentaires

Y
Bonjour,
La blogosphère s'interroge de plus en plus, et c'est tant mieux ! Un débat a aussi eu lieu le week-end dernier au sujet de la pub, des envois de livres sur Biblioblog, et en janvier sur le mien. Cette opération "Chez les filles" était le centre de mon billet car les propos des blogueurs ont été utilisés pour une page de pub dans Livres Hebdo sans en informer les blogueurs concernés. Et alors ça, je trouve que c'est vraiment discourtois. Ce n'est pas en partant sur des bases comme celles-là qu'on créé de bonnes relations...
D


Merci de votre visite!
La reprise de textes de blogueurs dans une annonce dans Livres Hebdo sans l'annoncer aux auteurs n'est pas très élégante de la part de l'organisateur de l'opération; mais je ne serais pas étonné
que ce dernier se soit couvert dans les conditions générales, qui doivent dire quelque part que le blogueur cède tous les droits sur son billet réalisé dans le cadre de l'opération...
Evidemment, si l'on avait voulu citer Pierre Assouline ou Didier Jacob, la question se serait posée en d'autres termes (en fait, elle aurait été posée aux auteurs... ou, plus sûrement encore, aux
journaux qui les emploient).
Pour le blog, le mieux serait donc peut-être, pour la blogosphère, de trouver une autre manière que la presse de parler du livre, plutôt que de "singer" les journaux, si vous me passez
l'expression. L'interactivité en est un élément, l'"interblogalité" (renvois d'un blog à l'autre) en est un autre, et il existe d'autres chemins encore. Et là, on n'en est qu'aux débuts! A
ce sujet, il y a, sur "Tabula Rasa", un billet fort intéressant: http://table-rase.blogspot.com/2009/02/le-blog-litteraire-est-toujours-naitre.html 



E
C'est étrange parce que moi j'ai des attachés de presse qui me contactent et je ne connais pas, suite à la lecture de mon blog pour me proposer de m'envoyer des livres de mon choix dans leur catalogue.
Je trouve que c'est une belle chance de découvrir des livres.
Ils ne demandent rien en retour, et c'est tant mieux parce que je ne parle que de ce que j'aime...:)
Je ne vois pas l'intérêt de blesser par l'aspect négatif. Mais c'est ma façon de voir les choses! ;)
Et surtout parce que mon blog est d'une irrégularité qui n'a de sens que par mes humeurs, le temps qu'il me reste et l'envie tout simplement.
Dilettante?;)

Bon j'ajoute que par contre certaines maisons trouvent que les blogs sont un bon support de médiatisation et que d'autres préfèrent simplement cibler la presse (parce qu'ils en ont les moyens je suppose).
Ce n'est pas forcément du snobisme mais un intérêt économique et publicitaire...
D

Il m'est aussi arrivé d'être contacté par des attachés de presse qui ne me connaissent pas - mais cela n'a jamais abouti à quoi que ce soit. Dommage, car je suis ouvert à ce genre de proposition...
Quant à approcher les blogs ou non, c'est sans doute aussi une question de positionnement - j'imagine sans peine qu'un Gallimard, assez classique, considérera cela comme moins prioritaire qu'un
éditeur qui touche à la science-fiction, par exemple. Donc je vous rejoins...
Merci de votre visite et de votre commentaire!


Y
Ouh la la , j'ai accepté de recevoir et chroniquer des livres par "Chez lez filles". Suis-je corrompu ou ai-je encore une chance de m'en sortir ?
Pour le reste, je partage assez ton point de vue. les relations presse/journaux/politiques sont parfois sulfureuses. Chez nous, en France, depuis quelques années (environ 2 ans, comme par ahasard), elles sont de plus en plus criticables. Pas uniquement, par la seule personnalité de notre cher président, mais surtout par cette dernière élection présidentielle qui a mis en exergue la communication politique. actuellement même un candidat moyen peut y arriver s'il a une bonne communication, de bons attachés de presse(et nos deux finalistes de 2007 en ont joué et rejoué) Mélange de vie publique et vie privée qui perdure (cf les démélées de Ségolène avce Paris Match). Jusqu'à quand les journalistes et les politiques vont-ils nous abreuver des leurs histoires inintéressantes ? A qund un vrai retour des choses importantes ?
D


... c'est le règne de l'image, et effectivement, les deux derniers candidats en lice en ont joué jusqu'à plus soif - d'ailleurs, ça continue, avec les mêmes personnages, Ségolène Royal sachant
toujours trouver le chemin de la médiatisation. Quant à se sentir corrompu parce qu'on a reçu un livre, pas de souci! A part, bien sûr, s'il est livré avec une Rolex... JOKE! Plus sérieusement,
il me semble même que le deal de Babelio, par exemple, exige simplement qu'on parle du livre reçu, en bien ou en mal, peu importe.



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