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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 22:25

Le titre du présent billet l'indique sans ambages: le roman "L'Artéfact sicilien" de Paul Carta mélange les genres. Ce qu'il ne dit pas, c'est que cet ouvrage se lit globalement avec plaisir... pour peu qu'on oublie que l'éditeur a oublié de faire le travail de indispensable nécessaire pour qu'un livre soit, vraiment, un produit de qualité. Plutôt que d'en jeter trop vite la pierre à l'auteur, voyons de quoi il retourne.

L'histoire est la suivante: biologiste de formation, Gérard, le narrateur, se voit remettre une sphère aux propriétés mystérieuses. Pour en savoir plus, sur mandat de la fonction publique française, il se retrouve en Sicile, à enquêter entre loups-garous, mafia et extraterrestres.

On l'a compris: ce roman oscille entre le thriller, le fantastique et la science-fiction - et ce, dans cet ordre. On ajoutera à cela une description sobre mais parlante de l'atmosphère particulière qui règne, paraît-il, dans la fonction publique française: usage des ressources cloisonné jusqu'à l'absurde (en l'occurrence, un scientifique utilise en douce les appareils de ses collègues pour ses investigations, tout en sachant qu'il n'en a pas le droit: la passion l'emporte sur les réalités financières), usage d'abréviations absconses et longues, budgets invariablement serrés, etc.

L'auteur décrit avec le même bonheur, et sans tomber dans le cliché, les lieux siciliens dont il parle: Palerme où la circulation automobile est dingue, mais aussi la ville prétendument artistique de Gibellina. Palerme, c'est aussi l'occasion, pour Paul Carta, de démontrer que même si ça ressemble à des villes plus septentrionales, c'est un peu différent quand même: rationnement de l'eau, horaires des repas décalés, etc. La rencontre avec Claudio permet cependant de révéler, à travers quelques répliques d'Astérix, que la culture française, désignée au sens le plus large, s'exporte très bien et est mieux connue à Palerme qu'à Paris...

L'auteur campe des personnages intéressants, sans toujours aller au fond des choses. Second rôle, Etienne est par exemple bien représenté en scientifique perdu dans son monde, mais fort prolixe. Autre second rôle, en revanche, Eric, employé d'ambassade, constitue une caricature de progressiste un rien coco sur les bords; dommage que l'auteur ait un peu sous-employé ce trait de sa personnalité. Et qu'en est-il de l'oaristys naissante entre Gérard et Laura? On les voit certes ensemble de temps à autre, mais si le lecteur subodore qu'il y a anguille sous roche, sa curiosité en matière de sentiments ne sera pas satisfaite.

Thriller et science-fiction, avons-nous dit. Le récit bascule en effet dans le roman à suspens en page 63 (sur 230), au moment où arrive le premier mort. Après avoir dépeint le monde tranquille de la fonction publique, l'auteur joue la carte du suspens et des retournements de situation. On découvre ainsi le personnage de Santangelo, parrain mafieux qui a pour couverture une activité originale d'éditeur de poésies. Originale, oui; crédible? à vous de voir. Mais cela offre à l'auteur l'occasion d'un développement assez inédit où le parrain transmet des messages aux siens au moyen de recueils de poésies. "On se croirait chez Umberto Eco", commente Jean Orizet, préfacier; je n'irais pas jusque-là, mais l'idée est quand même inédite. 

Reste le mystère de l'artéfact sicilien... Il prend la forme d'une boule de billard fabriquée en une matière inconnue, avec un trou à l'intérieur. L'auteur explique peu à peu de quoi il s'agit: une production extraterrestre servant à projeter des images aux extraterrestres du roman, occasionnellement en proie au mal du pays. Toutes les réponses sont là, à l'exception d'une seule: au fond, ces trucs-là, c'est fait comment? Là, l'auteur esquive, aux portes d'une explication new age qui aurait fait écho à la couverture du roman. 

Alors, bilan? Le lecteur restera peut-être avec l'impression d'avoir lu un roman qui touche à plusieurs genres sans forcément aller jusqu'au bout de ses nombreuses et bonnes idées. Mais il aura sans doute pris du plaisir à parcourir la prose agréable et aisée de Paul Carta, et à suivre une aventure aux nombreuses facettes. Bonne lecture, donc! 

Paul Carta, L'Artéfact sicilien, Nice, Melis éditions, 2001.
 

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commentaires

Pierre 08/02/2009 18:30

D'un autre côté, il ne vaut mieux pas trop insister sur les histoires mafieuses... Je veux dire qu'il vaut mieux ne pas finir son roman et ne pas avoir à connaître une fin coulée dans le béton. Les mafieux italiens utilisent toutes sortes de moyens non électroniques pour se transmettre des messages, alors le média de la poésie ne me surprend pas. D'ailleurs les truands et autres tueurs sont parfois des poètes d'une certaine façon.

Daniel Fattore 08/02/2009 19:20



De mon côté, cette histoire de recueil de poésies m'a paru quand même un peu étrange, même si elle permet d'amener un élément original dans le texte.



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