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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 20:25

... je l'ai rencontrée sur Wikipedia, et j'ai immédiatement signalé que Georges Flipo avait donné le nom de cette danse à l'un de ses recueils de nouvelles, paru en 2004. "Vous voyez, je n'invente rien", semble dire, voire dit franchement, l'auteur au détour de certains des textes qui composent "La Diablada". Ce n'est pas faux: mais ce qu'il invente semble donner, chez Georges Flipo, ce supplément d'imaginaire qui fait que ses textes deviennent autant de mensonges qui disent la vérité.

Mensonge sur soi, d'abord, ou vie rêvée: tel est le thème qui sous-tend le fonctionnement du personnage du riverain, spectateur goguenard d'un cycliste, dans "Acide lactique". Vivre ses rêves par procuration, cela paraît faire écho aux danseuses de "Confitería Ideal", nouvelle tirée du recueil frère "
Qui comme Ulysse": celles-ci se présentent de manière suffisamment sybilline pour que leur cavalier s'imagine une vie rêvée, loin du caratère prosaïque de l'existence de chacune. Mensonge de l'oeuvre d'art, également, dans la nouvelle "L'Avarice, attribution incertaine": est-ce l'oeuvre d'art (en l'occurrence une peinture) qui ressemble à la réalité, ou le réel qui finit par ressembler à l'oeuvre? L'auteur réussit là un joli fondu enchaîné qu'on aurait envie de voir adapté au cinéma.

L'auteur a par ailleurs un goût prononcé pour l'Amérique latine. Le lecteur a pu y goûter dans "
Qui comme Ulysse"; il le retrouve dans "La Diablada". Tendu entre vaudou et lambada, le titre annonce la double couleur. Il y a certes une part d'exotisme qu'on pourrait trouver racoleur; mais Georges Flipo sait que pour que l'effet soit réussi, l'exotisme ne doit pas servir d'habit à un texte faible. Ses textes sur l'Amérique du Sud revêtent donc par ailleurs une magie particulière, aux confins du fantastique. Ce qui est pertinent: les légendes n'ont plus guère droit de cité sous nos latitudes, devenues trop cartésiennes, trop rationnelles, mais vivent encore en Amérique latine, où vivent des peuples mystérieux. Nouvelle éponyme, "La Diablada" est emblématique à cet égard: Georges Flipo présente certes le sens officiel de cette danse nommée "Diablada", où le mal s'exprime pendant les quelques jours du carnaval, avant de céder la place au bon ordre. Mais il rajoute une couche de mystère lui donnant un deuxième sens, celui du triomphe de la religion indigène sur la religion du conquistador. A partir de là, que devient son personnage principal, pris dans la danse? En fin de nouvelle, le prêtre lui adresse-t-il un signe d'adieu ou une bénédiction? L'auteur ne tranche pas vraiment... et le lecteur reste dans le doute.

Le thème du voyage, cher à l'auteur (je recommande "
Qui comme Ulysse", consacré à ce sujet) charrie également celui du touriste importun. On l'a rencontré dans "Nocturne" (recueil "Qui comme Ulysse"), mais aussi dans "Journée libre", deux textes qui semblent se faire écho d'un recueil à l'autre. De même que c'est en faussant compagnie au groupe que le personnage principal de "Nocturne" découvre un instant de danse unique, c'est en faussant compagnie au Comparateur, touriste importun du groupe, présenté comme celui qui ne comprendra jamais rien à rien, que le couple de "Journée libre" découvrira la boutique de poupées des "Niñas de Jesús" - et en particulier la mystérieuse poupée Serafina. Porte-bonheur, vraiment? Je laisse au lecteur le soin de découvrir lui-même le fin mot de l'affaire.

Il y aurait aussi à dire sur la tendresse du regard de l'auteur (qui éclate dans "Les oiseaux n'aiment pas le sel"), ou sur la manière qu'il a d'aborder les mille et une facettes de cette compagne amère qu'on appelle la solitude - un thème qui traverse également le recueil. Mais je préfère laisser à chacun le soin de découvrir tout cela: l'ouvrage en vaut la peine.

Georges Flipo, La Diablada, Paris, Anne Carrière, 2004.
Georges Flipo,
Qui comme Ulysse, Paris, Anne Carrière, 2008.

Sur la diablada:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Diablada

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commentaires

Yv 03/02/2009 19:55

Je viens de découvrir Qui comme Ulysse et je partage vos sentiments sur l'auteur. Une vraie belle lectures pour quasiment toutes les nouvelles du recueil

Daniel Fattore 04/02/2009 21:47


C'est du bon, en effet. J'ai bientôt tout lu de l'auteur...


céline 02/02/2009 19:04

Cette note me donne très envie de découvrir un peu les écrits de Georges Flipo, je ne connais que ces posts de blog !

Daniel Fattore 02/02/2009 22:27


Ca mérite, et je vous le recommande! A noter que son roman "Le Vertige des auteurs" distille, plus que ses nouvelles, un humour noir assez corrosif.


Alex des Couassous 01/02/2009 17:53

Je n'avais pas su goûter "Qui comme Ulysse", alors si celui-ci est dans la même veine...

Daniel Fattore 01/02/2009 19:30


... j'y ai perçu une parenté. Donnez une seconde chance à Georges Flipo...!


Fantasio 01/02/2009 11:34

Il va vraiment falloir que je découvre cet écrivain dont on parle tant.

Daniel Fattore 01/02/2009 19:31


Oh que oui...! Et bonne lecture, d'ores et déjà.


Muriel 01/02/2009 08:24

je ne connaisssaia pas encore cet auteur, mais je vous remercie pour cette analyse qui donne envie de le dlcouvrir...Muriel

Daniel Fattore 01/02/2009 19:32


Il tient un blog à l'adresse suivante: http://georges-flipo-auteur.over-blog.com - cela vous permettra de vous faire une idée de l'auteur et
de ce qu'il écrit. Et je vous recommande ses textes!


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