Fattorius
Passez également me voir sous http://www.fattore.com
Rappel des faits: vous avez passé les deux semaines qui
viennent de s'écouler à boire d'excellents breuvages rouges ou blancs, volontiers rehaussés de bulles, à l'instar de nombreux ménages (la très peu bourgeoise Clémentine Autain en témoigne sur
son blog, à titre d'exemple). Peut-être
avez-vous osé les liquoreux, les bourgognes ou les bordeaux capiteux, voire des friandises plus fortes encore. On croit que ça dessoiffe... alors qu'en fait, ça donne soif!
C'est là qu'arrive une polémique qui a commencé à éclater dans la presse l'an dernier, mais dont la teneur me semble assez évidente depuis belle lurette: pourquoi claquer des fortunes en eau
minérale alors que l'eau du robinet est tout aussi bonne? Par souci de sa santé? Argument vacillant. Par simple gourmandise, alors?
La question avait été abordée en termes fort détaillés par le journal genevois "Le Temps" en été 2008. Boire de l'eau en bouteille, c'est finalement, selon lui, une aberration écologique, tant il
est vrai, en tout cas sous nos latitudes, que l'hygiène de l'eau du robinet est irréprochable et constamment surveillée; de l'autre côté, le transport et l'exploitation d'eaux en bouteilles est
onéreux à tous points de vue (transport, prix pour le consommateur, élimination ou recyclage des bouteilles, etc.). Cela m'a rappelé mon vieux professeur de chimie, qui nous disait que l'eau de
Charmey vaut bien celle d'Evian - et précisait dans la foulée le sens de l'adjectif "acratopège", dont de nombreuses eaux minérales se gargarisent. Tout cela pour dire que les chiens sont lâchés
face à des eaux vendues à un prix largement surfait, venant parfois de loin - d'où un bilan écologique déplorable à plus d'un titre, ce que suggère d'ores et déjà le bon sens.
Mais de telles attaques ne sauraient laisser de marbre les acteurs du marché des eaux minérales... et Peter Brabeck, grand patron de Nestlé (qui possède entre autres Perrier), amène
justement sa goutte d'eau au débat, sous la forme d'une intervention dans le magazine familial suisse "L'Illustré". La teneur de son discours? Elle est double: d'une part, le réseau qui permet de
remplir votre verre au moyen du robinet d'eau courante engendre des déperditions supérieures à celui qui permet de remplir ses bouteilles. D'autre part, l'eau du robinet est beaucoup trop bon
marché, à son avis... L'homme parvient donc à défendre son métier en utilisant les arguments mêmes de ses détracteurs.
Discutable, tout ça, à mon avis! Prenons le premier argument: certes, toutes les conduites ne sont pas parfaites; mais l'eau qui se perd ne réintègre-t-elle pas le circuit, sous forme de
vapeur, puis de pluie? Quant au second, il suffit de consulter sa facture d'eau pour en juger... ou penser à ceux qui, dans le monde, ne peuvent se payer un simple verre d'eau propre du
robinet, par suite d'une gestion malencontreuse de ce bien par l'Etat ou par des privés. Vendre l'eau au prix du supercarburant, comme semblent le suggérer les chiffres que Peter Brabeck avance,
reviendrait à mon avis à assoiffer définitivement une bonne partie de notre globe. Et, accessoirement, à faire péter notre économie déjà bien chahutée.
Y'a de l'action, donc! Et que répondre aux militants des fontaines à eau dans les entreprises? J'ai personnellement la chance d'avoir un bureau à côté des toilettes, ce qui me permet d'aller me
verser mon demi-litre d'eau quand j'en ai envie, sans frais pour le service. C'est du reste le cas de pas mal de monde dans les administrations; si le robinet est un peu plus loin, tant mieux: ça
fait de l'exercice. Cela, sans compter que l'entretien d'une fontaine à eau est onéreux et pas idéal d'un point de vue énergétique (refroidir de l'eau, est-ce bon pour la santé? et
l'environnement? les installations sont-elles vraiment optimales de ce point de vue?)
Certains me trouveront peut-être un peu ayatollah de l'écologie sur ce coup-ci; loin de moi l'idée de l'être! Simplement, mon bon sens me dit que mieux vaut ouvrir le robinet d'eau courante pour
se désaltérer, en tout cas dans nos pays d'Europe occidentale ou d'Amérique du Nord - surtout si l'eau courante n'est pas chlorée. Mais au fond, à quoi bon la chlorer? Et vous, quelles eaux
privilégiez-vous?
P. S. : l'adjectif "acratopège" signifie "sans propriétés particulières".
P. P. S. : sur le sujet de l'eau, il faudra vraiment que je lise Erik Orsenna...
Photo: Flickr.com/Andrew Kung Photography
Lisabuzz.com parle de Fattorius :
"Tantôt drôles, tantôt émouvants, toujours enrichissants, les posts écrits par Daniel Fattore font du blog Fattorius un grand espoir du web de demain. Il s agit, parait-il, du blog dont les lecteurs disposent
du QI le plus élevé. Cela ne m'étonnerait pas. Pourvu que Daniel Fattore ne s'arrête jamais de nous régaler ! signé http://blog.lisabuzz.com"
Heureux de vous offrir un peu de fraîcheur en plein hiver... ;-) Merci de votre lecture attentive! Chez nous aussi, l'eau du robinet est bonne, ce qui n'est pas à déplorer.
Quant au calcaire, j'ai eu vu cela même à Fribourg. Est-ce dommageable pour la santé?
Enfin, l'eau de Charmey, que j'évoque dans mon papier, est aussi de l'eau de source... disponible au robinet dans le sud du canton! Charmey a par ailleurs ouvert, il y a un peu plus d'un an, un centre thermal pas mal du tout pour mettre cela en valeur.
Babelio? Cette fois, je me suis penché sur le grec ancien! Je dois avouer que je ne me sens pas attiré par Erik Orsenna - sans doute un préjugé mal placé. Il faudra que j'y remédie. Qu'as-tu lu dans le cadre de l'opération?
L'air en boîte? Espérons ne jamais devoir vivre ça...
Happy New Year à toi et à Mary Dollinger, et merci de ta visite!
Quant au Perrier, j'en ai eu bu aussi - mais cela fait longtemps, même si je l'apprécie quand il n'y a rien d'autre qui ne soit pas alcoolisé, ce qui peut arriver dans certains établissements. L'eau, c'est quand même ce qui désaltère le mieux!
Je sens que je vais craquer pour Orsenna un de ces quatre matins... Jusqu'à nouvel avis, c'est le cadet de l'Académie française! Ce qui ne l'empêche pas d'avoir largement l'âge de la retraite...
Je n'ai pas l'impression que l'eau de ma région est chlorée - ou si peu. Je me souviens en revanche de malaises mémorables dans des pays où l'eau l'est indubitablement (Tunisie, Russie, entre autres); mais puisque vous soulevez la question, je vais aller prendre mes renseignements sur l'eau que j'ai au robinet - là où je vis et là où je travaille.
Dans la foulée, il serait aussi intéressant de savoir tout ce qu'on trouve dans l'eau dite "pure" qu'on boit, en bouteille ou au robinet. Des médecins catholiques ont ressorti le vieux marronnier qui dit que les substances actives de la pilule contraceptive se retrouvent dans l'eau; et apparemment, il n'y a de loin pas que ça...
L'eau qu'on trouve au robinet est effectivement très contrôlée - donc pas trop de souci, si ce n'est du côté des pollutions induites par des médicaments dont les substances actives se retrouvent dans l'eau courante car elles ne sont pas nettoyées par les stations d'épuration. Tout cela mène loin...