Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 21:45

De la vraie lecture de vacances, rafraîchissante, riche en aventures, dramatique, complètement folle, parfois héroïque, instructive souvent, et profondément humaine quand même. Pensez-vous que je vais vous parler du dernier pavé d'Umberto Eco? Non. Certes, le propos de "Le pire voyage au monde", d'Apsley Cherry-Garrard, devrait rafraîchir vos vacances de plage. Mais il a quelque chose de plus sérieux, de plus profond, qui devrait séduire le lecteur aguerri qui ne se contente pas du premier volume venu. Peut-être même vous fera-t-il trouver bien doux d'éventuels impondérables de vacances (valises perdues, coups d'Etat inopinés, trains en retard, grèves, etc.)

De quoi s'agit-il? "Le pire voyage au monde" relate l'épopée dramatique de l'expédition scientifique de Robert Falcon Scott en Antarctique, entre 1910 et 1913. Il a été rédigé par Apsley Cherry-Garrard, embarqué comme aide-scientifique alors que rien ne l'y prédisposait. Une petite dizaine d'années après les faits, Cherry-Garrard est prié d'écrire ce qui deviendra ce classique de la littérature de voyage, afin de relater l'aventure et de produire un document utile aux expéditions futures.

L'équipée aura joué de malchance de bout en bout, et aura souffert de choix techniques malheureux. Côté malchance, c'est la météo qui s'en mêle, capricieuse, jamais comme on la souhaiterait. Le lecteur notera que là-dedans, on se retrouve avec des pointes à moins soixante degrés; une température de 1,5°C paraît chaude, trop même puisqu'elle amollit la neige, rendant problématique le transport en traîneau. Traîneau? Cela m'amène aux questions techniques, bien détaillées: l'auteur évoque les déboires des traîneaux à moteur et des véhicules à chenilles, et les aléas de la traction humaine pour acheminer le matériel. Cela, sans oublier la comparaison des humeurs variables des chiens, mulets et poneys successivement utilisés pour les déplacements. A titre de comparaison, Roald Amundsen a emprunté un chemin plus efficace et recouru à la traction par chiens, ce qui lui a permis de faire la différence dans la course au Pôle Sud.

Ce témoignage n'oublie pas l'humain, cependant, et Apsley Cherry-Garrard est un excellent portraitiste de ses semblables. Chacun des membres de l'équipe est présenté de manière très personnelle, parfois au moyen d'anecdotes. Il recrée également une ambiance présentée comme fraternelle et très urbaine, comme il sied à des gentlemen qui n'ont jamais renoncé à une tasse de thé. Cela, sans oublier l'atmosphère des conférences organisées pour passer le temps dans les étendues solitaires et inhospitalières de l'Antarctique.

Inhospitalières, en effet... le lecteur doit s'attendre à lire ici une sorte de huis clos sans figurants autres que les pionniers. La faune est décrite avec soin; mais elle n'occupe pas toujours la même présence. Place donc à des décors rendus impressionnants par la verve de l'auteur, qui en analyse également les réactions: la glace vit, bouge, se déplace, donnant du fil à retordre à des voyageurs sans cesse obligés de remettre en question les itinéraires choisis.

Enfin, pour ne rien gâcher, l'ouvrage est illustré des photographies de l'expédition, ainsi que d'aquarelles de Wilson, membre de l'équipe, décédé lors de son retour du Pôle Sud, plus ou moins en même temps que Robert Falcon Scott. Tous sont restés bloqués par le blizzard, à court de provisions, alors que l'entrepôt le plus proche se trouvait à une vingtaine de kilomètres... soit une journée de parcours dans de bonnes conditions.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Dominique 28/12/2009 10:47


La lecture du billet me confirme dans l'envie de lire ce livre, un petit saut sur les éditions Paulsen m'avait déjà bien attirée


Daniel Fattore 28/12/2009 23:11


Ah oui, c'est du tout bon!
J'ai par ailleurs exploré le site des éditions Paulsen; il y a des choses géniales et rares là-dedans. J'en ai d'ores et déjà acheté un autre, sur l'Antarctique également... affaire à suivre!


liliba 07/01/2009 21:59

J'ai froid rien que de te lire !!! d'autant plus que la chaudière est cassée et qu'il fait 11° dans mon salon, je suis presque prête pour partir moi aussi en voyage !!!

Daniel Fattore 07/01/2009 22:07


Onze degrés... à la tribune des grandes orgues de Morlon, il arrive que je travaille avec treize degrés! Le froid est vraiment un compagnon de route ces temps-ci.
Note par ailleurs que dans ce livre, les pionniers préfèrent souvent un bon froid à une chaleur trop forte qui rend la glace imprévisible et molle.


liliba 31/12/2008 15:39

Bonne année 2009 !
Au plaisir de revenir te lire souvent... (j'ai du retard !)
bizz
liliba

Daniel Fattore 31/12/2008 17:39


Merci, pareillement! Bonne et heureuse année!


Marc Lefrançois 30/12/2008 22:44

Bonjour. Je viens de parcourir avec intérêt votre blog. En fait je l'ai un peu survolé car en ce moment je suis pas mal occupé, mais j'y reviendrais. J'ai pu voir que nous avions une passion commune. Je suis un passionné de littérature. Je vis maintenant de ma plume et afin de partager ma passion et de me faire connaître, je viens de créer un blog littéraire où je raconte mon cheminement dans le monde des lettres: Journal d'un écrivain. C'est la raison pour laquelle je me permets de vous demander s'il serait possible de mettre un lien vers mon blog: http://www.marclefrancois.net/
Si vous souhaitez la réciproque, il suffit de me le demander par mail ou dans les commentaires de mes articles...
Merci et peut-être à bientôt
Marc

Daniel Fattore 31/12/2008 17:41


Merci de votre visite, et bonne année à vous!
Je m'en vais glisser immédiatement un lien de mon blog vers le vôtre, et apprécierais un lien réciproque! A bientôt, et bonne chance dans vos projets.


Alex des Couassous 30/12/2008 08:56

A lire en hiver, ou par un été très chaud !

Daniel Fattore 31/12/2008 17:39


En effet! J'ai quant à moi choisi de le lire en plein hiver... et en pleine crève. Ca ne soigne pas, mais c'est du bon à lire quand même.


Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.