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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 15:25

Il arrive que de tout petits livres discrets, presque des nouvelles, vous étonnent par leur force d'évocation poétique et par le travail d'imagerie qu'on y trouve, derrière une trame apparemment anodine. "Très cordialement", premier roman traduit en français de l'Italien Andrea Bajani, est de ceux-là. Découpé en chapitres brefs, il constitue un excellent moment de lecture sur une centaine de pages aux arômes tragi-comiques sur fond de licenciements à la fois massifs et nécessairement personnalisés.

Nécessairement, en effet: face à la mort, chacun est seul, et l'auteur utilise la métaphore de la mort pour désigner l'interruption des rapports de travail - et vice versa. Le directeur commercial connaîtra les deux événements dans l'espace du récit; c'est du reste sur son départ que l'histoire s'ouvre. Un départ qui sent le sapin plusieurs semaines avant le renvoi effectif; et cette odeur poursuit tous ceux qui, tôt ou tard, feront partie des charrettes de personnes licenciées. La mort est lente dans les deux cas: analyse d'un poste avant sa suppression, décès par cirrhose après une greffe du foie manquée.

Les hommages ne manquent pas pour les personnes qui partent - hommages dont on se fiche, un peu comme du confort du défunt placé dans un cercueil. En particulier, on voit revenir régulièrement des caisses de champagne, servant aux pots d'adieu. L'idée d'écrire des lettres types aux personnes renvoyées est très vite impopulaire, à telle enseigne qu'on revient à l'ancien système... et que c'est le narrateur, rapidement surnommé "Killer" (p. 34), qui se met à écrire les lettres de licenciement. Des lettres qui sonnent comme des rubriques nécrologiques, faisant l'éloge du défunt, pardon: du collaborateur en partance.

A partir de là, c'est un autre thème qui est également développé dans ce roman. De même que les hommages au défunt ont toujours un petit quelque chose de contraint et d'hypocrite, Andrea Bajani parvient à mettre en évidence toute l'hypocrisie d'une certaine pratique des ressources humaines. Cela se constate aux exemples précités, mais aussi à la construction d'un terrain de tennis afin que le personnel puisse se défouler pour être heureux... ce qui n'a pas empêché l'entreprise de plafonner les salaires du personnel. Cela, sans compter que le directeur des ressources humaines, à la façon d'un colon, se mêle d'aller donner des leçons de management au Brésil. Enfin, les lettres de licenciement réalisent un tour de force: faire croire au collaborateur que c'est l'entreprise qui souffre le plus de son départ. Dans ce sens, reprises in extenso, elles constituent toutes des chefs-d'oeuvre d'ironie grinçante qui se terminent toutes par la phrase rituelle "Très cordialement" - d'où le titre.

Un livre à aimer, donc, peut-être un peu oublié par les critiques. Mais vous, lecteurs assidus, vous allez vous en souvenir...

Andrea Bajani, Très cordialement, Paris, Panama, 2005. Traduction de Vincent Raynaud.    

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commentaires

view more 19/09/2014 14:04

I always wondered about this. I think it is better to use the modern technologies for our aid. But you will be king our great tradition at the same time. It is really a confusing matter. But you have to care for the kids and make their future a bright one.

Cécile de Quoi de 9 24/12/2008 12:13

de rien, de rien... mais quand m'as-tu envoyé l'ascenseur ? Je suis curieuse de voir le message car il m'a échappé. :o)
Bon Noël et bon bloggounage !!

Daniel Fattore 26/12/2008 21:03


... je ne t'ai pas encore envoyé l'ascenseur, en effet... mais je vais glisser un lien vers ton blog illico, dans la blogroll.
Merci de tes voeux - joyeux Noël à toi, avec un peu de retard, et bonne année, avec un peu d'avance.


Cécile de Quoide9 22/12/2008 12:42

Je parle de ce message chez moi aujourd'hui avec renvoi vers le blog d'origine (ici donc).

Daniel Fattore 23/12/2008 21:29


Merci pour le renvoi d'ascenseur!


Cécile de Quoide9 17/12/2008 16:09

présentation : il y a toujours la possibilité de faire un copié-collé d'un texte de blog et de l'enregistrer sous word par exemple avec la taille de police et la couleur souhaitée... Quant au livre, il me fait saliver...
P.S. : je ne fais pas (trop) de fottes daurrettograff non plus et mon bloggounet chéri est rédigé en noir sur fond blanc. ;o)

Daniel Fattore 17/12/2008 21:31


Effectivement, c'est une manière de faire. Je crois que pour le moment, cependant, je vais conserver mes couleurs actuelles.
Merci de votre passage!


Thaïs 15/12/2008 11:32

@Terrienne : mais Daniel est champion d'orthographe ! j'ai appris grâce à lui qu'il y avait des championnats ! Je vous le dis car il est modeste... :-)

@Daniel :Ce livre que tu présentes me fait un peu penser à celui de Martin Suter "Business class" que je viens de terminer. Quelques nouvelles très brèves pour faire ressortir des traits de personnages dans le monde du travail.

Daniel Fattore 16/12/2008 22:44


Blush-blush!
Je vais noter la référence de Martin Suter: je le suis de loin parce qu'il est suisse, mais il est assez prolifique, donc je ne sais pas tout ce qu'il publie. Mais j'apprécie ses romans - donc
celui que tu mentionnes devrait m'intéresser également. Merci pour le tuyau!


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