Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 20:14

Si je vous parle des années 1950 et 1960 en littérature, à quoi allez-vous penser? Nouveau Roman, Saint-Germain-des-Prés, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, l'existentialisme, Françoise Sagan, Boris Vian peut-être... N'en jetez plus! Tout cela a un immense mérite, que je ne nierai en aucun cas, et surtout un indéniable rayonnement. On parle encore de la boîte historique du Tabou (où je me suis un peu ennuyé en 1992, mais c'est un autre chapitre), ainsi que de Mai 68. Mais de par leur rayonnement, ces éléments ont tendance à faire oublier qu'ailleurs, au Crillon par exemple, mais aussi à Vevey et à Chardonne, l'histoire de la littérature française se joue également. C'est ce que dit à son lecteur l'ouvrage "Le soufre et le moisi" de François Dufay, rédacteur en chef adjoint au "Point".

 

Son sujet? L'auteur se propose de retracer le parcours du groupe littéraire des "Hussards", emmenés par les "Grognards". Quelles désignations curieuses! Les "Grognards" sont, pour dire vrai, les écrivains Jacques Chardonne et Paul Morand. Autant vous l'avouer immédiatement: je n'ai rien lu d'eux, et suis conscient que c'est une lacune à combler sans délai... mais je suis particulièrement attaché à Paul Morand parce que l'une de ses demeures, le néogothique Château de l'Aile à Vevey, me fait rêver. Le bâtiment vient d'ailleurs d'être vendu au promoteur Bernd Grohe, pour quelques dizaines de milliers de francs et la promesse d'y effectuer des travaux de restauration pour plusieurs millions.

 

Foin de digressions: classés dans le camp des méchants à la fin de la Seconde guerre mondiale, Chardonne et Morand trouvent un refuge en Suisse - Chardonne est du reste un pseudonyme, copié du village de vignerons où il a élu domicile. Double exil doré sur les rives du Léman, mais aussi ostracisme pour des écrivains dont tout le monde a reconnu le savoir-faire autrefois. Alors, définitivement tricards, ces deux-là?

 

C'est mal connaître la jeune génération. Tour à tour, des écrivains tels que Roger Nimier, Antoine Blondin, Jacques Laurent, Michel Déon et même François Nourissier vont se placer dans leur sillage, les remettant soudain en valeur et leur donnant l'occasion de relancer leur carrière et de se refaire une beauté littéraire. Génial pour eux, inespéré même! Déon et Nourissier sont restés célèbres, et trônent à l'Académie française et chez les Goncourt. On rappellera qu'Antoine Blondin est resté connu pour son roman "Un singe en hiver", que Roger Nimier a donné son nom à un prix littéraire après s'être tué en voiture à la façon d'un James Dean, et que l'histoire retiendra, de l'Académicien Jacques Laurent, le pseudonyme de Cecil Saint-Laurent - dont il signe "Caroline Chérie". D'ici là, les relations entre ces auteurs sont faites de piques lancées à coups de fleuret plus ou moins moucheté, et nourries par une abondante correspondance dont le livre restitue d'amples reflets.

"Le soufre et le moisi" relate donc les heurs et les malheurs d'un petit cénacle d'écrivains, les caractères qui se frottent, les fortunes diverses des Hussards - jamais au tout premier plan, occultés qu'ils sont, bien souvent, par les mille feux de Saint-Germain-des-Prés, mais jamais totalement absents de la scène littéraire. Après avoir permis de faire découvrir des auteurs un peu oubliés, l'ouvrage s'achève sur l'intronisation tardive de l'octogénaire plus très alerte Paul Morand à l'Académie française - une intronisation qui ressemble, à bien des égards, à une momification du vivant de l'auteur. Pointent déjà, dans toute cette affaire, les figures de Jean d'Ormesson et de Jean Dutourd... mais c'est une autre histoire.

Photo du château de l'Aile: http://www.swisscastles.ch  

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Enzo 01/12/2008 20:24

C'est une idée, mais je préfaire mon système trinaire dit "de Coston". D'autant plus que l'on peut panacher :
socialste + libéraux : Blair
libétal + socialiste : la "droite" actuelle"
socialiste + nationaliste : fascisme ou national-bolchévisme
nationaliste + libéraux : Pinochet

Daniel Fattore 02/12/2008 22:56


Je m'en vais me renseigner à son sujet!
Mon système est aussi utilisé par Smartvote - sauf erreur sur http://www.smartvote.ch - qui est censé aider l'électeur suisse à trouver le candidat le plus
proche de ses aspirations, et a été fait de manière assez professionnelle et institutionnelle.


Enzo 01/12/2008 19:48

Le problème, c'es que le monde politique n'est pas binaire mais trinaire : socialistes, libéraux, nationalistes (ou populistes).

Quant à Amélie Poulain, c'est la gauche niaise et dégoulinante sans aucun doute, la gauche bobo.

Daniel Fattore 01/12/2008 20:21



Attention: il existe aussi un populisme de gauche: faire croire qu'un autre monde est possible, ici et maintenant, c'est du populisme aussi...

Pour faire simple, je préfère une lecture "quaternaire" de l'échiquier politique: gauche/droite sur l'axe horizontal, libéral/conservateur sur l'axe vertical. Vous placez ainsi la gauche
conservatrice (préserver les acquis sociaux - les syndicats, etc.), la gauche libérale (urbaine, vélibérée, aisée, etc.), la droite libérale (Sarkozy, les entrepreneurs) et la droite
conservatrice (réactionnaire, UDC en Suisse, FN en France, etc.)

Telle est par exemple la grille d'analyse du site suisse "Smartvote":

http://www.politis.ch/carnets/2007/11/05/smartvote-le-nouveau-profil-du-conseil-national/



Enzo 01/12/2008 18:48

Plus un nouveau écrivain de droiten'a été édité depuis 1984. En 1981, le ridau de fer s'est abattu sur la culture...

Daniel Fattore 01/12/2008 19:43



... sans compter que la jeune génération d'auteurs, même si elle est influencée par les idées ambiantes, n'est sans doute pas aussi politisée, engagée à gauche ou à droite, que du temps où
l'on prétendait que tout était politique.

Pour parler d'autres types de création, Amélie Poulain, de gauche ou de droite? Peut-être que le débat est devenu un peu vain: la gauche a compris ce que Thatcher voulait faire avec ses
mineurs, et la droite se met à avoir des idées sociales parce que ça profite aux entreprises... donc le débat s'est brouillé.



Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.