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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 20:15

On fête aujourd'hui l'anniversaire de Francis Scott Fitzgerald - cela fait cent douze ans que cet écrivain américain a vu le jour. Et, heureuse coïncidence, mes lectures m'ont amené, cette semaine, à le côtoyer un peu plus que de coutume. Après "Alabama Song" de Gilles Leroy, en effet, je me suis plongé dans le petit recueil "Une vie parfaite", publié dans la collection Folio à deux euros (soit quatre francs: l'euro est particulièrement cher dans les librairies suisses romandes).

Et c'est justement de cette nouvelle que j'aimerais vous parler ce soir - l'occasion est trop belle! Rappelons-en brièvement l'intrigue: héros d'un match de football américain, l'adolescent Basil Lee se voit sensibilisé à son rôle d'exemple moral. Il se prive donc de certains plaisirs de la vie (alcool, fumée, flirt) afin de mener une vie parfaite, et incite les autres à en faire autant. Cela n'a pas l'heur de plaire à tout le monde.

La nouvelle a quelques côtés autobiographiques puisque, comme Scott Fitzgerald, Basil Lee est un jeune homme de modeste origine qui étudie à Princeton. A partir de là, l'auteur parvient à donner un sens à une réalité, en écrivant une belle fable sur la difficulté d'être soi. Difficulté pour Basil, certes, qui se constitue un masque de père la pudeur, mais aussi pour le personnage de Jobena qui, dépitée, n'ose pas avouer à Basil Lee, qui ne la laisse pas insensible, qu'elle est déçue par son comportement vertueux. Difficulté également pour George Dorsey, qui l'invite pour Thanksgiving... presque à contrecoeur, sans oser décommander Basil Lee.

Difficulté d'être soi, donc. Mais aussi et surtout difficulté de se fabriquer un personnage et de l'assumer. Pour rendre l'exemple frappant, l'auteur choisit l'option la plus perfectionniste, la plus archétypale; mais la construction d'un soi rêvé est, peu ou prou, l'apanage de beaucoup de monde. Le masque de Basil Lee va toutefois évoluer, voire s'effriter, en trois temps, soit deux plus un. Le premier est naturellement constitué par la période précédant l'invitation de Thanksgiving, où Basil approche tout le monde pour émettre des remarques de comportement, auréolé qu'il se croit de son statut d'exemple. Le deuxième est constitué par la période passée chez les Dorsey, marquée par la rencontre avec Jobena. Il ne fait aucun doute que Basil est attiré par cette fille; mais, tenu par sa volonté d'être parfait, il oppose une fin de non-recevoir à toutes les approches de Jobena, y compris dans les circonstances les plus propices. A ce titre, la discussion entre Basil et Jobena, dans la pénombre d'un cab, est un exemple magistral de dialogue de sourds - de ceux de la pire espèce: ceux qui ne veulent pas entendre.

Ces deux étapes restent caractérisées par des approches verbales privilégiant la raison. Il faut que Basil découvre que Jobena veut partir avec un "débauché" du nom de Skiddy De Vinci pour qu'il se décide à agir - à conclure avec Jobena afin de lui éviter, justement, une fugue aventureuse avec De Vinci. Basil bascule alors du côté obscur, passionné de l'action en n'hésitant pas à faire boire son rival afin de le détourner de ses plans, trinquant même avec lui au besoin et, ce faisant, se distançant des principes qu'il prône. L'action porte ses fruits... C'est alors que Basil tombe le masque, condition essentielle à une relation amoureuse saine, comme celle qui naît entre Jobena et Basil, qui promet à sa bien-aimée de ne plus boire d'alcool... avant l'âge plancher légal de 21 ans.

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commentaires

Roxane 30/09/2008 16:50

En effet Daniel, comme tu l'as commenté sur mon blog, tu ne l'as pas raté ce F.S.Fitzgerald. :D
Ton article donne envie...Je me procurerai bientot ce roman.

A plus tard,

Roxane

Daniel Fattore 30/09/2008 20:44


A deux euros, ce n'est pas une affaire! Les textes qui y sont publiés sont extraits d'un recueil plus vaste intitulé "La Fêlure".
Heureux d'avoir pu te faire envie sur une lecture! J'ai moi-même passé là un bon moment. Donc fonce... c'est la saison.


Thaïs 25/09/2008 09:55

"une vie parfaite " ciel ce n'est pas pour moi :-) mais le thème m'attire et tu en parles bien !

Daniel Fattore 25/09/2008 23:17


Pas pour le personnage principal non plus, soit dit en passant! Sous des allures désinvoltes, cette nouvelle a de quoi interpeller. Et à deux euros, franchement... ;-) Merci de cette lecture
attentive!


Myriam Gallot 25/09/2008 09:44

Merci, Daniel, pour votre visite sur mon blog et vos commentaires. A mon tour de découvrir vos textes...et au plaisir de revenir!

Daniel Fattore 25/09/2008 23:18


Merci de votre passage! J'ai passé un bon moment sur votre blog - et je vais y revenir.


liliba 24/09/2008 21:50

Cela me tente bien, puisque ayant lu moi aussi Alabama Song, j'avais envie de relire quelques lignes de Fitzgerald.

Je tente ce soir de rattraper mon retard de lecture chez vous... Je vais essayer de venir plus régulièrement pour profiter pleinement de vos textes, et ne pas arriver à chaque fois la dernière dans les commentaires !

Daniel Fattore 24/09/2008 21:53


Vous êtes toujours la bienvenue!
Quant au petit recueil commenté, il coûte à peu près le prix d'une bière... pour un moment de lecture excellent. Encore une fois, bonne lecture!


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