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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 20:45

I can't believe I translated the WHOLE thing par banlon1964Je m'étais arrêté sur un article que Laurent Wolf a fait paraître dans "Le Temps" du 30 août dernier, sous le titre "La vie de toute la planète en direct des librairies". Il y aborde la question des traductions publiées dans le contexte de la rentrée littéraire, et commence presque par s'excuser: si la rentrée propose 210 traductions contre 466 livres écrits directement en français, le cahier culturel du jour commente 13 traductions et huit livres en français... soit une proportion non respectée.

Non respectée? L'homme considère que l'option retenue consistant à parler davantage des traductions que des romans en français se justifie parfaitement. Son argumentation est double: d'une part, l'édition en français produit pas mal de "déchets", donc de romans d'auteurs sans avenir, créateurs d'un, deux, trois textes, ainsi que de textes plus faibles d'auteurs reconnus, que l'éditeur n'aura pas suffisamment soignés. D'autre part, le texte traduit a en quelque sorte été sélectionné deux fois, la première par l'éditeur en langue originale, la seconde par l'éditeur qui défend sa traduction. Cela, pour le bénéfice d'un lecteur devenu voyageur en chambre.

A cela, cependant, j'aimerais répliquer, sur deux fronts.

Le premier tient au caractère "traître" du traducteur - un cliché qui a la vie dure, mais qu'on pourrait opposer à l'auteur du papier. Certes, le traducteur littéraire est tenu d'aller chercher les doubles, triples, quadruples fonds des textes sur lesquels il travaille. Mais est-il toujours en mesure de le faire? Le fait-il vraiment sur des textes a priori plus superficiels? Aborde-t-il "Le Journal de Bridget Jones" dans le même état d'esprit que "Siddharta"? "Le Journal" pourrait d'ailleurs lui poser un autre problème, celui de la transposition d'un humour pas toujours traduisible. Doit-on remplacer un gag plat étranger par un gag plat national? Rit-on des mêmes choses ici et ailleurs? Faut-il laisser perdre certains éléments, façon "Lost In Translation"? Afin de retrouver tout le sel qu'un auteur est capable de mettre dans un texte, certains lecteurs avertis et polyglottes préfèrent s'attaquer aux versions originales. D'autres, par déformation professionnelle, décèlent les faiblesses des livres traduits, ce qui les rend rebutants à leurs yeux.

Et ce qui est irremplaçable dans le texte d'origine, c'est justement... la plume de l'auteur, pure, non filtrée par un truchement, un intermédiaire qui, finalement, fait des choix à la place du lecteur. Or, pour reprendre un cliché, le style de l'auteur, "c'est l'homme". Pour tout auteur à ambitions littéraires, francophone ou autre, le style est crucial; on dit même que l'écrivain en français lui accorde une importance supérieure à la moyenne. Sera-t-il respecté ou recréé par le traducteur, dans toute la mesure souhaitable? Sans compter que le style, élément formel clé, constitue le complément indissociable du fond, l'un servant l'autre, le portant littéralement.

Pour le critique littéraire (puisqu'on parle de choix d'un responsable culturel dans un journal), cela revient à parler d'un livre dont il ignore l'un des éléments constitutifs majeurs... Il se retrouve obligé, souvent, soit de se rabattre sur des impressions, soit d'évoquer les thèmes abordés par l'ouvrage, voire de faire dans la paraphrase. Bref, de devoir changer d'angle, au risque de quitter le domaine littéraire le plus strict.

Faut-il donc vraiment se priver de cela? Je ne proposerai pas de publier, dans une presse francophone s'adressant à un public francophone, des critiques d'ouvrages écrites sur la base des versions originales. Mais pourquoi ne pas rétablir un peu l'équilibre vers davantage de textes produits en français, qu'ils soient édités par le plus grand des éditeurs germanopratins ou par le plus discret des artisans de Suisse? Ceux-ci recèlent de nombreuses perles et découvertes aussi.

Article disponible sur
http://www.letemps.ch... contre paiement, hélas!  
Photo: flickr.com/banlon1964

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commentaires

L
Souvent, effectivement, on incrimine ou l'auteur ou le traducteur (plus souvent le traducteur) pour un texte mal écrit... Malheureusement, il nous faudrait au moins tous pouvoir lire couramment l'anglais...

Impressionnée lors de ma lecture des Harry Potter par la traduction justement : les jeux de mots, expressions, noms des personnages sont bien traduits de l'anglais, mais tellement drôles dans notre langue ! A mon avis, une belle réussite !
D

Il y a effectivement de belles adaptations! J'ai discuté, vendredi dernier, avec des lecteurs de Terry Pratchett qui se disent étonnés de ce que les traducteurs en ont fait, et des tours de force
(allant jusqu'à l'adaptation à la mentalité francophone/française) que cela implique. En revanche, je n'ai pas encore ouvert un seul Harry Potter: au début, je me disais que je les prendrais
tous une fois qu'ils seraient tous parus; et à présent que tout est là, cela ne m'attire plus vraiment. Un jour, peut-être...?


Y
les traductions posent effectivement le problème du style et de la fidélité à l'auteur d'origine mais en même temps elle nous permette d'aborder des textes qui resteraient hors de portée sans cela, je peux lire un peu en anglais mais ça 'arrête là :-)
D'un autre côté quand on parle d'une vingtaine de critiques pour près de 700 livres parus, j'ai peur que toute explication frise la justification devant des choix forcément arbitraires ?
D

Là est le problème, effectivement - et ce qui fait que l'exercice de la traduction est malgré tout nécessaire. Pas mal de monde parle allemand ou anglais, mais quid du letton, du chinois, de
l'afrikaans ou d'autres idiomes méconnus? Mais un journaliste ne peut pas aborder une traduction de la même manière qu'un original.

D'un autre côté, le journal ne commentait certes qu'une vingtaine d'ouvrages cette semaine-là; mais il a remis ça depuis. L'arbitraire? J'ai eu rédigé des critiques de livres pour des journaux
locaux; on me demandait souvent de choisir dans la PAC (pile à critiquer) de la rédaction, en me guidant à peine (une fois, on m'a encouragé à prendre des livres édités en Suisse). Le
choix s'est donc fait selon mes affinités, non selon un (illusoire) ordre des priorités. 


T
Merci Daniel pour la visite qui j'espère se renouvellera!
Je lie nos blogs n'estce pas?

A très bientôt

Teaki
http://www.teaki.net
D

Ce sera avec plaisir! Dans l'immédiat, je viens de glisser un lien de mon blog vers le vôtre. Merci de voter visite - qui, je l'espère également, se renouvellera.


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