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11 août 2008 1 11 /08 /août /2008 21:46

Gauche, droite? Je ne tiens guère à ce que ce blog soit en quelque manière politisé, même si celles et ceux qui me lisent ont sans doute subodoré de quel côté mon bulletin de vote balance (quoique...). Ce préambule pour annoncer l'ouvrage que j'ai terminé hier soir, "La face cachée de Reporters sans frontières", signé Maxime Vivas.

Reporters sans frontières? C'est cette organisation non gouvernementale qui épingle un peu partout des affiches où l'on voit des anneaux olympiques en forme de menottes. Joli coup, me diront certains - mais l'ouvrage de M. Vivas donne à réfléchir au sujet de l'organisation de Robert Ménard. C'est sans doute son principal mérite.

Quelle est, en effet, la thèse de l'auteur? Reporters sans frontières (RSF) lutte pour la liberté de la presse un peu partout dans le monde... mais dans certains pays plus que d'autres. L'auteur dévoile par exemple que RSF n'agit pas du tout en France, par crainte de se mettre à dos les grands groupes (on pense à Dassault pour Le Figaro, mais aussi à Rothschild pour Libération) propriétaires des non moins grands journaux français... de peur de faire fuir des sponsors potentiels. L'autre grand pan de la démonstration de Maxime Vivas est que l'organisation, financée par la CIA sans oser l'avouer, se montre particulièrement clémente lorsque les intérêts des Etats-Unis sont en jeu. L'auteur a du reste établi que la CIA finançait RSF par sociétés interposées.

La démonstration s'appuie sur les exemples du Venezuela de Hugo Chavez, de Cuba (où règne encore Fidel Castro, au moment où l'ouvrage est écrit), et de la Serbie (qu'on a, c'est vrai, trop vilipendée dans le sillage des guerres de Yougoslavie). L'auteur use de chapitres de longueurs variables, allant de la simple (et pauvre) juxtaposition de deux articles contradictoires (chapitre IX) à l'analyse plus fouillée, s'étendant sur un chapitre bien développé, voire sur plusieurs d'entre eux (cas de  Nestor Baguer). En homme complet, Maxime Vivas conclut son exposé par une critique pointue du classement que RSF établit chaque année des pays les plus (et les moins) respectueux des droits de la presse.

Reste que du début à la fin, on sent que l'auteur n'est pas d'une neutralité au-dessus de tout soupçon, alors qu'on est en droit d'attendre cela (et que Maxime Vivas l'attend effectivement de RSF!) de la part de toute personne faisant oeuvre de journalisme d'information. On le sent en particulier très en froid avec le gouvernement Bush et avec les Etats-Unis (qu'il qualifie volontiers d'Empire, avec un E majuscule), et désireux d'excuser à sa manière les régimes de Fidel Castro et de Hugo Chavez - certes respectueux de la liberté d'expression selon l'auteur... mais de quoi d'autre? Il n'en est pas question - et c'est normal, car cela sortirait du propos. Enfin, le livre ne dit rien de ce que RSF fait ailleurs, avec peut-être des résultats moins discutables.

Que retirer, donc, de cette lecture? "La Face cachée de Reporters sans frontières" ne doit en aucun cas être jeté aux orties, en dépit des faiblesses et partis pris exposés. L'ouvrage de Maxime Vivas a, à mon avis, le mérite d'exister, un mérite essentiel en matière de journalisme: en génral, en effet, qui s'amuse à aller mener l'enquête auprès de ceux qui, par métier, mènent l'enquête? Un ouvrage utile et actuel, donc; reste à produire LE livre "neutre" sur RSF.

Et dans le même genre, je renvoie les amateurs d'histoires de journalistes croustillantes à "La Face cachée du Monde" de Pierre Péan et Philippe Cohen. A part que là, il faudra faire les bouquinistes parce qu'à la suite d'un jugement, ce pavé ne sera pas réédité.

Maxime Vivas, La Face cachée de Reporters sans frontières, Bruxelles, Aden, 2007.
Le site de RSF: http://www.rsf.org

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commentaires

Yv 20/08/2008 14:54

C'est tout le problème de ce genre d'ouvrages. Ils tapent sur la tête de la personne ou de l'organisme dont ils "s'occupent", souvent à charge et rarement à décharge, ce qui, à mon avis, moindrit leur propos. Ce qui fait que certaines de leurs affirmations avérées peuvent paraître comme de la pure invention. Comme je le disais pour un autre livre " Trop de critique systématique tue la critique !"

Daniel Fattore 20/08/2008 23:06


Il n'y a certes pas grand-chose de franchement incroyable dans cet ouvrage; mais le fait de mettre en avant les plans foireux de l'organisation occulte ce qu'elle peut faire de bien par ailleurs,
et fausser la perspective. Un tel ouvrage démontre un bel esprit critique, mais enfin... on est assez d'accord: trop de critique, ça devient de la chasse aux sorcières. 
Merci de votre passage! Je vais aller explorer votre propre blog incessamment. 


Thaïs 12/08/2008 20:43

Ah oui Hugo Chavez et la liberté d'expression...
c'est dommage cette collusion entre financiers/politiques et des associations du type RSF car cela décrédibilise certaines actions pourtant utiles...car RSF se bat bien dans certains pays notamment africains pour faire sortir certains journalistes de prison.

Daniel Fattore 12/08/2008 20:53


Effectivement - mais d'après ce livre, c'est comme par hasard des lieux où les Etats-Unis n'ont guère d'intérêts. Mais encore une fois: j'aurais aimé avoir une enquête non seulement à charge, mais
aussi à décharge. J'imagine sans peine que RSF a aussi fait du bien - sans quoi elle n'existerait plus aujourd'hui. Or, cela n'apparaît pas du tout dans "La face cachée de RSF".


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