Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 juillet 2008 1 28 /07 /juillet /2008 21:51

J'éviterai de mentionner qui que ce soit de réel dans ce billet, même si le terme de "wannabe" peut faire penser à quelqu'un qu'on connaît dans notre entourage - tant il est vrai qu'en France ou ailleurs, tout un chacun cache un manuscrit dans ses tiroirs, reliquat d'adolescence ou fruit de loisirs passés au clavier.

Là, cependant, c'est du sérieux. Sérieux? On pourrait en douter en voyant la couverture de "92 jours", roman ou grosse nouvelle signée Larry Brown, publiée chez Folio et commercialisé au prix mirobolant de deux euros. D'emblée, je vous préviens: si vous investissez là-dedans, vous êtes gagnant. Parole d'investisseur...

A quel récit avons-nous affaire? Il y a quelque chose de trompeur, de déceptif dans cette histoire. Leon Barlow est un écrivain sans éditeur domicilié quelque part dans le Sud profond des Etats-Unis, là où les moeurs sont rudes et où la bière est fraîche et descend toute seule. Un détail qui a son importance, puisque Barlow en éponge des litres. Est-ce pour s'inspirer? Est-ce pour se donner du courage, pour s'offrir une sensation de sécurité? Tout cela à la fois. Larry Brown met dans la bouche de son narrateur tout ce que l'alcoolisme promet, sans forcément tenir, avec un talent certain - genre "allez, encore une, ça ne fera pas de mal", ou les calculs dérisoires du narrateur, soucieux de savoir si boire une bière alors qu'il est en prison, ça va se voir (l'auteur parvient à créer les circonstances qui font que c'est possible). Trompeur, le breuvage...

N'y a-t-il que cela de trompeur? Petit rappel: Leon Barlow est donc un wannabe ou, en bon français, un auteur qui recherche désespérément un éditeur pour ses nouvelles. Il vise essentiellement les revues... et collectionne les lettres de refus. Contrairement à ce qui semble être la règle en France, les lettres qu'il reçoit sont souvent personnalisées et, si elles ne le sont pas, l'éditeur ou l'agent approché s'en excuse. Dès lors, le lecteur, dans un élan d'empathie justifié, va se demander si Barlow va, enfin, placer une de ses nouvelles. Or, n'importe qui parmi vous, s'il a tenté d'envoyer ses écrits à Gallimard ou à d'autres, sait qu'il faut plus que le temps d'une lecture de roman pour s'introduire dans la forteresse... je vous laisse donc deviner la fin, sachant qu'elle est cruellement réaliste.

La lettre de refus personnalisée, ressort du récit, peut également être perçue comme la preuve qu'on a affaire à un narrateur écrivain doté d'un indéniable talent, un talent qui n'a pour seul défaut que de n'être pas au bon endroit au bon moment. Question de circonstances... Pour l'écrivain, elle est également un piège, dans lequel Leon Barlow va foncer tête baissée en renvoyant un autre texte à une certaine Betti Deloreo tout en cherchant à s'imaginer à quoi elle ressemble. Va-t-il la convaincre, la séduire même? Est-il lui-même convaincu? Là encore, réalisme cruel.

L'auteur sait également tromper son lecteur en glissant Lynn, une jolie barmaid, dans les pattes de Leon Barlow. Si vous m'avez lu jusqu'ici, vous devinez ce qu'il en adviendra... à savoir rien du tout, pas même une tentative d'approche.

On peut également évoquer le quotidien de l'écrivain, entre une ex-femme qui le pressure à fond pour obtenir sa pension alimentaire, un certain Monroe qui l'engage pour des travaux de peinture peu reluisants mais lucratifs qui permettent au narrateur d'avancer, le décès de la fille du narrateur, ou son oncle qui n'hésite pas à vendre deux de ses vaches pour qu'il ait un peu d'argent devant lui. Sous la plume de l'écrivain, cependant, tout cela prend un tour presque anecdotique, l'essentiel étant représenté par les vicissitudes de Leon Barlow écrivain, en tant que tel. Le rendu est finalement sobre, et donne l'impression d'une action quasi inexistante - peut-être parce que perçue comme telle par le narrateur, ou peut-être, simplement, parce que la vie, c'est comme ça.

Allez-y, ça ne coûte pas cher et c'est un bon moment.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Cynthia 18/10/2009 22:32


On ne sait jamais ;)


Daniel Fattore 19/10/2009 22:19


En effet!


Cynthia 18/10/2009 20:43


La belge que je suis ne saurait dire le contraire ^^


Daniel Fattore 18/10/2009 21:16


... au plaisir d'en partager une un jour, si ça se présente!


Cynthia 15/10/2009 14:53


Noté ;)


Daniel Fattore 18/10/2009 20:42


Un joli petit livre! Bonne lecture donc.
Ah - et avouez que la couverture donne soif...


ecaterina 29/07/2008 20:22

Sourire. Vous savez donner envie de lire un livre !
Je pars demain en vacances pas françaises, mais je le commande dès mon retour...
à bientôt,

Daniel Fattore 29/07/2008 21:14


Merci de votre visite!
C'est un petit livre qui se lit bien, en effet! J'aurais plaisir à avoir votre propre avis sur votre lecture.
Pas cher, sympa, prend peu de place, se lit bien - que demander de plus, en effet!?


Aliénor 29/07/2008 15:50

2 Euros... même pas le prix d'une bière au bar, non ?

Daniel Fattore 29/07/2008 21:13


En effet! Et puis, c'est plus sain et ça dure plus longtemps... ;-)


Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.