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26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 18:32

Il paraît que le monde littérairess actuel sécrète des auteurs incontournables. Il paraît aussi qu'Anna Gavalda est désormais de ceux-là. Qu'en dire? Je viens de terminer "Ensemble, c'est tout" et, sans pouvoir franchement détester, je reste un peu perplexe, comme face à une mayonnaise qui, en dépit d'ingrédients de première qualité, peine à prendre.

Avant tout, petit rappel de ma relation avec Anna Gavalda, si j'ose ainsi m'exprimer: j'avais bien aimé son recueil de nouvelles "J'aimerais que quelqu'un m'attende quelque part", fort agréables, bien tournées, et tout et tout. Et l'été dernier, je suis allé voir le film "Ensemble, c'est tout", qui m'a paru vraiment sympa - ça donne envie de lire le livre, de retrouver les frondaisons et la bonne chère. On imagine l'auteur en train de s'amuser à faire évoluer ses personnages, à mettre des chicanes dans leur parcours afin qu'enfin, ils se retrouvent. Ludique, quoi.

Et il y a quelques mois, j'ai trouvé le livre, dans une édition cartonnée et revêtue de vert - un joli livre, au prix d'un poche. Embarqué... La lecture tient pas mal de ses promesses, il faut le dire. C'est un ouvrage efficace, un peu à la manière américaine: plein de dialogues, et surtout des chapitres courts qui permettent au lecteur de se reposer au fil des 574 pages du récit. Cela, sans compter les petites interruptions dans le récit, signalées par des blancs. Le style est fluide, tout devrait marcher comme sur des roulettes...

... et pourtant, il manque quelque chose, un peu d'épaisseur ou de profondeur peut-être - non, ne me flinguez pas! Les dialogues sont nombreux, je l'ai dit - un peu trop peut-être, au risque de l'abus. Bien torchés, cela dit, les dialogues: chaque personnage a vraiment sa voix: vulgaire et primaire pour Franck (combien de fois dit-il "faire" en page 340, d'ailleurs? Là, j'ai trouvé faible - ailleurs, ça marche mieux), tentée par le raffinement pour Philibert, teintée d'accent pour Mamadou... J'ai davantage pu me faire une idée de chacun, dans ce quatuor déglingué, d'après le film, qui a donné beaucoup de chair à l'histoire, naturellement. Ou peut-être n'ai-je pas apprécié le fait que cette épaisseur vienne petit à petit, alors qu'on la ressent d'emblée dans des ouvrages tels que "Autant en emporte le vent" - trois fois plus gros, certes - ou, dans un autre registre, "La Piqûre" de Marie-Christine Buffat.

Il y a aussi autre chose: le style m'a certes paru fluide et rapide, le genre qui vous accroche; mais l'utilisation régulière de termes qui veulent faire "jeune" ou "grossier" au détour d'une phrase m'a paru sonner faux. Drôle d'ideé aussi, pour l'auteur, d'intervenir parfois dans son récit - au chapitre 1 de la quatrième partie, par exemple. Et cette manière de souligner lourdement les gags par des points de suspension, puis de redire en prose ce que l'auteur fait déjà passer dans les dialogues... Enfin, il y a aussi cet aspect "Amélie Poulain" qui émane de Camille - je ne le dis pas parce que c'est Audrey Tautou qui tient le rôle de Camille au cinéma, mais bien parce qu'on a l'impression qu'elle veut faire le bien autour d'elle. Un rapprochement qu'on pourrait être tenté de considérer comme voulu: le DVD d'Amélie Poulain fait partie des accessoires du roman, même si on ignore s'il n'y a pas un film de cul dans la pochette...

Amélie Poulain, c'est aussi le goût des petites choses - encore un point commun avec "Ensemble, c'est tout", où chacun se contente souvent de choses simples: être ensemble, boire un verre de vin, partager une cigarette, visiter une grand-mère, travailler même. Depuis Francis Ponge (donc Jean Grosjean, superbe poète) et surtout depuis "La première gorgée de bière" de Philippe Delerm (que je n'ai pas lu, à ma grande honte!), il me semble que c'est devenu une lame de fond. Mais à quand le roman d'une grande cause? Anna Gavalda met en scène des anti-héros consommés et fiers de l'être, si j'ose ainsi dire.

Une drôle de cuisine, donc! Un peu comme celle de La Coupole, genre "c'est l'usine, mais c'est bon" (comme dit quelque part)? Le plat est en tout cas rehaussé par de nombreuses petites histoires que s'échangent les personnages afin de mieux se connaître - un peu comme un plat farci. C'est sans doute là l'une des belles et plus fortes réussites de ce gros roman, qui se développe ainsi en un kaléidoscope aux multiples facettes.

Anna Gavalda, Ensemble, c'est tout, Paris, J'ai Lu, 2007.
Image: affiche du film.

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commentaires

Mélusine 29/06/2010 19:49


Ceci explique peut-être cela...comme tu avais vu le film avant de lire le livre, les émotions étaient moindre...


Daniel Fattore 29/06/2010 20:02



... ou différentes, en effet. Par ailleurs, j'avais lu, non sans plaisir, son premier recueil de nouvelles, "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part": il m'avait suffisamment plu pour
que j'aie envie d'essayer autre chose d'elle. Le résultat ne fut guère concluant...



Mélusine 29/06/2010 18:39


Personnellement j'ai adoré le livre et le film si bien que j'ai lu le livre 2 fois et j'ai vu le film...3 fois.
J'ai vraiment trouvé que le style de Gavada nous emmenait dans son univers et surtout l'univers des personnages. Oui parfois les termes sont durs mais je trouvais qu'ils allaient bien avec la
psychologie des personnages de Guillaume et d'Audrey.
La grand-mère est du reste fabuleuse !


Daniel Fattore 29/06/2010 19:45



... là, je n'ai pas accroché, si ce n'est pour arriver au bout: ça se lit facilement, mais bon... En revanche, le film m'avait bien plu, ce qui m'a conduit à goûter au livre.



Melusine 11/10/2009 11:18


Suite à ton invitation, je suis venue lire ton avis sur ce livre. Ton analyse est très juste. Le roman ne laisse pas un souvenir impérissable, mais vu le battage médiatique autour de ce roman (mes
élèves de lycée en raffolent, et ma petite soeur qui n'a jamais rien lu d'autre que Closer l'a dévoré, elle qui ne veut même pas lire Twilight) je m'attendais franchement à pire. Je suis soulagée
que ce roman qui distille quand même quelques éloges des intellectuels et de l'amour de l'art (ténue, soit, mais quand même)trouve un public.
Ceci dit, je n'ai pas vu le film, et je trouve rien qu'à l'affiche que les acteurs sont mal choisis: pour moi, ce sont des têtes trop connues et trop typées. Mais ce n'est que mon humble
avis...
Au plaisir!


Daniel Fattore 11/10/2009 18:27



Merci de ta lecture attentive! J'ai essayé de mettre en mots mon ressenti - tout en admettant que ça se lit facilement.
Pour ce qui est des acteurs du film, je n'ai pas eu de problème avec le casting - même Audrey Tautou s'en sort finalement très bien...
Au plaisir, et bonnes lectures!



TATA TOUNETTE 11/02/2009 09:14

J'avais commencé de lire ce livre à sa parution mais je n'ai jamais su le terminer !

Daniel Fattore 12/02/2009 22:24


Quelqu'un qui n'a jamais fini cet ouvrage, intéressant! Qu'est-ce qui vous freine?
De mon côté, je suis allé au bout parce que le style, malgré tout, est accrocheur; mais je n'en sors pas enthousiasmé pour autant.


Kali 22/08/2008 13:25

Je suis surprise de lire dans certains commentaires qu'il est rare de tomber sur des critiques négatives de Gavalda... Au contraire, il me semble que ça fait plutôt chic, plutôt branchouille, de dire qu'on n'aime pas ce type de "non-littérature" (entendez Gavalda, Levy, Musso et Cie). Je me méfie aussi des gros succès, tant de librairie que de cinéma, mais dans les deux cas, j'y prends souvent du plaisir lorsque je les découvre, même si ça ne m'élève pas l'esprit. J'ai beaucoup aimé "ensemble, c'est tout" pour sa fraîcheur, sa simplicité ; simplicité de lecture aussi, c'est vrai. Mais ça fait du bien, parfois! On peut avoir des goûts éclectiques tout en gardant un certain esprit critique, du moins je l'espère , puisque c'est le fil que je tente de suivre.

Daniel Fattore 22/08/2008 22:46


Il y a effectivement une tendance à snober certains auteurs - ceux qui, comme par hasard, se vendent plus que les autres. Je n'ai jamais lu quoi que ce soit de Musso. Gavalda? J'avais bien aimé ses
nouvelles, et le film du livre - alors que le livre m'a un peu laissé sur ma faim, même en tant que divertissement. Un autre, peut-être? Je verrai, à l'occasion. Enfin, "Et si c'était vrai" de Marc
Lévy ne me laisse pas le pire des souvenirs - peut-être pas assez pour y revenir spontanément, mais ce fut agréable. Je vous rejoins totalement: de temps en temps, ça fait du bien... pour autant
que la rencontre se fasse pleinement. Sinon, bonjour la déception. 


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