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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 20:45

Si je vous dis que des compositeurs ont écrit de la musique dans les camps de concentration nazis, peut-être vous récrierez-vous: sans doute n'avaient-ils pas la tête à cela, ou étaient-ils occupés à d'autres activités beaucoup moins agréables. Et pourtant... une dépêche de l'Agence France Presse m'a fait tilt aujourd'hui à ce sujet. Un Italien Juif nommé Francesco Lotoro est en effet sur la piste des partitions produites par des compositeurs déportés par les nazis pendant la Seconde guerre mondiale.

Un exemple viendra cependant à l'esprit de pas mal de monde si l'on évoque ces pages de l'Histoire: celle du "Quatuor pour la fin des temps", écrit par Olivier Messiaen au Stalag VIII-A de Görlitz. Une oeuvre formellement atypique, en particulier du fait de sa distribution: violoncelle, violon, clarinette, piano. La pièce a pourtant été créée au stalag en 1941, et elle est sans doute la pièce la plus célèbre de ce type de production.

Mais il n'y a pas que ça. Francesco Lotoro cherche depuis 1991, inlassablement, depuis qu'il a corrigé une partition signée de Gideon Klein, emprisonné à Theresienstadt et décédé au camp de concentration de Fürstengrube en 1945, reçue des mains de la propre soeur du compositeur. Ce qui a frappé le musicien, c'est la difficulté de l'oeuvre. Un peu de recherche lui a permis de comprendre que les musiciens internés à Theresienstadt avaient droit à une demi-heure de piano par jour. Pas mal? Insuffisant pour un vrai travail technique. Mais les compositeurs allaient à l'essentiel pendant cette demi-heure, concevant les partitions dans leur tête, loin des contingences matérielles liées à l'instrument. "Permettre aux musiciens de continuer à travailler était aussi un moyen de mieux les contrôler. Dans le camp d'Auschwitz, il y avait sept orchestres. Quand j'ai commencé, je pensais retrouver tout au plus quelques centaines d'oeuvres", expose Francesco Lotoro en guise d'explication à la possibilité laissée aux musiciens de pratiquer leur art.

Depuis, Francesco Lotoro a retrouvé quatre mille partitions écrites dans ces difficiles conditions. L'homme les archive, à l'exemple d'une pièce en cinq actes écrite sur du papier hygiénique, signée Rudolf Karel, disciple d'Antonín Dvorák, compositeur tchèque bien connu. Il ratisse large, recueillant certes la musique classique, mais aussi des oeuvres légères ou de variété, européennes ou venant d'horizons plus lointains. Pour s'en convaincre, il suffit d'observer les titres des pièces: on trouve là des sonates, des fugues, des chansons de cabaret, des cadences destinées aux concertos pour piano de Beethoven, des symphonies, et d'autres choses encore. Le musicologue précise que cette production n'était pas forcément triste: les oeuvres parlent de foi, de famille, de patrie, etc.

Certain de jouer un "contre la montre" et d'accomplir une forme de devoir de mémoire, Francesco Lotoro sait d'ores et déjà que certaines pièces sont irrémédiablement perdues, soixante ans après les faits. Son devoir de mémoirei prend peu à peu la forme d'une série de disques, dont six ont déjà paru, sous le label KZ Musik. Une visite du site du label permet de constater que certains compositeurs ont survécu aux camps, et que d'autres y ont laissé leur vie. L'objectif? Finir le travail en 2012, avec la collaboration d'orchestres si nécessaire.

Source: AFP; photos d'Olivier Messiaen (britannica.com), de Gideon Klein (fondation G. Klein) et de Francesco Lotoro (Tribune de Genève).
Site du projet de M. Lotoro:
http://www.kz-musik.de

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commentaires

B
bonjour, je trouve votre article vraiment intéressant, et je voudrais m'en servir pour présenter Francesco Lotoro, ou plus sa partition, pour une de mes œuvres. Etant donné que le thème de cette année est résister par l'art, je trouve ce projet très bien. En espérant votre accord pour me servir des info et images que vous donnez, et pourquoi, encore plus d'info :)
Cordialement.
Z

Quel dommage que vous ayez cessé de publier. Très bel article, j'ai signalé votre site à quelques personnes.


D


Merci de votre visite... mais je n'ai jamais cessé de publier, même si les sujets que j'aborde à présent ne sont pas les mêmes qu'alors.



A
merci de votre réponse. j'ai finalement rencontré Amaury Du Closel qui fait un travail presque similaire à celui de Francesco Lotoro. Ce chef d'orchestre français a crée Le collectif des Voix étouffées et rejoue avec son ensemble musical les oeuvres des compositeurs éxilés, déportés, assassinés par les nazis. leur engagement est passionnant. M Du Closel a écrit un livre Les voix étouffées du 3ème Reich.
D

Félicitations! Cette rencontre a dû être fort intéressante.
Je m'en vais noter sans tarder les références du livre que vous citez ici. Merci de l'indication!


A
Je cherche à joindre cette personne car je fais un travail similaire sur les oeuvres théâtrales dans les camps pendant la seconde guerre. Auriez vous une idée pour le joindre? Une piste pour trouver ses coordonnées?
Merci à vous
D

Bonjour, et merci de votre visite! Je ne connais pas personnellement M. Lotoro; le mieux serait sans doute de passer par son site, s'il y a une adresse de contact. Mais je ne peux guère plus vous
aider. Désolé...


E
J'ai vu un reportage sur ce personnage et sa quête, c'était très émouvant.
D

Emouvante, en effet - j'ai eu un certain flash en découvrant cette affaire, ce qui m'a poussé à écrire ce papier.
Merci de votre visite!


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