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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 19:43

Voilà que j'ai mis en pratique le beau précepte que j'ai énoncé il y a quelques jours: lire les sorties du printemps avant qu'elles ne sombrent dans l'oubli des vacances et de la rentrée. Cela m'a conduit à ouvrir "L'archer du pont de l'Alma", roman de Hervé Algalarrondo - journaliste au Nouvel Observateur en plus d'être un romancier doté d'une plume classique, mais efficace et accrocheuse.

Qu'est-ce que l'auteur offre là? A 35 ans, son personnage principal se retrouve dans une situation peu confortable: son corps ne lui obéit plus. Et ce, dès les premières lignes du roman: pas de psychanalyse gommeuse du bonhomme, ou d'explications interminables sur son enfance comme je le craignais. Lâchons le morceau: pour commencer, notre gaillard se surprend à sucer son pouce, sans qu'il l'ait jamais voulu. Son fils s'en moque, son épouse ne veut pas de ça chez elle...

35 ans: on dirait que l'auteur veut mettre en scène la renaissance, voire la naissance tout court, du corps de son personnage principal et narrateur. Sucer son pouce, c'est un geste de bébé; plus loin (chapitre 2), on passe à une sorte d'adolescence où le personnage principal connaît des pulsions sexuelles non maîtrisées qui le poussent dans des situations peu agréables (draguer un motard, par exemple, ou tromper sa femme). Là-derrière, cependant, se dessine une mission, ou ce qui semble en être une: tuer l'homme de main de la Juventus, venu débaucher à Paris l'avant-centre du PSG. Une histoire de foot, tiens!

Mais personne ne joue au foot dans cette histoire, ou si peu: c'est à Gibraltar que le narrateur acquiert le niveau nécessaire pour tuer sa cible au tir à l'arc. Une victime choisie au hasard, une sorte de crime parfait donc. Ce qui rend cela possible, c'est l'évolution toute naturelle du narrateur face au changement: d'abord, il le refuse, combattant sa première manie en portant une écharpe autour de sa main; puis il l'accepte, rompant avec sa famille et son travail pour suivre son corps. Enfin, il s'en fait le promoteur enthousiaste, s'investissant dans son homicide dans l'espoir que son corps s'assagira.

Le meurtre a lieu en milieu de roman (chapitre 9, intitulé très psychologiquement "passage à l'acte"), créant une coupure. Après cela, le narrateur va toujours douter de son corps: est-il redevenu obéissant, ou est-il toujours rétif? Le fait est qu'à partir de là, il vit en harmonie avec son corps, s'adonnant même au tir à l'arc avec le commissaire qui mène l'enquête sur son meurtre - sans jamais atteindre le niveau nécessaire pour tuer, ce qui l'éloigne de tout soupçon.

Qu'est-ce que l'auteur propose donc là? "Vous resterez dans l'Histoire comme un précurseur: les corps s'émancipent.", dit la dernière phrase du roman. Au-delà d'une histoire de meurtre et de pathologie particulière, sans doute l'auteur veut-il rappeler qu'être bien dans son corps, c'est être mieux dans sa vie. Au début, le narrateur est présenté comme un homme maigrichon qui n'a jamais brillé par son attrait pour l'activité sportive; tout au plus suit-il les matches du PSG avec son fils Jérôme. Sa vie de famille est tranquille, ce qui fait qu'une absence prolongée (il part pour faire le point, jusqu'à Gibraltar, après un crochet par Le Vigan) peut être recevable et crédible. A son retour, le voilà bronzé, en bonne condition physique, faisant même l'amour autrement qu'avant avec son épouse, qui finira par quitter son amant. Sans doute a-t-il fallu cette catharsis, cette révolte (c'est un peu comme cela que l'action du corps du narrateur est présentée) pour faire du narrateur un homme véritablement accompli.

Coûteux, mais nécessaire...

Hervé Algalarrondo, L'archer du pont de l'Alma, Paris, Grasset, mai 2008.  

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commentaires

Enriqueta 23/07/2008 10:05

Cela à l'air très intéressant. Le thème me plaît et est traité d'une façon originale.
Mais si on se met tous à tuer des fouteux pour être plus équilibré, il va y avoir une hécatombe!;-))

Daniel Fattore 23/07/2008 22:41


En effet... sortez les ambulances! Mis à part que là, c'est un footeux qui en dégomme un autre sans savoir que le footeux tué est un footeux... simplement parce qu'il a un habit qui ne revient
pas au footeux tueur.


liliba 20/07/2008 09:53

Je reste dubitative sur ce livre... lire ou ne pas lire... comme c'est le premier billet que je lis à ce sujet, je vais attendre d'en savoir un peu plus (bien qu'habituellement, je suis vos recommendations de lecture à la lettre !)

Daniel Fattore 21/07/2008 21:22


Prenez votre temps: ça vient de sortir, et je dois être (en toute modestie!) le premier blogueur à en parler.
Merci de votre confiance! :-)


A_girl_from_earth 17/07/2008 00:31

Aaah non, c'est moi qui ait été trop rapide dans mon commentaire. C'était hier matin que tu en parlais lol. Bon ça ne résout pas mon problème de PAL!

Daniel Fattore 17/07/2008 22:01


... quand je pense qu'en ce moment, je suis au dernier quart du livre suivant... Ivan Sigg, le retour!


A_girl_from_earth 16/07/2008 23:40

Tu lis trop vite!!! Tu m'en as à peine parlé ce midi! Je fais comment pour suivre moi?? lol Je vais finir par me constituer une PAL-fauteuil comme dans ton article que je vais aller consulter de plus près

Daniel Fattore 17/07/2008 21:56


Moi, lire trop vite?... Hum-hum... Une page par-ci, une page par-là...
Je me réjouis de lire ton billet sur "L'Hattéria" - au risque de me répéter.


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