"Parler avec exigence, c’est offrir à l’autre le meilleur de ce que peut un
esprit."
Marc Bonnant.
Il y a quelques semaines, j'avais parlé de vous faire un petit papier sur l'origine trompeuse (ou non) de certains mots et
expressions, en donnant pour exemple le fameux "Café de Paris". Me voilà en mesure d'aborder le sujet... et je l'aborderai avec, justement, le "Café de Paris". Mais il ne sera pas le seul
abordé...
Alors? "Café de Paris", jus de comptoir? Vaudrait-il mieux parler d'un café italien? Ni l'un, ni l'autre. Le café de Paris est une sauce
au beurre originale, propre à accompagner les biftecks. Elle a été mise au point dans les années 1930 par le patron du "Restaurant du Coq d'Or", pour un établissement appelé "Café de
Paris", situé au 26, Rue du Mont-Blanc... à Genève. Ajoutez-y une solide histoire de famille, avec mariage à la clé, et la légende voit le jour. "Souvent imité, jamais égalé", dit sans
complexe le site du restaurant, qui existe toujours. Rien de parisien dans cette affaire, donc, ou si peu...
Il y a en revanche quelque chose de plus parisien qu'on ne le croit dans les "capotes anglaises". Allez savoir pourquoi on les désigne ainsi en France et dans la francophonie! Reste qu'à Londres,
on emploie le terme de "condom", que tout le monde connaît - y compris pour être le nom d'une ville construite sur les rives d'une rivière nommée, ça tombe à pic, la "Baïse". Et quel est le
terme qu'on emploie en Allemagne pour désigner ce genre d'objet! "Pariser", littéralement "les Parisiens"! La Ville-Lumière est décidément la capitale de l'amour pour certains. D'ailleurs,
pourquoi parle-t-on de "french kiss" en anglais? Les Français vont-ils, réciproquement, parler de "baiser à l'anglaise", hors d'un fameux film?
Dans un tout autre domaine, le "cor
anglais", pour reprendre les mots de mon vieux professeur de musique, "n'a rien d'un cor et n'est pas anglais", même si les Anglais l'appellent "English horn". S'il n'est pas anglais, une des
étymologies qu'on lui colle est que cet instrument de la famille des bois, à anche double donc parent du hautbois, présente un angle au niveau de son embouchure. D'autres étymologies
n'hésitent pas à faire remonter son nom aux anges eux-mêmes - via un détour par l'allemand "englisches horn", qui rappelle "die Engel", les anges. Une étymologie corroborée par le terme "corno
angelico", utilisé par les Italiens à l'époque baroque.
La "roulette russe" est désignée par le terme de "roulette américaine" par les Russes...
Il paraît que la crème bavaroise est une invention suisse...
Et en musique, la tierce picarde, qui consiste à
faire s'achever par un accord majeur un morceau écrit en mineur pour des raisons de consonance et parce que ça illumine toute l'interprétation, n'a rien de picarde - tout au plus aurait-on repéré
cela dans des pièces de la région. D'ailleurs, et même si ça n'a rien à voir, saviez-vous que le célèbre adagio d'Albinoni n'est pas d'Albinoni?
J'aime bien, par ailleurs, la notion de "filet américain" chère aux Belges pour évoquer le steak tartare. D'aucuns vont jusqu'à dire que c'est en fait un "steak belge", à distinguer du
tartare tel qu'on le connaît... Ah - et il est intéressant aussi de relever que le pingouin des banlieues Poungi la Racaille fait tout "à l'américaine", sans faire dans le détail. Dans le genre,
c'est assez cocasse.
... et pour finir, savez-vous ce qu'est un Suisse? Bon d'accord, c'est un bonhomme qui parle lentement, est farouchement indépendant et fier de son secret bancaire et de ses monts où le soleil
annonce un brillant réveil. Mais c'est aussi un sacristain... et, enfin, c'est une sorte d'écureui. Où vit-il? Perdu: son habitat ne se trouve pas dans les Alpes, mais bien au Canada.
Il y en a sûrement d'autres... qui feront l'objet d'un nouveau billet.
http://www.cafe-de-paris.ch
Photos: dkimages.com; flickr.com; le camdouval.
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