"Parler avec exigence, c’est offrir à l’autre le meilleur de ce que peut un
esprit."
Marc Bonnant.
Ca y est,
c'est les vacances, on profite de la période chaude et reposante pour partir à la mer ou à la montagne et embarquer, dans la foulée, les pavés qu'on n'a pas pu lire pendant l'année - des pavés
avec lesquels on pourrait reconstruire la Voie Appienne... Mais n'a-t-on pas oublié quelque chose?
Certes non. Pas nous, en tout cas. Là où ça se corse, c'est quand on ajoute à l'agréable divertissement de la lecture en vacances le paramètre de la rentrée littéraire. Là, on commence à rigoler.
Je garde en mémoire un article que Frédéric Beigbeder avait écrit dans "Lire" il y a quelques années à ce sujet. Il y expliquait qu'alors que nous autres, simples mortels, passions nos
vacances à combler quelque retard dans la PAL, lui les passait à prendre de l'avance sur la rentrée littéraire. Très "99 francs", il se la jouait privilégié de la lecture, allant jusqu'à lâcher:
"Quand vous lirez Sang lié de David Bosc (Allia), je l'aurai fini depuis longtemps." Cela s'appelait "Nous lisons les romans avant leur sortie", un exercice répété à six cents
exemplaires. Ce récit a paru dans le numéro de juillet/août 2005.
Cette année, l'auteur de "Au secours pardon" revient sur le sujet, décidant pour une fois de faire d'un pensum un plaisir... ce qui ne l'empêche pas, alors que les écoles viennent à peine de
fermer leurs portes, de faire résonner aux oreilles du lecteur compulsif, les premiers et lointains carillons de la rentrée littéraire. Cela, non sans rappeler au préalable ce qu'il pense de la
rentrée, en trois points bien sentis quoiqu'un brin convenus. On se rappelle du reste qu'"Au secours pardon" avait paru en juin 2007 - chouette pied de nez à l'incontournable barouf
d'automne, ou intolérable extension du domaine de la rentrée. A vous de juger...
Et puis il y a David Foenkinos qui prend une puissante avance dans son billet du 2 juin dernier. "Je commence déjà à recevoir des livres de la rentrée littéraire. Il y a comme une ambiance de
septembre dans ma boîte aux lettres", écrit-il sans détour. Un peu comme dans les supermarchés, où le matériel scolaire est vendu avant même la clôture scolaire de la fin du printemps...
David Foenkinos soulève cependant un problème tout à fait pratique: en débordant sur le printemps, la rentrée littéraire va finir par occulter les publications du mois de mai, qui risquent fort
de passer inaperçues. Alors, la rentrée, on l'attend, on l'honnit, on l'adore, la fera-t-on toute l'année? De mon côté, j'ai encore des tas de rentrées à digérer dans ma PAL... ce qui ne
m'empêche pas de vous inciter, chers visiteurs, à guigner ce que le libraire vous propose en ce début d'été, produits frais estivaux ou ouvrages printaniers aux atours - gageons-le -
certains.
L'article de Frédéric Beigbeder (2005): http://www.lire.fr/chronique.asp/idR=142/idTC=11/idC=48858
L'autre article de Frédéric Beigbeder (2008): http://www.lire.fr/chronique.asp/idR=142/idTC=11/idC=52563
Le blog de David Foenkinos: http://www.livreshebdo.fr/weblog/webLogText.aspx?id=18
Photo: Flickr/julie70
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