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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 22:38

"Orthographe en mutation", comme le laisse entendre la titraille du journal "La Liberté"? N'allons pas trop loin, de grâce... Mais permettez-moi de replacer le contexte. Le Salon du livre de Genève va ouvrir ses portes prochainement; il abritera une exposition qui a déjà bien tourné en Suisse romande, et qui s'appelle "Les Jardins de l'orthographe". L'idée? Présenter et démythifier l'orthographe française, réputée capricieuse, en la mettant en scène dans un jardin ludique où les feuilles ou les fleurs des arbres présentent une bricole qui peut paraître étrange: saviez-vous que seuls quatre mots utilisent le signe "à", que vous trouvez pourtant sur votre clavier suisse romand?

C'est une exposition sympa sur le sujet, mais qui ne manquera pas d'interpeller ceux pour qui l'orthographe n'est pas un traumatisme, mais une notion aux enjeux importants.  

La presse s'en est fait l'écho; de même, la demi-finale du championnat romand d'orthographe, organisée samedi matin au Salon du livre précisément, constituera un contrepoint intéressant à cette exposition, proposée par l'association "Semaines de la lecture".

Le journal "La Liberté" attaque le problème par quelques exemples qui prêtent à la discussion. Un exemple? "Qui peut se targuer d'être parfaitement sûr de l'accord des verbes pronominaux sans Grévisse?", interroge le journaliste. Bonne question - mais il est de fait qu'après consultation du Grévisse (vous savez, ce gros volume qui recense toutes les règles de grammaire, dans toute leur organicité), il n'est pas certain que vous ayez l'esprit moins empli de doutes: certes, cet ouvrage de référence vous explique la règle; mais il vous expose également les points peu clairs... et la manière pas toujours orthodoxe dont les plus grands maîtres de la littérature française ont réglé le cas. Sans doute existe-t-il un outil plus confortable.

L'autre exemple parle du participe passé, "qui passe la plupart du temps inaperçu à l'oral". Mouais: certaines erreurs s'entendent; par ailleurs, à l'écrit, aucune erreur n'est pardonnée. J'en parlais justement à un ami ce soir... et il était question d'oral.

Ce qui me ramène à la problématique de l'écrit, justement, puisque l'orthographe est l'art de bien écrire. L'accord du participe est porteur de sens. Si l'on accorde le participe avec tel et tel élément plutôt qu'avec tel autre, c'est bien parce que les deux vont ensemble. Elitaire? C'est ce que rappelle le journaliste; j'ai envie de répondre: "Oui, et alors?" Certes, notre époque n'est pas amoureuse des élites... mais au fond, pourquoi ne pas viser directement le meilleur, le plus fin, le plus optimal?

L'auteur de l'article de "La Liberté" évoque par ailleurs la réforme de 1990... oubliant que celle-ci a été enterrée très discrètement par l'Académie française l'année suivante, débordée par les choux gras qu'en a faits la presse. Seuls quelques éléments de cette réforme (les plus évidents) ont trouvé place dans les dictionnaires: vous pouvez écrire "platebande" ou "douçâtre" (il y en a déjà que cela choque, mais allez voir votre Robert!), mais certainement pas "nénufar", quoi qu'en pensent certaines commissions. En la matière, le mieux est donc de se référer aux ouvrages de référence usuels plutôt qu'aux circulaires.

J'ai pris l'habitude de comparer l'orthographe française à une technologie très fine, comme celle qui régit l'informatique. "L'orthographe n'est ni un art, ni une morale, ni un dressage, ni une morale, c'est un outil au service des lecteurs.", affirme Vincent Darbellay, un des concepteurs de l'expo, dans le guide que l'Hebdo consacre au Salon du livre. Je suis entièrement d'accord avec lui; mais il vaut mieux que l'outil soit aussi précis que possible - ce qui s'accommode mal de l'attitude laxiste de certains par rapport à l'orthographe française: n'importe quel artisan vous dira qu'il préfère les bons outils, soit ceux qui sont le plus à même de lui permettre de faire son travail. Plutôt que de réformer l'orthographe ou d'en relativiser sa valeur, n'y aurait-il pas moyen de repenser sérieusement son enseignement?

J'aurai plaisir à évoquer, à l'occasion, la réforme de l'orthographe de 1990, et sa manière bien à elle de revenir par la fenêtre alors qu'on l'a sortie par la grande porte. A bientôt donc...

 

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commentaires

T
On constate que l'orthographe n'est plus une priorité à l'école (dans certaines classes, plus de dictée !) et c'est bien dommage !
D

Je suis le premier à le regretter! Mais je me venge en participant à des championnats d'orthographe, donc ça influe sur mon engagement à ce sujet.


G
Grâce à votre (bon) billet, je viens d'apprendre le mot "élitaire". Je le replacerai et vous verserai des royalties. Mais ça commence mal : le premier dictionnaire en fait un adjectif, le second en fait un nom commun. De quoi décourager toutes les élites !
D

... merci de votre passage et de votre message! Et pas de problème pour les royalties. ;-)
Je n'aurais pas fait un nom commun du mot "élitaire"... mais comme les adjectifs peuvent devenir noms à tout moment, ça fonctionne.
Quant aux incohérences entre les dictionnaires, elles sont bien connues: allez par exemple vérifier le genre de "forficule", dans le Larousse puis dans le Robert... ils ne sont pas d'accord! Il y
en a sûrement d'autres comme ça (ac(c)ore, me semble-t-il: divergences entre Robert et Larousse, un sens et un genre pour un autre, etc.).
Le Larousse 2007, si je me souviens bien, oublie par ailleurs la troisième acception du mot "table": vous avez le sens 1, le sens 2 et le sens 4... mais pas le sens 3. Un oubli assez
chouette en son genre...


P
Votre métaphore est...euh...ben...vraiment, je suis conquise...avec le roadster vous avez trouvé les mots ! Pour le reste oui bien sûr...c'est juste que parfois, on peut aussi avoir envie d'écrire rien que pour soit, et que les fautes moi ça m'empêche toujours d'utiliser certains mots qui me plairaient pourtant bien...donc j(attends votre article sur la réforme...et au fait ? en vrai la Chartreuse ça a quel gout ? (si g fé des fautes, ne les regardez pas !!!)
D

Ca va viendre! ;-)
... notez que si tel mot vous plaît et qu'il vous paraît exprimer au mieux ce que vous voulez, utilisez-le après avoir consulté le dico. Si vous utilisez une périphrase ou un autre mot à la place,
vous ne serez pas satisfaite. De même que pour le roadster: si vous chantez au volant parce que vous ne savez pas comment fonctionne l'auto-radio (même si vous crevez d'envie d'écouter votre
CD préféré, qui ne contient que des pièces inchantables), le résultat ne sera pas le même, même s'il sera approchant.

Et en vrai, la chartreuse, ça a un goût de revenez-y assez incroyable. La verte est fameuse: elle titre à plus de 50%, mais comme elle est très sucrée, ça ne se remarque pas. Naturellement, ça a le
goût de tous ces alcools aux herbes, assez caractéristique. Mais comme digestif, c'est souverain. Santé, donc!


P
Elitaire ? Le sujet est passionnant et en plus...ancien...mais on oublie comme à l'habitude ce qu'il y a de plaisant, de rebondissant, de "tintinnabulant" dans l'acte d'écrire...le faire sans faute d'ortographe c'est bien, le faire avec moult coquilles ce n'est point grave...pourvu que le coeur palpite...je souhaite sincèrement que les âmes qui auraient envie de se jeter à l'encre et qui seraient de complètes pignes en "technicité de la langue française" ne "s'empêchent pas" tout ce plaisir pour de bien futiles raisons...ensuite, que l'élite écrive parfaitement et impeccablement, tant mieux puisque cela semble être son bonheur ! Imaginons seulement un instant que les hommes seraient "libres" de se faire du bien sans faire de peine aux autres...mouais...on rêve là!
Vivement votre article sur l'orthographe et sa réforme de 1990 !!! J'apprécie toujours d'apprendre des choses dans le domaine...
D


Si l'on écrit pour le plaisir, en effet, l'erreur n'est point grave - on se prive simplement du plaisir d'écrire sans fautes (comme il est quand même plus gratifiant de chanter juste,
même dans sa baignoire). Mais l'enjeu devient plus lourd quand on vise un public de lecteurs.

... le faire sans faute (ou avec le moins de fautes possibles) revêt au contraire un enjeu supplémentaire à présent: les éditeurs n'ont plus forcément le temps ou les capacités pour se taper le
boulot de correction - donc si l'auteur veut que son livre soit exempt d'erreurs, autant qu'il fournisse un document exempt d'erreurs, à la base. Et puis, ça fait plus sérieux face à MM.
GalliGrasSeuil.

Elitaire/élitiste? Débat ancien, en effet. C'est qu'un roi, un jour, a décidé que la langue française serait la meilleure. Beau cadeau aux Français et aux francophones, en vérité! Un peu comme si
l'on vous offrait le roadster de vos rêves... et qu'en plus il s'avère être formidable à conduire, et doté de toutes les options dont vous pouvez rêver (climatisation, sièges massants, stéréo de
compétition, etc.). Cela fait partie de la richesse de la langue que nous partageons.

Si j'ose une métaphore audacieuse, la langue française est le roadster de vos rêves. A vous d'en explorer le mode d'emploi afin d'en tirer le meilleur confort possible...


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